‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 97 sur 731 · PI . 3 O · texte numérisé non relu

PI . 3 O

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lE GYMNOTE lîLEGTRIQUE.

^èôdaht pas autant de différentes sortes de nageoires que le plus grand nombre des autres poissons osseux qu’il nous reste à examiner. En effet, ils n’en ont ni sur le dos , ni au bout de la queue ; et c’est ce dénuement , cette espèce de nudité de leur dos , qui leur a fait donner le nom qu’ils portent, et qui vient du mot grec yu/xvoros , dos nu.

L’ensemble du corps et de la queue des gymnotes est , comme dans les poissons osseux que nous avons déjà fait connoître , trés-allongé , presque cylindrique , et serpentiforme. Les yeux sont voilés par une membrane qui n’est qu’une continuation du tégument le plus extérieur de la tête. Les opercules des branchies sont très -grands; on compte ordinairement cinq rayons à la membrane branchiale. Le corps proprement dit est très-court , souvent un peu comprimé , et quelquefois terminé pardessous en forme de carène : l’anus est par conséquent très-près de la tête ; et comme cependant , ainsi que nous venons de le dire , l’ensemble de l’animal, dans le genre des gymnotes, forme une sorte de long cylindre , on voit facilement que la queue proprement dite de tous ces poissons doit être extrêmement longue relativement aux autres parties du corps. Le dessous de cette portion est ordinairement garni, presque dans la totalité de sa longueur , d’une nageoire d’autant plus remarquable, que nonseulement elle s’étend sur une ligne trèsétendue , mais qu’elle offre même une largeur assez considérable. De plus, les muscles dans lesquels s’insèrent les ailerons osseux auxquels sont attachés les nombreux rayons qui la composent , et les autres muscles trés-multipliés qui sont destinés à mouvoir ces rayons , sont conformés et disposés de manière qu’ils représentent comme une seconde nageoire de l’anus , placée entre la véritable et la queue trés-prolongée du poisson , ou , pour mieux dire , qu’ils paroissent augmenter de beaucoup , et souvent même du double , la largeur de la nageoire de l’anus.

Tels sont les traits généraux de tous les vrais gymnotes ; quelles sont les formes qui distinguent celui que l’on a nommé électrique ?

Cette épithète d'électrique a déjà été donnée à cinq poissons d’espèces très-différentes; à deux cartilagineux et à trois osseux , à la raie torpille , ainsi qu’à un tétrodon dont nous avons déjà parlé, à un trichiure , à un silure , et au gymnote que nous décrivons. Mais c’est celui dont nous

nous occupons dans Cét ôrticlô , qui a le plus frappé l’imagination du vulgaire , excité l’admiration des voyageurs, et étonné le physicien. Quelle a dû être en effet la surprise des premiers observateurs, lorsqu’ils ont vu un poisson en apparence assez foibie , assez semblable , d’après le premier coup d’œil , à une anguille ou à un congre, arrêter soudain , et malgré d’assez grandes distances , la poursuite de son ennemi ou la fuite de sa proie , suspendre à l’instant tous les mouvemens de sa victime , la dompter par un pouvoir aussi invisible qu’irrésistible, l’immoler avec la rapidité de l’éclair au travers d’un très-large intervalle , les frapper eux-mêmes comme par enchantement, les engourdir, et les enchaîner, pour ainsi dire , dans le moment où ils se croyoient garantis , par l’éloignement , de tout danger et même de toute atteinte i Le merveilleux a dispai'u même pour les yeux les moins éclairés ; mais l’intérêt s’est accru et l’attention a redoublé , lorsqu’on a rapproché de ces effets remai-quables les phénomènes de l’électricité , que chaque jour l’on étudioit avec plus de succès. Peut-être cependant croira-t-on , en lisant la suite de cette histoire , que cette puissance invisible et soudaine du gymnote ne peut être considérée que comme une modification de cette force redoutable et en même temps si féconde, qui brille dans l’éclair, retentit dans le tonnerre , renverse , détruit , disperse dans les foudres , et qui , moins resserrée dans ses canaux , moins précipitée dans ses mouvemens , plus douce dans son action, se répand sur tous les points des êtres organisés, en pénétre toute la profondeur , en parcourt toutes les sinuosités , en vivifie tous les élémens. Peut-être faudroit-il , en suivant ce principe et pour éviter toute erreur , ne donner , avec quelques naturalistes, au poisson que nous examinons, que le nom de gymnote engourdissant ^ de gymnote torporifique , qui désigne un fait bien prouvé et indépendant de toute théorie.

Néanmoins, comme la puissance qu’il exerce devra être rapportée, dans toutes les hypothèses , à une espèce d’électricité; comme ce mot électricité peut être pris pour un mot générique, commun à plusieurs forces plus ou moins voisines et plus ou moins analogues; comme les phénomènes Itïs plus imposans de l’électricité proprement dite sont tous produits par le gymnote qui fait l’objet de cet article, et enfin comme le plus grand nombre de pliysiciens lui ont donné depuis long - temps celte épithète éCélec-

LE GYMNOTE ELECTRIQUE

triquéf nou^ avons cru devoir, avec ces derniers savans , la préférer à toute autre dénomination.

Mais avant de montrer en détail ces différons efl’els, de les comparer, et d’indiquer quelques-unes des causes auxquelles il faut les rapporter , achevons le portrait du gymnote électrique : voyons quelles formes particulières lui ont été départies , comment et par quels organes il naît, croît, se meut, voyage et se multiplie au milieu des grands fleuves qui arrosent les bords orientaux de l’Amérique méridionale , de ces contrées ardentes et humides, où le feu de l’atmosphère et l’eau des mers et des rivières se disputent l’empire, où tous les élémens de la reproduction ont été prodigués, où une surabondance de force vitale fait naître les végétaux et les animaux vénéneux; où, si je puis employer celle expression, les excès de la Nature, indépendamment de ceux de l’homme , sacrifient chaque jour tant d’individus aux espèces ; où tous les degrés du développement, entassés , pour ainsi dire , les uns contre les autres, produisent nécessairement toutes lesnuancesdu dépérissement ; où des arbres immenses étendent leurs branches innombrables, pressées, garnies des fleurs les plus suaves, et chargées d’essaims d’oiseaux resplendissans des couleurs de l’iris, au-dessus des savanes noyées, ou d’une vase impure que parcourent de très- grands quadrupèdes ovipares , et que sillonnent d’énormes serpens aux écailles dorées; où les eaux douces et salées montrent des légions de poissons dont les rayons du soleil, réfléchis avec vivacité , changent, en quelque sorte, les lames luisantes endiamans, en saphirs, en rubis ; où l’air, la terre, les mers, et les êtres vivans, et les corps inanimés, tout attire les regards du peintre, enflamme l’imagination du poète , éléve le génie du philosophe.

C’est, en effet, auprès de Surinam qu’habite le gymnote électrique ; et il paroît même qu’on n’a encore observé de véritable gymnote que dans l’Amérique méridionale , dans quelques parties de l’Afrique occidentale , et dans la Méditerranée , ainsi que nous le ferons remarquer de nouveau en traitant des notoptères.

Le gymnote électrique parvient ordinairement jusqu’à la longueur d’un métré un ou deux décimètres, et la circonférence de son corps, dans l’endroit le plus gros, est alors de trois à quatre décimètres : il a donc onze ou douze fois plus de longueur

que de largeur. Sa tête est pèrcée de petits trous ou pores très-sensibles , qui sont les orifices des vaisseaux destinés à répandre sur sa surface une liqueur visqueuse ; des ouvertures plus petites, mais analogues, sont disséminées en très grand nombre sur son corps et sur sa queue : il n’est donc pas surprenant qu’il soit enduit d’une matière gluante très-abondante. Sa peau ne présente d’ailleurs aucune écaille facilement visible. Son museau est arrondi ; sa ma- i cheoire inférieure est plus avancée que la supérieure , ainsi qu’on a pu le voir sur le | tableau du genre des gymnotes ; ses dents ‘ sont nombreuses et acérées’, et on voit des verrues sur son palais , ainsi que sur sa lan- ' gue , qui est large. i

Les nageoires pectorales sont très-petites et ovales; celle de l’anus s’étend jusqu’à l’extrémité de la queue, dont le bout, au lieu de se terminer en pointe , paroît comme tronqué.

La couleur de l’animal est noirâtre , et i relevée par quelques raies étroites et Ion- i gitudinales d’une nuance plus foncée.

Quoique la cavité du ventre s’étende au- | delà de l’endroit où est située l’ouverture de l’anus, elle est cependant assez courte relativement aux principales dimensions du poisson ; mais les effets de cette brièveté sont compensés par les replis du canal intestinal , qui se recourbe plusieurs fois.

Je n’ai pas encore pu me procurer des observations bien sûres etbien précise sur la manière dont le gymnote électrique vient à la lumière: i) paroît cependant qu’au moins le plus souvent la femelle pond ses œufs, et qu’ils n’éclosent pas dans le ventre de la mère, comme ceux de la torpille , de plusieurs autres cartilagineux, et même de quelques individus de l’espèce de l’anguille et d’autres osseux , avec lesquels le gymnote que nous examinons a de très-grands rapports.

On ignore également le temps qui est nécessaire à ce même gymnote pour parvenir à son entier développement; mais comme il n’a pas fallu une aussi longue suite d’observations pour s’assurer de la manière dont il exécute ses différens mouvemens, on connoît bien les divers phénomènes relatifs à sa natation . phénomènes qu’il étoit d’ailleurs aisé d’annoncer d’avance , d’après une inspection attentive de sa conformation extérieure et intérieure.

Nous avons déjà fait voir * que la queue des poissons étoit le principal instrument de

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