Goiiramyj ou gouravûe
d’une manière frappante les principaux caractères de la plus noble des espèces, les traits les plus reconnoissables de la face auguste du suprême dominateur des êtres ; elle rappelle le chef-d’œuvre de la création ; elle montre en quelque sorte un exemplaire de la figure humaine. La conformation de la mâchoire inférieure , qui s’avance , s’arrondit, se relève et se recourbe, pour représenter une sorte de menton ; le léger enfoncement qui suit cette saillie ; la position de la bouche , et ses dimensions ; la forme des lèvres; la place des yeux, et leur diamètre ; des opercules à deux lames, que l’on est tenté de comparer à dos joues; la convexité du front; l’absence de toute écaille proprement dite de dessus l’ensemble de la face, qui, revêtue uniquement de grandes lames, paroît comme couverte d’une peau ; toutes les parties de la tête du menlonnier se réunissent pour produire cette image du visage de l’homme, aux yeux de ceux surtout qui regardent ce irichopodo de profil. Mais cette image
LE TRICHOPODE MENTONNIER.
if est pas complète. Les principaux linéamens sont tracés ; mais leur ensemble n’a pas reçu de la justesse des proportions une véritable ressemblance ; ils ne produisent qu’une copie grotesque, qu’un portrait chargé de détails exagérés. Ce n’est donc pas une tête humaine que l’imagination place au bout du corps du poisson mentonnicr; elle y suppose plutôt une tête de singe ou de paresseux ; et ce n’est même qu’un instant qu’elle peut être séduite par un commencement d’illusion. Le défaut de jeu dans celte tête qui la frappe , l’absence de toute physionomie, la privation de toute expression sensible d’un mouvement intérieur, font bientôt disparoître toute idée d’être privilégié , et ne laissent voir qu’un animal dont quelques portions de la face ont dans leurs dimensions les rapports peu communs que nous venons d’indiquer.
C’est le plus saillant de ces rapports que j’ai cru devoir désigner par le nom spéciïique de mentonnier^ de même que j’ai fait allusion par le mot trichopode (pieds en forme de filamens) au caractère de la famille particulière dans laquelle j’ai pensé qu’il falloit l’inscrire.
Chacune des nageoires thoracines des poissons de celte famille, et par conséquent du mentonnier, n’est composée en effet que d’un rayon ou filament trés-délié. Mais cette prolongation trés-molle, au lieu d’être très-courte et à peine visible , comme dans les monodactyles , est si étendue , qu’elle surpasse ou du moins égale en longueur le corps et la queue réunis.
Le mentonnier a d’ailleurs ce corps et celte queue très-comprimés, assez hauts vers le milieu de la longueur totale de l’animal ; la nageoire dorsale et celle de l’anus, basses, et presque égales l’une à l’autre ; la caudale rectiligne ; et les pectorales courtes, larges et arrondies L
LE TRICHOPODE TRI- CHOPTÈRE.
Ce trichopode est distingué du précédent par plusieurs traits que l’on saisira avec facilité en lisant la description suivante. 11 en diffère surtout par la forme de sa tête,