LE BALISTE VIEILLE
force au travers des intestins, du gosier, de l’ouverture de la bouche, et de celle des branchies , pour faire entendre une sorte de sifllement. Nous avons déjà vu des effets très-analogues dans les tortues; et nous en trouverons de presque semblables dans plusieurs genres de poissons osseux , tels que les zées, les trigles et les cobites.
Malgré le double secours d’une vessie aérienne , et de la dilatation du ventre , les balistes paroissent nager avec difficulté ; c’est que la peau épaisse , dure et tuberculeuse qui enveloppe la queue , ôte à cette partie la liberté de se mouvoir avec assez de rapidité pour donner à l’animal une grande force progressive ; et ceci confirme ce que nous avons déjà dit sur la véritable cause de la vitesse de la natation des poissons.
Tels sont les caractères généraux qui appartiennent à tous les balistes. Chaque espèce en présente d’ailleurs de particuliers que nous allous indiquer, en commençant par celle à laquelle nous avons conservé le nom de vieille, et que nous devons faire connaître la première.
Cette dénomination de vieille vient de la nature du sifflement qu’elle produit , et dans lequel on a voulu trouver des rapports avec les sons d’une voix affoiblie par l’âge , et de la forme de ses dents de devant que l’on a considérées comme un peu semblables à des dents décharnées.
Le baliste vieille parvient quelquefois jusqu’à la longueur de trois pieds, ou de prés d’un mètre. L’ouverture des branchies est plus grande que sur la plupart des autres balistes ^ ; trois rangs d’aiguillons sont ordinairement placés au-devant de la nageoire thorachique , ou inférieure , qui est très-longue , et ne contribue pas peu à défendre le dessous du corps. a nageoire de la queue est en forme de croissant ; les deux rayons qui en composent les pointes se prolongent en très-longs filamens. De semblables prolongations lerminent les rayons antérieurs de la seconde nageoire du dos ;
I, Il y a commuiK-menl à la membrane des ])rancliies. . 2 rayons,
à la première nageoire dor-
sale. ...... 5
à la seconde 29
aux nageoires pectorales. 18 à la tlioracbique, improprement dite ventrale. . 12 à celle del ’anus. . . .28
et à celle de la queue. , 14
et le premier rayon de la première dorsale est très-fort et dentelé par-devant.
Voyons maintenant la nuance et la dis.' tribution des couleurs dont est peinte le plus souvent cette belle espèce de baliste.
Le dessus du corps est d’un jaune foncé et rayé de bleu ; ce jaune s’éclaircit sur les côtés, et se change en gris dans la partie inférieure du corps. L’iris est rouge ; et de chaque œil partent, comme d’un centre, sept ou huit petites raies d’un beau bleu. Cette même couleur bleue borde les lèvres, les nageoires pectorales qui sont jaunes, celle de l’anus qui est grise, et la caudale qui est jaune , et elle s’étend sur la queue en bandes transversales, dont la teinte devient plus claire à mesure qu’elles sont plus éloignées de la tête.
La vieille se nourrit des animaux des coquilles. Elle est quelquefois la proie de gros poissons, malgré sa grandeur, sa conformation et ses piquans : mais alors elle est presque toujours saisie par la queue, qui, dénuée d’aiguillons, est moins bien défendue que le devant du corps , et d’aiL leurs est douée d’une force à proportion beaucoup moins considérable , ce qui s’accorde avec ce que nous venons de dire sur la lenteur des mouvemens des balistes.
On trouve la vieille non seulement dans les mers de l’Inde, mais encore dans celles d’Amérique , où cette espèce , en subissant quelque changement ^ dans le nombre des rayons de ses nageoires et dans les teintes de ses couleurs, a produit plus d’une variété.