I. Gagnnïe , dans plusieurs depaiTemens méridionaux
seulement elles ne les abandonnent point sur des rivages ; mais on diroit que, modèles de la véritable tendresse maternelle, elles consentent à perdre la vie pour la don ner aux petits êtres qui leur devront leur existence. On croiroit même qu’elles s’exposent à périr au milieu de douleurs cruelles, pour sauver les jeunes produits de leur propre substance. .Jamais l’imagination poétique, qui a voulu quelquefois élever l’instinct des animaux , animer leur sensibilité, ennoblir leurs affections, embellir leurs qualités, et les rapprocher de celles de l’homme, autant qu’une philosophie trop sévère et trop prompte dans ses jugemens a cherché à les dégrader et à les repousser loin d’elle, n’a pu être si facilement séduite lorsqu’elle a erré au milieu des divers groupes d’animaux dont nous avons entrepris d’écrire l’histoire, et même de tous eeux que l’on a placés, avec raison, plus prés
Fl. 27
le LE SYF(5-FATME TIROMIPETTE e Se LE §YN(&NAT1HI,E MYIPFIDCAMFE o
Se LE §YN(SrFATHE TWAISJ
LF. SYNGNATIIK TROMPETTE.
de l’homme, ce fds pmilégié de la Nature , qu’elle ne l’auroit été par le tableau dossnins dessyngnalhes mères, et de toutes les circonstances qui accompagnent le développement de leurs foibles embryons ; jamais elle ne se seroit plu à parer de plus de charmes les résultats de l’organisation des êtres vivans et sensibles. Et combien de fois les syngnathes mères n’auroient-elles pas été célébrées dans ces ouvrages charrnans, heureux fruits d’une invention brillante et d’mi sentiment touchant , que la sagesse reçoit des mains de la poésie pour le bonheiir du monde, si le génie qui préside aux sciences naturelles avolt plutôt révélé à celui des beaux arts le secret des phénomènes dérobés à presque tous les yeux, et par les eaux desmers dans lesquelles ils s’opèrent, et par la petitesse des êtres qui les produisent 1
Mais au travers de ces voiles précieux et transparens dont l’imagination du poète les auroit enveloppés, qu’auroit vu le physicien ? Que peut remarquer dans la reproduction des syngnathes l’observateur le plus froid et le plus exact? Quels sont ces faits à la vue desquels la poésie auroit bientôt allumé son flambeau? Oublions les douces images qu’elle auroit fait naître, et ne nous occupons que des devoirs d’im historien fidèle.
On a pensé que les syngnathes étoient hermaphrodites : un savant naturaliste , le professeur Pallas , l’a écrit ; et ses soupçons à ce sujet ont été fondés sur ce que dans tous les individus de ce genre qu’il a disséqués, il a trouvé des ovaires et des œufs. Peut-être dans cette feuille, ainsi ,que dans plusieurs autres de la classe des poissons, le nombre des femelles l’emporte-t-il de beaucoup sur celui des mâles. Mais, quoi qu’il en soit, les observations d’autres habiles physiciens, et particulièrement celles d’Artedi, quia vu des syngnathes mâles , ne permettent pas de regarder comme hermaphrodites les cartilagineux dont nous traitons dans cet article ; et nous sommes dispensés d’admettre une exception qui auroit été unique non-seulement parmi les poissons , mais meme parmi tous les animaux à sang rouge.
Les jeunes syngnathes sortent des œufs dans lesquels ils ont été renfermés, pendant que ces mêmes œufs sont encore attachés au corps de la femelle. L’intérieur de ces petites enveloppes a donc dû être fécondé avant leur séparation du corps de la mère. Il en est donc des syngnathes comme
Lacfpède, il
desraieset des squales r le mâle est obligé de chercher sa femelle , de s’en approcher, de demeurerauprés d’elle aumoins pendant quelques momens, défaire arriver jusqu’à elle sa liqueur séminale. Il y a donc un véritable accouplcnient du mâle et de la femelle dans la famille que nous examinons; et la force qui les entraîne l’un vers l’autre est d’autant plus remarquable, qu’elle peut faire supposer l’existence d’une sorte d’affection mutuelle , très-passagère à la vérité , mais cependant assez vive , et que ce sentiment, quelque peu durable qu’il soit . doit influer beaucoup sur les habitudes de l’animal, et par conséquent sur l’instinct qui est le résultat de ces habitudes.
Lorsque la liqueur séminale du mâle est parvenue jusqu’aux œufs de la femelle , ils reçoivent de ce fluide vivifiant une action analogue à celle que l’on voit dans tous les œufs fécondés, soit dans le ventre, soit hors du corps des mères, à quelque espèce d’animal qu’il faille d’ailleurs les rapporter. L’œuf, imprégné de la liqueur du mâle, s’anime, se développe, grossit, et le jeune embryon croît, prend des forces, et se nourrit de la matière alimentaire renfer-^ mée avec lui dans sa petite coque. Cependant le nombre des œufs que contiennent les ovaires est beaucoup plus grand , à proportion de leur volume, et de la capacité du ventre qui les renferme , dans les syngnathes, que dans les raies ou dans les squales. Lorsque ces œufs ont acquis un certain degré de développement, ils sont trop pressés dans l’espace qu’ils occupent , ils en compriment trop les parois sensibles et élastiques, pour n’être pas repoussés hors de l’intérieur du vendue, avant le moment où les fœtus doivent éclore. Mais ce n’est pas seulement alors par l’anus qu’ils s’échappent ; ils sortent par une fente longitudinale qui se fait dans le corps, ou, pour mieux dire , dans la queue de la femelle, auprès de l’anus , et entre celte ouverture et la nageoire caudale. Celte fente non-seulement sépare des parties molles de la femelle, mais encore elle désunit des pièces un pci( dures et solides. Ces pièces sont plusieurs portions de l’enveloppe presque osseuse dans laquelle les syngnathes sont engagés en entier. Ces poissons sont, en effet, revêtus d’une longue cuirasse qui s’étend depuis la tête jusqu’à l’extrémité de la queue. Cette cuirasse est composée d’un très-grand nombre d’anneaux placés à la suite l’un de l’autre, et dont chacun est articulé avec celui qui le précède et celui qui le suit. Ces
LE SYNGNATHE TROMPETTE.
anneaux ne sont pas circulaires, mais à plusieurs côtés ; et comme les faces analogues de ces anneaux se correspondent d’un bout à Fautre de l’animal , l’ensemble de la cuirasse, ou, pour mieux dire , du trèslong étui qu’ils forment, ressemble à un prisme à plusieurs pans. Le nombre de ces pans varie suivant les espèces, ainsi que celui des anneaux qui recouvrent le corps et la queue proprement dite.
En même temps que la sorte de gaine qui renferme le poisson présente plusieurs faces disposées dans le sens de la longueur du syngnathe, elle doit offrir aussi, aux endroits où ces pans se touchent , des arêtes ou lignes saillantes et longitudinales, en nombre égal à celui des côtés longitudinaux de cet étui prismatique. Une de ces arêtes est placée, au moins le plus souvent, au milieu de la partie inférieure du corps et de la queue , dont elle parcourt la longueur. C’est une portion de cette arête qui , au-delà de l’anus, se change en fente allongée, pour laisser passer les œufs ; celte fente se prolonge plus ou moins suivant les individus, et suivant l’effort occasioné parle nombre des œufs, soit vers le bout de la queue , soit vers l’autre extrémité du syngnathe.
Cependant les deux pans les plus infériers du fourreau prismatique non-seulement se séparent à l’endroit de cette fente, mais ils s’enfoncent, vers l’intérieur du corps de l’animal, dans le bord longitudinal qui touche la fente, et se relèvent dans l’autre , de manière qu’au lieu d’une arête saillante , on voit un petit canal qui s’étend souvent vers la tête et vers le bout lie la queue du syngnathe , bien au-delà de la place où la division a lieu. En effet, une dépression semblable à celle que nous exposons s’opère alors au-delà de la fente , tant vers le bout de la queue que vers la tête, quoique les deux pans longitudinaux les plus inférieurs n’y soient pas détachés î’un de l’autre , et qu’ils s’inclinent uni- ([uement l’un sur l’autre d’une manière très-différente de celle qu’ils présenloient avant la production de la séparation.
Lorsqu’une arête saillante ne règne pas longitudinalement dans le milieu de la partie inférieure de l’animal, le pan qui occupe cette partie inférieure se partage en deux, et les deux lames allongées qui résultent de cette fracture , ainsi que les pans collatéraux, s’inclinent de manière à produire un canal analogue à celui que nous yenons de décrire.
C’est dans ce canal, dont la longueur varie suivant les espèces, et même suivant les individus , que se placent les œufs à mesure qu’ils sortent du ventre de la mère : ils y sont déposés sur des rangs plus ou moins nombreux selon leur grosseur et la largeur du canal et ils y sont revêtus d’une peau mince , que les jeunes syngnathes déchirent facilement lorsqu’ils ont été assez développés pour percer la coque qui les contenoit,
La femelle porte ainsi ses petits , encore renfermés dans leurs œufs, pendant un temps dont la longueur varie suivant les diverses circonstances qui peuvent influer sur l’accroissement des embryons; elle nage ainsi chargée d’un poids qu’elle conserve avec soin , et qui lui donne d’assez grands rapports avec plusieurs cancres dont les œufs sont également attachés pendant long-temps au-dessous de la queue de la mère.
Peut-être n’est-ce qu’au moment où les œufs de-s syngnathes sont parvenus dans le petit canal qui se creuse au-dessous du corps de la femelle , que le mâle s’approche, s’accouple, et les arrose de sa liqueur séminale , laquelle peut pénétrer aisément au travers de la membrane trés-peu épaisse qui les maintient. Mais, quoi qu’il en soit, il paroîtque, dans la même saison, il peut y avoir plusieurs accouplemens entre le même mâle et la même femelle, et que plusieurs fécondations successives ont lieu comme dans les raies et dans les squales ; les premiers œufs qui sont un peu développés et vivifiés par la liqueur séminale du mâle passent dans le petit canal, qu’ils remplissent, et dans lequel ils sont ensuite remplacés par d’autres œufs dont l’accroissement moins précoce avoit retardé la fécondation, en les retenant plus long temps dans le fond de la cavité des ovaires.
Au reste, le phénomène que nous venons de décrire est une nouvelle preuve de l’étendue des blessures, des déchiremens et des autres altérations que les poissons peuvent éprouver dans certaines pailies de leur corps, non-seulement sans en périr, mais même sans ressentir de graves accidens.
La tête de tous les syngnathes , et particulièrement de la trompette, dont nous traitons dans cet article, est très petite ; le museau est très-allongé , presque cylindrique , un peu relevé par le bout; et c’est à cetle extrémité qu’est placée l’ouverture de la bouche, qui est trés-éîroite, et se ferme
LE SYNGNATHE TROMPETTE.
par îe moyen de ]a mâchoire inférieure proprement dite , que l’on a prise à tort pour un opercule , et qui , en se relevant , va s’appliquer contre celle d’en haut. Le long tuyau formé par la partie antérieure de la tête a été regardé comme composé de deux mâchoires réunies l’une contre l’autre dans la plus grande partie de leur étendue ; et de là vient le n^m de syngnathe que porte la famille des cartilagineux dont nous nous occupons.
La trompette , non plus que les autres syngnathes, n’a point de langue , ni même de dents. Gé défaut de dents, la petitesse de l’ouverture de sa bouche, et le peu de largeur du long canal que fônne la prolongation du museau , forcent la trompette à ne se nourrir que de vers , de larves , de fragmens d’insectes, d’œufs de poissons.
La membrane des branchies des syngnathes, que deux rayons soutiennent, s’étend jusque vers la gorge ; l’opercule de cet organe est grand et couvert de stries disposées en rayons ; mais cet opercule et cette membrane sont attachés à la tête et au corps proprement dit , dans une si grande partie de leur contour , qu’il ne reste pour le passage de l’eau qu’un orifice placé sur la nuque. On voit donc, sur le derrière de la tête, deux petits trous que l’on prendroit pour des évents analogues à ceux des raies et des squales, mais qui ne sont que les véritables ouvertures des branchies.
Ces branchies sont au nombre de quatre de chaque côté. Ces organes, un peu différens dans leur conformation des branchies du plus grand nombre de poissons, ressemblent, selon Aftedi et plusieurs autres naturalistes qui l’ont copié, à une sorte de viscosité pulmonaire d’un rouge obscur : mais je me suis assuré, en examinant plusieurs individus et même plusieurs espèces de la famille que nous décrivons , -qu’ils étôient composés, à peu près, comme dans la plupart des poissons, excepté que chacune des branchies est quelquefois un peu épaisse à proportion de sa longueur, ét que les quatre de chaque côté sont réunies ensemble par une membrane très-mince , laquelle , ne s’appliquant qu’à leur côté extérieur, forme, entre ces quatre parties, trois petits canaux ou cellules, qui ont pu suggérer à Arledi l’expression qu’il a employée. Au reste , cette couleur rougeâtre qu’il a trèsbien vue indique les vaisseaux sanguins très-ramifiés et disséminés sur ces branchies.
Les yeux de syngnathes sont voilés par
une membrane très -mince, qui e^t une continuation du tégument le plus exiérieur de l’animal.
Le canal intestinal de la trompette est court et presque sans sinuosités.
La série de vertèbres cartilagineuses qui s’étend depuis la tête jusqu’à l’extrémité de la queue ne présente aucune espèce de côte : mais les vertèbres qui sont renfermées dans le corps proprement dit offrent des apophyses latérales assez longues, qui ont quelque ressemblance avec des côtes ; et elles montrent ainsi une conformation intermédiaire entre celle des vertèbres des raies et des squales , sur lesquelles on ne voit pas de ces apophyses, et celle des vertèbres des poissons osseux, qui sont garnies de véritables côtes.
L’étui dans lequel [elle est enveloppée présente six pans, tant sur le corps que sur la queue, autour de laquelle cependant ce fourreau n’offre quelquefois que quatre pans longitudinaux.
Le nombre des anneaux qui composent cette cuirasse est ordinairement de dix-huit autour du corps, et de trente-six autour de la queue.
La trompette a une nageoire dorsale comme tous les syngnathes ; mais elle a de plus des nageoires pectorales, une nageoire de l’anus, et une nageoire câudalç*; orga^ nés dont les trois, ou du moins un ou deujc, manquent à quelques espèces de ces aui’' maux , ainsi qu’on peut le voir sur le tableau méthodique des cartilagineux de cette . famille.
Elle n’a guère plus d’un pied ou d’un pied et. demi'de longueur : sa couleur générale est jaune et variée de brun ; les nageoires sont grises et très-petites.
On la trouve non-seulement dans l’Océan , mais encore dans la Méditerranée , où elle a été assez anciennement et assez
I A la nageoire du dos . .• . 18 rayons,
aux pectorales . . . . 12
.à celle de l’anus 5
à celle de la queue, qui est un ■peu arrondie 10
Un individu de l’espèce delà trompette, observé par Commerson, différoit assez des autres individus de cette même espèce par le nombre des rayons de ses nageoires, pour qu’on pût le considérer comme formant une variété distincte. Il avait, eneffet, àla nageoire dorsale ko rayons, h chacune des nageoires pectora-
' les 24
a celle de l’anus . S a celle de la queue. 6
LE SYNGNATHE TROMPETTE.
Lien observée, pour qii’ Aristote et Pline aient connu une partie de ses habitudes et notanament la manière dont elle vient au jour.
Sa chair est si peu abondante , que ce poisson est à peine recherché pour la nourriture de l’homme ; mais comme il perd difficilement la vie , qu’il ressemble à un ver, et que, malgré sa cuirasse, qui se prête à plusieurs mouvemens, il peut s’agiter et se contourner en différens sens, on le pêche pour l’employer à amorcer des hameçons,
LE SYNGNATHE AIGUILLE,
LE SYNGNATHE TUYAU ,