MADAME LA DUCHESSE DE BRANGAS
Qui était alors à Manicamp.
Nymphes, sortez des eaux; bergers, accourez tous; Céphise habite enfin vos prés et mes rivages ; Approchez sans trembler ; venez rendre jaloux Des bergers plus polis, mais aussi plus Volages. D'un air tendre et naïf offrez-lui vos hommages : Le langage du cœur 'est toujours assez doux.
Un sublime, un brillant génie Sait élever Céphise aux grandes vérités ;
Sur tout il répand ses clartés ;
Et, voyant tout avec philosophie , Elle peut la trouver jusque dans vos vergers ,
Où le sublime des bergers
Est de s*aimer à la folie. - Oui , bergers , vous pouvez trouver grâce à ses yeat ,
Si chez vous l'heureuse nature
Lui paraît encore aussi pure
Qu'en sortant de la main des diieux: :
Qu une danse vive et légère Exprime de vos cœurs la douce liberté; Attachés sur les pas de la même bergère, Evitez jusqu'à Tair de la légèreté* ' Du Dieu que vous servez avec tant d'innocence,
Chantez les traits , chantez les feux;
Que dans vos plaisirs et vos jeux
L'espoir, la douce confiance, Les soins toujours égaux, lui donnent dans ces lieux
Le ton d'un amour sérieux
Avec les grâces de l'enfance.
Puisse Céphise enfin, à la ville, à la cour, Regretter quelquefois la paix de vos ombrages ! Et lorsque le printemps , par de naissants feuillages ,
Revient embellir ce séjour,
Par vos vœux et par votre amour
Rappelez-la sur mes rivages.
A LA MÊME
Db saint Julien , par maudite paresse , Las! j*ai manqué de dire l'oraison.
Ne puis aller dans l'aimable maison Où de l'esprit, de la délicatesse.
Des bons propos, la charmante maîtresse Donne sans art une aimable leçon.
Que je regrette tes ombrages , Manicamp , fortuné séjour !
C'est dans tes prés, sur tes rivages Embellis des mains de T Amour, Que je pouvais passer le jour A l'entendre, à lui rendre hommage.
Hélas! quand reviendront ces temps!
Déjà, par leur vive tendresse Les oiseaux annoncent sans cesse Le retour riant du printemps ; L'Oise, qui couvrait la prairie, Se retire entre ses roseaux f Un air plus doux, les «chalumeaux, - Sur l'herbe naissante et fleurie , Rappellent bergers et troupeaux.
Reviens, Amour, dans ton empire, Mais reviens couronné de fleurs:
Tu m'y verras avec Théroire, Et tu reconnaîtras nos cœurs :
Ils ont cette même innocence , Ces transports et ces soins jaloux ; Ils ont tout ce qu'à ta naissance Tu leur inspiras de plus doux; Mais tu verras avec surprise Que bien que des plus tendres feux Leur ame à jamais soit éprise , Quand ils sont auprès de Géphise , Ils semblent s'oublier tous deux.