DE L AUTHEUR AU LISEUR
'un de mes principaux souhaits qui me vient le plus à coeur, débonnaire liseur, est lo rs que j'apperçois que mes desseins peuvent tendre à ton utilité, soûlas et contentement, sur tout quand tu peux en recevoir du plaisir et de la récréation. Et ce pourautant que je ne suis de ceux quivoudroient Rapprendre les moyens d'entasser des escus, conquester des royaumes, empires et nouveaux mondes, et de te guinder au fesie et plus haut estage des honneurs. Je sçay qu'il n'y en a que trop en ce monde qui s'amusent à tel sujet, que les aureilles de ceux qu*on tient les plus grans seigneurs et avancés en dignité ne sont battues que de ces tintouins, qui les chatouillent tellement qu'au lieu de les faire rire, et leur donner quelque peu d'assouvissement et oblectation, ne leur sont qu'un géhenne qui les bourrelle, un toxin qui les resveille à la guerre, et une solicitiide continuelle qui les vous chagrine d'une terrible façon pour amasser et conserver ce quils tiennent pour biens et dignité. J'aime par trop mieux rire avec toy, t'apprendre le moyen de te tenir joyeux, et te servir de quelque recepte singulière qui te tienne ton esprit gaillard. En ce temps obscurcy du nuage de tant de mal-
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h€urs, calamités €t misères, si onques on en eut mestier, il fait fort bon se tenir joyeux. Nous sommes battus de la guerre, gresUs de Vinjure du ciely et tellement réduits au petit pied que la tristesse nous accableroit du premier coup, aumoins je m'en doute, si nous n'estions relevés par des récréatives consolations propres à nous purger et dechasser de nous la crasse de l'humeur melancholique, qui avec le ' temps nous perclurroit de nottre santé. Afin que de bonne heure je prévinsse un si piteux esclandre^ dés le matin j'ay bien voulu vous faire part de ces miennes Neuf Mâtinées, à ce que vous soyés, un chascun de vous qui serés si advisés que d*en prendre tous les matins trois petits doigts, munis d'une souveraine opiate alencontre de l*air dangereux de ceste saison empestée. Quelques uns me conseilloient de vous servir d'elebore et autres drogues propres à purger le cer^ veau. Je sçay que plusieurs rendroient plustost les tripes que de gauber de ces broûilleries; que d'autres, pour en avoir pris, s'en sont si mal trouvés que force leur a esté en plein printemps poster sans commission au lendemain de la Toussaints; que quelques uns se fascheroient de despendre le liard après les médecines, lesquelles on ne recouvre point pour néant; et finalement que je ne suis médecin, apoticaire, ny drogueur. S'il eut fallu que je vous en eusse donnée j'estoie remis entre les mains d'autruy, voila mon hormeur qui estoit engagé à la conscience de ceux qui n'estoient de ma vocation : Ne sutor ultra crepidam. Ce qui a creu en mon parterre, ce que j'y ay peu cueillir, ce qui m'a remis la vie au corps, ce qui m'a délivré d'ennuy et fascherie, je le vous présente. Je suis le premier qui en ay fait l'espreuve, je m'en suis bien trouvé : j'ay envie que tous ceux qui respirent et hument un mesme air que moy se treuvent aussi gais et dispos que je suis. Je ne suis de ces vilains qui, s*ils ont quelque secret, n'en font part à personne; je suis bien
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aise que tout le monde jouisse de la mesmes commodité et félicité que je fais. En un mot^ bénin liseur, je te fais présent d^un préservatif esprouvé' en ma propre personne gui, s'il te plaist en user, te pourra garentir tout du long de la journée de fascherie, A Vespreuve tu cognoistras que je dis vray, et recognoistras que je suis honeste homme. Une simple requeste ay je à te faire, qu'à toutes les fois qu'U te plaira prendre ion eshat en nos Matinées, tu te souviennes de celuy qui a prévenu maintesfois les alouettes afin de te cueillir ces fleurs matinieres destinées au présent que je t'en fais, lequel tu recevras d'aussi bonne part que je te le présente, avec autant de milliers de mes recommandations à tes grâces combien de fois tu te mettras à rire lors que, pour ie demateliner, tu te rueras sur mes fraisches Matinées.
vigilate et gaudete.
SEIGNEUR DE CHOLIERES