TRENTE-UNIÈME GENRE
LES ODONTOGNATHES.
Une lame longue, large, recourbée , dentelée, placée de chaque côté de la mâchoire supérieure, et entraînée par tous les mouvemens de la mâchoire de dessous.
ESPÈCE
L’odontognathe
AÎGUILLOÎTNÉ.
Huit aiguillons recourbés, situés sur la poitrine ; vingt-huit autres aiguil Ions disposés sur deux, rangs longitudinaux . e' placés sur le ventre.
L’ODONTOGNATIIE AIGUILLONNÉ.
L’ODONTOGNATHE AIGUIL- LONNÉ.
Parmi plusieurs poissons que M. Leblond nous a fait parvenir assez récemment de Cayenne , s’est trouvé celui que j’ai cru devoir nommer odontognathe aiguillonné.
Non -seulement cet osseux n’a encore été décrit par aucun naturaliste, mais il ne peut être placé dans aucun des genres admis jusqu’à présent par ceux qui cultivent l’histoire naturelle. Sa tête , son corps et sa queue sont très - comprimés. Mais ce qui doit le faire observer avec le plus d’attention, c’est le mécanisme particulier que présentent ses mâchoires, et dont on ne trouve d’exemple dans aucun poisson connu. Montrons en quoi consiste ce mécanisme.
La mâchoire inférieure, plus longue que la supérieure , est très-relevée contre celte dernière , lorsque l’animal a sa bouche entièrement fermée ; elle est même si redressée dans cette position , qu’elle paroît presque verticale. Elle s’abaisse , en quelque sorte, comme un pont-levis, lorsque le poisson ouvre sa bouche ; et on s’aperçoit facilement alors qu’elle forme une espèce de petite nacelle écailleuse , très - transparente , sillonnée par-dessous , et finement dentelée sur ses bords.
Cette mâchoire de dessous entraîne en avant , lorsqu’elle s’abaisse , deux pièces très-longues , ou , pour mieux dire , deux lames très -plates^ irrégulières, de substance écailleuse , un peu recourbées à leur bout postérieur , plus larges à leur origine qu’à leur autre extrémité , dentelées sur leur bord antérieur, et attachées, l’une d’un côté , l’autre de l’autre , à la partie la plus saillante de la mâchoire supérieure. Lorsque ces deux lames ont obéi le plus possible au mouvement en en -bas de la mâchoire inférieure, elles se trouvent avancées de manière que leurs extrémités dépassent la verticale que l’on peut supposer tirée du bout du museau vers le plan horizontal sur lequel le poisson repose. C’est au milieu de ces deux pièces que l’on voit alors la mâchoire inférieure abaissée et étendue en avant ; et dans cette altitude , le contour de la bouche est formé par cette même nageoire de dessous, et par les deux lames dentelées qui sont devenues comme les deux côtés de la mâchoire supérieure.
Tant que la bouche reste ouverte , les lames dépassent par le bas la mâchoire in-
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férieure ; mais lorsque celle - éi remonte pour s’appliquer de nouveau contre la mâchoire supérieure et fermer la bouche, chacune des deux pièces se couche contre un des opercules, et paroît n’en être que le bord antérieur dentelé.
C’est des dentelures que nous venons d’indiquer en montrant le singulier mécanisme des mâchoires de l’aiguillonné , que nous avons tiré le nom générique de cet animal, odontognathe, signifiant par un seul mot, ainsi que cela est nécessaire pour la dénomination d’un genre, à mâchoires dentelées.
Au milieu de ces mâchoires organisées d’une manière si particulière , on voit une langue pointue et assez libre dans ses mouvemens. Les opercules , composés de plusieurs pièces, sont trés-transparens dans leur partie postérieure , écailleux et Irésargentés dans leur partie antérieure. La membrane des branchies , qui est soutenue par cinq rayons, est aussi argentée par-dessus ; et il n’est pas inutile de faire observer à ceux qui auront encore présentes à leur esprit les idées que notre premier Discours renferme sur les couleurs des poissons, que, dans un très-grand nombre d’osseux qui vivent aux environs de la Guiane et d’autres contrées équatoriales de l’Amérique, la membrane branchiale est plus ou moins couverte de ces écailles très-petites et trés-éclatantes qui argentent les diverses parties sur lesquelles elles sont répandues.
La poitrine , terminée vers le bas en carène aiguë , présente sur cette sorte d’arête huit aiguillons recourbés. On distingue de plus, au travers des tégumens et de chaque côté du corps, quatorze côtes peu courbées, dont chacune est terminée par un aiguillon saillant à l’extérieur , et se réunit , pour former le dessous du ventre, à celle qui lui est analogue dans le côté du corps opposé à celui auquel elle appartient. Il résulte de cet arrangement , que la carène du ventre est garnie de vingt-huit aiguillons disposés sur deux rangs longitudinaux; et c’est de cette double rangée que vient le nom spécifique (V aiguillonné J par lequel nous avons cru devoir distinguer le poisson osseux que nous décrivons.
La nageoire de l’anus est très-longue , et s’étend presque jusqu’à la base de celle de la queue, qui est fourchue L