‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 485 sur 731 · Le labre annelé · texte numérisé non relu

Le labre annelé

Vingt -un rayons à la nageoire du dos; quinze rayons à celle de l’anus ; les dents petites et égales; l’opercule terminé un peu en pointe; les écailles très-difficiles à voir ; dix-neuf bandes transversales , étroites, régulières , semblables et placées de chaque côté du poisson , de manière à se réunir avec les bandes analogues du côté opposé,

leuses , un goût exquis , une qualité particulière dans leur chair, n’ont point lié leur histoire avec celle des navigations lointaines, des expéditions hardies , des pêches fameuses, du commerce des peuples, des usages et des mœurs des différens siècles. Ils n’ont point eu de fastueuse célébrité , mais ils ont reçu des proportions agréables,

LE LABRE ilÉRAm

des mouTemens agiles , des rames rapides ; mais toutes les couleurs de l’arc céleste leur ont été données pour leur parure. Les nuances les plus variées , les tons les plus vifs , leur ont été prodigués. Le feu du diamant, du rubis , de la topaze , de l’éméraude , du saphir, de l’améthyste , du grenat , scintille sur leurs écailles polies ; il brille sur leur surface en gouttes, en croissans, en raies, en bandes, en anneaux, en ceintures, en zones, en ondes; il se mêle à l’éclat de l’or et de l’argent qui y resplendit sur de grandes places, ou il relève les reflets plus doux,

^ les teintes obscures , les aires pâles, et, pour * ainsi dire , décolorées. Quel spectacle enchanteur ne présenteroient-ils pas , si appelés de toutes les mers qu’ils habitent, et réunis dans une de ces vastes plages équatoriales, où un océan de lumière tombe de l’atmosphère qu’il inonde, sur les flots qu’il pénètre, illumine , dore et rougit , ils pressoient, mêloient, confondoient leurs groupes nombreux, émaillés et éclatans, faisoient jaillir au travers du cristal des eaux et de dessus les facettes si multipliées de leur surface luisante , les rayons abondans d’un soleil sans nuages , et présentoient dans toute la vivacité de leurs couleurs , avec toute la magie d’une variété presque infinie , et par le pouvoir le plus étendu des contrastes , la richesse de leurs vêtemens, la magnificence de leurs décorations , et le charme de leur parure I C’est en les voyant ainsi rassemblés que l’ami de la Nature, que le chantre des êtres créés , rappelant dans son âme émue toutes les jouissances que peut faire naître la contemplation des superbes habitans des eaux , et environné , par les prestiges d’une imagination animée , de toutes les images riantes que la mythologie répandit sur les bords fortunés de l’antique Grèce , voudroit entonner de nouveau un hymne à la beauté. Une philosophie plus calme et plus touchante suspendroit cependant son essor poétique. Un présent bien plus précieux, diroit-elle à son cœur, a été fait par la bienfaisante Nature à ces animaux dont la splendeur et l’élégance plaisent à vos yeux. Ils ont plus que de l’éclat, ils ont le repos ; l’homme du moins ne leur déclare presque jamais la guerre ; et si leur asile , où ils ont si peu souvent à craindre les filets ou les lignes des pêcheurs, est quelquefois troublé par la tempête , ils peuvent facilement échapper à l’agitation des vagues , et aller chercher, dans d’autres plages, des eaux plus tranquilles et un séjour plus pai-

sible. Tous les climats peuvent en effet leur convenir. Il n’est aucune partie du globe où on ne trouve une ou plusieurs espèces de labres; ils vivent dans les eaux douces des rivières du Nord, et dans les fleuves voisins de l’équateur et des tropiques. On les rencontre auprès des glaces amoncelées de la Norvège ou du Groenland, et auprès des rivages bmîans de Surinam ou des Indes orientales ; dans la haute mer, ét à une petite distance des embouchures des rivières; non loin de la Caroline, et dans les eaux qui baignent la Chine et le Japon ; dans le grand Océan, et dans les mers intérieures , la Méditerranée , le golfe de Syrie , l’Adriatique ; la Propontide , le Pont- Euxin , l’Arabique ; dans la mer ri souvent courroucée d’Ecosse, et dans celle que les ouragans soulèvent contre les promontoires austraux de l’Asie et de l’Afrique.

De cette dissémination de ces animaux sur le globe , de cette diversité de leurs séjours , de cette analogie de tant de climats différens avec leur bien-être , il résulte une vérité très-importante pour le naturaliste, et que nous avons déjà plusieurs fois indiquée : c’est que les oppositions d’un climat à un autre sont presque nulles pour les habitans des eaux ; que l’influence de l’atmosphère s’arrête , pour ainsi dire, à la surface des mers ; qu’à une très-petite distance de cette même surface et des rivages qui contiennent les ondes, l’intérieur de l’océan présente à peu prés , dans toutes les saisons et sous tous les degrés d’élévation du pôle, une température presque uniforme , dans laquelle les poissons plongent à volonté , et vont chercher, toutes les fois qu’ils le désirent, ce qu’on pourroit appeler leur printemps é lerneî ; qu’ils peuvent, dans cet abri plus ou moins écarté et séparé de l’insconstante atmosphère , braver et les ardeurs du soleil des tropiques, et le froid rigoureux qui régne autour des montagnes congelées et entassées sur les océans polaires ; qu’il est possible que les animaux marins aient des retraites tempérées au-dessous même de ces amas énormes de monts de glace flottans ou immobiles ; et que les grandes diversités que les mers et les fleuves présentent relativement aux besoins des poissons consistent principalement dans le défaut ou l’abondance d’une nourriture nécessaire, dans la convenance du fond, et dans les qualités de l’eau salée ou douce, trouble ou limpide , pesante ou légère , privée de mouvement ou courante, presque tou-

LE LABRE HÉPATE.

jonrs pasible ou fréquemment bouleversée par d’horribles tempêtes.

Il ne faut pas conclure néanmoins de ce que nous venons de dire , que toutes les espèces de labres .aient absolument la même organisation : les unes ont le dos élevé , et une hauteur remarquable relativement à leur longueur, pendant que d’autres, dont le corps et la queue sont très-allongées , présentent dans cette même queue une rame plus longue , plus étendue en surface, plus susceptible de mouvemens alternatifs et précipités. La longueur, la largeur et la figure des nageoires ofi’rent aussi de grandes différences, lorsqu’on les considère dans diverses espèces de labres. D’ailleurs plusieurs de ces poissons ont les yeux beaucoup plus gros que ceux de leurs congénères , et conformés de manière à leur donner une vue plus fine ou plus forte , ou plus délicate, et plus exposée à être altérée pas la vive lumière des régions polaires, ou par les rayons plus éblouissans encore que le soleil répand dans les contrées voisines des tropiques. De plus, la forme, les dimensions, le nombre et la disposition des dents varient beaucoup dans les labres , suivant leurs différentes espèces. Ceux-ci ont des dents très-grandes, et ceuxlà des dents très-petites ; dans quelques espèces ces armes sont égales entre elles , dans d’autres très-inégales ; et enfin , lorsqu’on examine successivement tous les labres déjà connus, on voit ces mêmes dents tantôt presque droites, et tantôt très-crochues, souvent implantées perpendiculairement dans les os des mâchoires , et souvent inclinées dans un sens très-oblique. Il n’est donc pas surprenant qu’il y ait aussi de la diversité dans les alimens des différentes espèces que nous allons décrire rapidement; et pourquoi, tandis que la plupart des labres se nourrissent d’œufs, de vers , de mollusques , d’insectes marins , de poissons très -jeunes ou très -petits, quelques-uns de ces osseux, et particuliérement le tancoïde, qui vit dans la mer Britannique , préfèrent des crustacées ou des animaux à coquille , dont ils peuvent briser la croûte, ou concasser l’écaille.

Au reste , si les naturalistes qui nous ont précédé ont bien observé les couleurs et les formes d’un assez grand nombre de véritables labres, ils se sont peu attachés à connoîlre leurs habitudes générales , qui , ne présentant rien de différent de la manière de vivre de plusieurs genres de thoracins osseux , n’ont piqué leur curiosité

par aucun phénomène particulier et remar»* quabîe. Nous n’avons donc pu tirer de la diversité des mœurs de ces poissons qu’un petit nombre d’indications pour parvenir à distinguer les espèces auxquelles ils appartiennent. Mais , en combinant les traits de la conformation extérieure avec les tons et les distributions des couleurs, nous avons obtenu des caractères spécifiques d’autant plus propres à faire éviter toute équivoque, que la nuance et surtout les dispositions de ces mêmes couleurs m’ont paru constantes dans les diverses espèces de labres , malgré les différences d’âge , de sexe et de pays natal , que les individus m’ont présentées dans les nombreux examens que j’ai été à portée d’en faire ; e-t c’est ainsi que nous avons pü composer un tableau sur lequel on distinguera sans peine les signes caractéristiques des cent vingt-huit espèces de véritables labres que l’on devra compter d’après les recherches que j’ai eu le bonheur de faire.

La première de ces cent vingt-huit espèces qui se présente sur le tableau méthodique de leur genre , est l’épate. Ajoutons à ce que nous en avons dit dans ce tableau * , que l’on trouve ce poisson dans la Méditerranée , et dans quelques rivières, qui portent leurs eaux au fond de l’Adriatique ; que son museau est pointu ; que son palais montre un espace triangulaire hérissé d’aspérités, et que ses mâchoires sont garnies de petites dents.

LE LABRE OPERCULÉ,

LE LA.BRE AURITE , LE LABRE FAU CHEUR, LE LABRE OYliNE, LE LA- BRE SAGITTAIRE, LE LABRE CAP- PA, LE LABRE LEPISME, LE LABRE UNIMACULÉ , LE LABRE BOHAR , ET LE LABRE BOSSU,

L’operculé et le sagittaire habitent les mers qui baignent l’Asie, et particulièrement le grand golfe de l’Inde ; la mer d’Arabie nourrit l’oyène , le bobar et le bossu ; la Méditerranée est le séjour du cappa et

13 rayons à chaque pectorale.

3 rayons aiguillonnés et six rayons articu* lés à la- nageoire de l’anus. ;

LE LABRE OPERCULÉ. S70

(îe l’unîmncuîé, et c’est dans les eaux douées ou dans les eaux salées de FAmérique septentrionale que vivent l’aurite et le faucheur. Les dents du faucheur sont aiguës ; celles de l’oyène nombreuses et très-courtes ; runimaculé a quatre dents à la mâchoire d’en haut, et six dents un peu grandes, ainsi que quelques autres plus petites , à la mâchoire d’en bas. D’ailleurs l’operculé ‘ présente de petites taches noi-

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