Le lutjan trilobé
Six rayons aiguillonnés et seize rayons articulés
ESPÈCE ET CARACTÈRES.’
h la nageoire du dos ; un ou deux rayons aiguillonnés et neuf rayons articulés à la nageoire de l’anus; la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure ; deux orifices h chaque narine ; toute la tête couverte d’écai' les semblables à celles du dos ; la seconde pièce de chaque opercule non dentelée , et très-prolongée vers la queue ; la nuque trèséjevée et arrondie ; le ventre gros.
LE LUTJAN VIRGIN lEN,
le lutjan ANTHIAS LE LUTJAN DE l’ascension , LE LUTJAN STIGMATE ET LE LUTJAN STRii.
Les lutjans ont beaucoup de rapports avec les spares; ils ont reçu, comme ces derniers, des armes remarquables, au
1. Itpbi ÎX0Ù5, poisson sacré; xa/AiOu, , beau poisson ; xaAÀcwvu^uog , d’un beau nom; e^AoTra; ayAoTrtocî, par Aristote; «y A&jttôv par Oppien ; vxecrscharcr , meerheiliger , rundkopf, rotldhig, par les Allemands; the red gx-untf par les Anglais,
moins relativement à leur force et à leur grandeur. Mais celles des spares , consistant dans plusieurs rangées de dents, propres à déchirer une victime , ou à écraser de dures enveloppes sous lesquelles leur proie tâche en vain de trouver un abri , paroissent destinées pour l’attaque plutôt que pour la défense , pendant que les lutjans, n’ayant ordinairement à la place de ces inslrumcns puissans que les piquans de leurs nageoires et ceux de leurs opercule.s, ne pouvant user avec avantage de ces aiguillons que contre l’ennemi qui les atteint et les saisit, ne semblent armés que pour se garantir des efforts d’un dangereux adversaire, arrêter son attaque, et le contraindre à cesser sa poursuite et ses çpiq-
LE LUTJAN VIRGINIEN. 457
Î>at5. Les spares provoquent et les luijans attendent les habitans des eaux qui leur font la guerre ; tel est du moins le premier aperçu qui se présente , lorsqu’on les compare. On se presse d’en conclure que les luijans sont moins voraces , moins agités, plus pacifiques, plus sociables, que les spares ; et la philosophie se plaît d’autant plus à embrasser cette idée de paix, à la produire, à l’embellir, à la métamorphoser, pour ainsi dire , en une leçon heureuse donnée par la Nature elle-même , que les lutjans montrent presque tous une parure agréable et riante. Et quel charme secret n’éprouve-t-on pas toutes les fois qu’on voit l’image du bon goût, la convenance dans les assortimens, l’élégance dans les ornemens, et la belle distribution des couleurs éclatantes ou suaves, réunies avec la douceur des mœurs et la bonté des habitudes !
Parmi ces intéressans lutjans, le premier qui s’offre à nous , et auquel on a donné le nom de virgînien , habite non-seulement dans la Virginie , mais dans plusieurs autres contrées de l’Amérique septentrionale.
L’anthias, qui le suit, vit dans la Méditerranée. Son nom doit venir de àv6oç, qui en grec signifie fleur; et cette dénomination, ainsi que celle de beau 'poisson et de poisson d'un beau nom *■ , par lesquelles le désignoit ce peuple spirituel et sensible à tous les genres de beauté , qui habitoit la Grèce, indique le charmant assemblage des nuances variées et des couleurs rivales de celles des fleurs, qui chatoient sur les écailles de l’anthias , et le rayon allongé de sa nageoire dorsale, qui s’élève au milieu de ses reflets agréables comme une anthère ou un pistil au sein d’un beau calice. Tous les tons que le rouge peut présenter, depuis l’éclat du rubis ou celui du grenat , jusqu’aux demi-teintes du rose le plus tendre , se mêlent en effet sur la surface de l’anihias avec le brillant de l’argent ; et la vivacité scintillante ou la douce fusion de ces nuances toutes gracieuses plaisent d’autant plus à l’œil, qu’elles se marient avec le feu de la topaze qui resplendit par reflets fugitifs sur les grandes nageoires de ce poisson favorisé par la Nature.
Peut-être sa parure n’a-t-elle pas peu contribué à le faire regarder comme sacré * par un peuple qui avoit divinisé la beauté , et qui ne pouvoit voir qu’avec enthousiasme les emblèmes de sa divinité chérie ; et c’est