‹ Œuvres du seigneur de CholièresChapitre 39 sur 41 · MATINÉE IX · texte numérisé non relu

MATINÉE IX

En quel temps n'est loisible au mary de toucher conjugalement sa femme.

OMiNiQjjE. Je suis fort joyeux d'avoir peu aujourdhuy donner jusques icy, pource que je cognois que pourrez apporter remède au mal qui me tourmente.

Theodat. Aussi ne sçay je que vous avez : je vous treuve depuis peu de jours changé, hâve, deffait, debiffé, si qu'il semble que ne treuvez l'eau bonne; si vous estiez femme, je diroîe que, sans estre Amazonne, vous estes porte-enseigne, et qu'en vostre drapeau y avez empraint une escrevisse. Pensez à vous et prenez bien garde d'aller en dommage ; vous avez une si belle et honeste damoiselle! Faudroit que fussiez bien

degousté si n'y preniez appétit , ou que fussiez bien mal-aiié à contanter si elle ne suflBsoit à vostre descharge. Peut estre avez mal in teste pour la crainte qu'avez de perdre les cornes. Comment les perdriez vous? Jamais ne les eustes.

Dominique. Ce n'est pas là où le bas me blesse; vous estes un gausseur, et si jugez à propos de cecy comme fait un aveugle des couleurs. J'ay le cœur amarrissé , ha! le diray je? d'un grand tort que me fait ma femme , et lequel me pesé de tant plus sur le cœur que je ne puis le descouvrir sans ma honte. Toutesfois, comme je vous sens fort mon amy et courant mesmes fortune que je puis faire, je suis bien contant de vous en dire le tu autem : vous en rirez ; j'aime mieux me descharger que de crever. Il faut que vous sçachiez qu'il y a quelques cinq et six jours que ma femme fait si la rencherie que je ne puis la joindre; elle me veut faire ma portion congrue si maigre que j'ay beau avoir envie de repeuë , le jeusne m'est comm2indé ^ prœstationem obsequij, officij, operarum et submissionis récusât. Elle ne dénie point la debte, mais requiert delay, à charge de s'acquiter par cy après des arrérages. J'insiste et forme ma plainte, que la possession du fonds qu'elle a en garde m'appartient, que j'en dois jouir pour mon usage, partant, puis qu'il

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me plaist y faire couler l'eau de mon ruisseau pour le fertiliser, qu'elle ne doit m'y empescher l'entrée. Au contraire, elle se défend : pour exceptions me met en avant qu'encores que le pré m'appartienne, il ne m'est loisible à toutes heures de fouler l'herbe. Sunt dits fmati, sur tout quand cela ne se peut faire qu'en gastant la première pointe. «Tout ainsi que vous voyez (dit elle) que ceux ausquels vous avez vendu l'herbe de vostre * pré, qui est icy devant nostre maison, passé qu'est le jour de la my-Mars, ne vous permettront d'y mettre paistre vos courtaux. — Quoy (di-je alors), je seray le maistre de la monture, et je ne monteray dessus? Si feray. » Et à bel effort commence à mettre ma pièce en veue. Après quelques resistences, comme ma femme vit qu'elle ne pouvoit plus tenir bon : « Tout beau. Monsieur (dit elle), je vous vais dire pourquoy vous ne me devez maintenant presser d'açuo ; je suis mal à mon aise, pour preuve de quoy, moyennant que me promettiez la foy de n'en dire mot, je vous communiqueraymonmal. » Pour dire le vray, je pensoie qu'elle m'en voulut donner d'une, et d'ailleurs j'avoie le mignon que sçavez qui tendoit à la pluye : je levé le linge, et pensoie avoir ville gaignée; mais, comme j'eus descouvert qu'il y avoit un grand plastris ressemblant à du carron broyé , le cœur me sousleve , et alors mon

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petit bidaut baisse la teste, et si pour cela je ne perdis toute fantaisie de reprendre haleine. Je redouble ma semonce, esconduit de mesmes.

«Haï malheureux! (dit elle) que voulez vous faire? voulez vous vous perdre? Si aviez affaire à moy, vous seriez gasté. » Cependant je languis , mon canon demeure chargé, n'ay je pas occasion d'assez me contrister? comment pourroie-je estre sain et gaillard? Asseurez vous qu'il fasche bien fort d'avoir la clef et ne l'oser mettre en la serrure. J'ay appétit, j'ay la viande, j'en voudroie bien taster, et si je n'oseroie : cela est pour faire perdre patience au plus froid homme de France. Vous faites fort du résolu; mais, si on vous enjoignoit par nécessité tel jeusne pour deux jours seulement, et qu'eussiez envie de ruer coup , il n'y a heure que ne contassiez pour dix ans.

Theodat. Si faut il prendre courage, et ferez mieux de laisser couler cela doucement sans ainsi précipiter les matières. Je demeureray bien d'accord avec vous que la rétention de la semence vous pourroit estre grandement nuisible, suivant ce qui est tenu par tous les docteurs médecins, philosophes, et sur tout les naturalistes; entre autres vous avez Galen , lequel nous fait un conte d'un certain personnage qui, voulant imiter la

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tourterelle, porta tel deuil de la mort de sa femme que, pour s'estre séquestré de l'attouchement des femmes, dont il festoyoit assez souvent la sienne, il perdit toute envie de manger, à la longue se treuva son estomach tellement éclipsé que , pour peu de viande qu'il prist , il ne pouvoit en faire la concoction : de fait, deslors qu'il avoit avalé quelque chose , nature, par le soudain desvoyement d'estomach qu'il faisoit, monstroit bien qu'elle n'estoit à son aise : pour cela toutesfois n'avez occasion de vous desconforter et vous laisser ainsi prédominer à vostre passion. Je ne voudroie que vous proposer l'histoire laquelle Agatius Scholasticus , au septiesme livre des Epigrammes Grecs, nous propose touchant Diogenes le Cynique, lequel au reste on tient avoir esté autant continent et attrempé qu'autre personnage de son siècle, toutesfois ne peut s'exempter des accouplemens féminins, ausquels il ne tendoit point pour quelque sale et du tout brutale lubricité, ains seulement pour, deschargeant ses reins, se garentir des mal-heurs qui suivent et accompaignent la rétention de semence. On raconte que, comme il eut pris assignation avec Laïs la courtisanne, qui luy avoit promis l'aller trouver en certain lieu, ce pauvre philosophe anheloit de l'attendre, et tout ainsi que l'arbalestier qui guette

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en un sentier un lièvre ou un lapin, du costé qu'il voit trembler quelque buisson, incontinent il regarde là , si bien que le moindre oiseau ou lézard qui se bouge alentour luy fait là tourner son corps, son trait et sa face : ainsi Diogenes n'entendoit pas remuer une souris, que, trémoussant d'aise , il croyoit que ce fust sa courtisanne Laïs. Tantost levoit la teste, ores il la remettoit bas, puis encores la relevoit, pensant descouvrir sa venue ; après il se mettoit à conter les pas qu'elle pouvoit avoir mis du lieu où elle estoit jusques à son giste, tantost se tournoit sur un costé, tantost sur l'autre; après avoir long temps attendu, en fin, parce qu'il ne pouvoit plus empescher que sa poudre ne prist feu et que son pistolet ne se deschargeast , quoy que le blanc ne fust mis à la butte, si luy fallut il delascher, et n'eut rien de plus hastif que de recevoir en sa main ce qu'il ne pouvoit plus retenir. Quelque temps après, Laïs vint, mais ce fut trop tard : les plus grands coups avoient esté donnez; et pource Diogenes la renvoya, lui disant : Manus hymenœum celebrando te prxvenit.

Dominique. Vous m'en donnez de belles! Et pensez vous que je sois si grue que je voulusse perdre ainsi misérablement et jetter à l'aventure ce qui, je sçay bien, me fera bon besoin. Et,

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quand bien je ne voudroie tomber à la rétention, pensez vous qu'il n'y ait au monde autre fort à battre que chés nous? Il y a tant de canons en France pour y emploier de la poudre.

Theodat. Si Madamoiselle vostre femme sçavoit cela, vous vous pouvez bien promettre qu'elle vous veneroit d'une terrible façon. Je ne luy veux pas dire, tant parce que je ne veux vous mettre en mauvais mesnage qu'aussi je sçay d'ailleurs que ce que vous en dites n'est que par colère et pour un despit qu'avez que n'estes monté quand il vous plaist. Je veux maintenant vous parler pour la défense de Madamoiselle sous la protestation, que j'entens vous me ferez, que pource ne chargerez quelque sinistre et cornue Impression alencontre d'elle ou de moy.

Dominique. Dites ce qu'il vous plaira, je ne le prendray en mauvaise part et le tiendray comme si me parliez d'une estrangere.

Theodat. Vous vous plaignez de ce que vostre femme ne vous preste l'estuy à toutes les fois que le voulez. Peut estre pensez vous que nous ayons les femmes comme les bœufs, les chevaux, les asnes, les mulets : elles sont créatures raisonnables aussi bien que nous. Et, quand bien ainsi seroit, que nous serions si indiscrets de les tenir au rang des bestes brutes, si faut il que vous me con-

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fessiez que, par l'ordonnance de Dieu, il nous est commandé de donner relais aux bestes de travail les jours du repos. En après, les jours des festes nous n'oserions faire charrier du vin , bois et autres choses , tellement que les jours des dimanches , calculez avec les festes , reviennent à plus de six ou sept vingts jours l'année. Or le fourrier ne peut marquer le logis de nos femmes que pour douze passades, qui, quand chascune dureroit huit jours, ne seroit par an que quatre vingts seize jours. Si vous vous estiez formalisé de ce que l'on ne laboure vos terres les dimanches et jours chommables, on vous diroit infidèle et hérétique. Vous espargnerez vos bœufs et vos chevaux, et vous serez si peu gradieux que prendrez plaisir de tenir vostre femme tousjours sous la foule? Il n'y auroit apparence ny raison .

Dominique. Pour la discontinuation du labeur nous avons le sacré commandement de Dieu. Les status, décrets, conciles et ordonnances des Papes nous astraignent aux festes ; mais, pour ceste intermission de ne faire commémoration avec nos femmes de Caresme-prenant , qu'en trouvez vous?

Theodat. Je pourroie vous mettre en face de

ce que S. Augustin escrit, parlant du comman-

' dément de Dieu par lequel est defîendu de pail-

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larder, asçavoir que les maris ne laissent point de paillarder, lesquels à toutes heurtes sur-saillissent leurs femmes, comme si elles ne leur estoient données sinon afin d'estre Pesgout de leur descharge. N'estimez vous pas un cas prodigieux de ce que Nicolas Boyer, en ses décisions du Parlement de Bordeaux, allègue d'un homme de Cataloigne , qui sur-chargeoit si souvent sa femme qu'elle fut contfainte {rara avis in terris, alboque simillima corvo) en faire sa plainte à la royne d'Àrragon, laquelle aiant fait appeller le mary, confessa que véritablement dix fois par jour ils joûoient par ensemble à la beste à deux dos. Dont la royne fut fort esbahie, trouvant cet exploit beaucoup plus estrange que celuy d'Hercules, duquel on raconte qu'en une nuit il dépucela les filles de Thespius en nombre de cinquante, dont il en eut autant d'enfans , encores qu'on die que ce fut là l'un des plus grands efforts que fit Hercules, lequel, s'il luy eut fallu continuer, eut (je m'asseure) joué à l'esbahy. Pource la royne luy commanda avec expresse inhibition, à luy d'outrepasser, et à la complaignante de souffrir qu'il la cogneut par jour plus de six fois.

Dominique. Cela est bien à propos contre* ceux lesquels sans aucune discrétion s'enyvrent de leur vin, et se jettent sur leur viande, comme

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un pourceau sur les raves ; mais, quant à moy, je me contante d'aller à deux, encores sens je que quelquesfois je ne puis entretenir mon train.

Theodat. Cela soit donc posé, qu'il faut tenir sobriété en toutes choses, et que l'excez en l'accouplement du mary et de la femme est aussi bien à reprendre que la paillardise manifeste. A ceste heure, je vais vous monstrer que nature nous apprend qu'il est nécessaire de* faire trefves du combat entre le mary et la femme, lors que la lune, pour tenir sa diette et vaquer à ses purifications menstrueles, fait marquer les logis féminins par son fourrier, lequel pour escusson n'a que son impression rouge; après vous verrez que, par authorité de la Sainte Escriture, je vous feray toucher au doigt qu'il ne nous est loisible de toucher à nos femmes pendant que nature vaque à tels balissemens ; finalement que, pour les maux et incommoditez qui pourroient nous en survenir, nous ne devons alors nous fourrer parmy telles defluxions. Je ne prendray point ma preuve de ce que vous pourriez en tesmoigner présentement, par ce qu'à ce que je puis apperceveoir voicy la première fois que vous est apparu cest empourpré decoulement. Par cy après vous cognoistrez que je vous dis la vérité, qui est que les femmes bien disposées ne faillent, si elles ne sont

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grosses ou sur-années, à avoir un logis de ces rougets tous les mois. Ce qui a esté tresbien recogneu par le jurisconsulte Paulus L i5. /f. de xdiL 2y d : Qux bis in mense purgatur sana non est, item qux non purgatur, nisiper xtatem accidit, A vostre advis , si , quand la gendarmerie court , vous estes paisible en vostre logis comme quand on ne parle que de paix? Je sçay que, si tost vous sentez les soldats, vous débusquez, vous leur quittez le logis, et puis que n'y pouvez donner ordre, aimez mieux leur laisser parachever la passade que, vous opiniastrant, vous mettre en danger de vostre propre vie. Quelques fois les compaignies vous surprennent, et alors Dieu sçait comme on vous traite. Les bastons courent par compaignie; on vous dourde les espaules.

Nature nous est trop mieux affectionnée : pour ne nous prendre au despourveu, elle imprime dans les yeux des femmes d'assez bonnes marques pour nous asseurer que la lune y pourra aller prendre logis. Et, pource qu'il y en a qui ne prennent garde ny aux yeux hâves, battus et brillans, ny à d'autres tesmoignages assez evidens, qui veut y prendre advis, elle desploie le drapeau, auquel nous n'aurons advisé si tost que nous recognoistrons qu'il n'est que temps, non pas de desloger, mais de ne s'approcher. Si les hommes

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pouYoient s'assujettir aux commandemens et à l'empire de la lune, l'approche ne leur seroit interdite. Ils veulent estre les maistres, et la lune maistresse : afin qu'il n'y ait alterque entre eux, ce n'est que bien fait pour quelque temps de faire surceance. Or, encores que les hommes ne recognoissent en rien l'empire de la lune, si luy font ils bien l'honneur de la respecter, comme celle laquelle a esté créée avant eux, qui est l'asseuré calendrier des fastes et la princesse de la mer : empire qui luy est tellement propre, et privativement particulier, que l'on void que les seaux de sa souveraineté ressentent sur tout des coulans de la mer rouge. Je poursuivroie plus avant ceste preuve, si l'expérience n'y estoit du tout manifeste. Je vous vais monstrer par les passages de la Saincte Escriture qu'il ne nous est loisible d'entrer à celle qui est pollue par ces decoulemens menstruels. En voulez vous de plus clairs et evidens tesmoignages que ceux qui sont spécifiez tant au quinze, dixhuict, et vingtiesme chapitres du Levitique, où l'interdiction de l'accointance avec les femmes vermeillonnées est si disertement contenue? Sur tout au vingtiesme est par exprés porté que celuy lequel aura eu affaire avec une femme pendant son flux menstruel, et qu'elle luy aura laissé la fontaine de son sang ouverte ,

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que tous deux seront tuez au milieu du peuple. Et pource, en la Prophétie d'Ezechiel, chapitre dixhuitiesme, entre les principales qualitez de celuy qui est juste, ceste cy est remarquée : Qui ad mulierem menstruatam non accesserit. De mesmes, entre les complaintes que fait ce prophète alencontre de la cité de Jérusalem au xxij. chapitre, ceste cy est que : O Civitas, viri immunditiam menstruatx humiliaverunt in tel Ceste loy est tellement naturelle et accompaignée d'une si grande équité et honnesteté que Mahemet mesmes n'a peu, qu'en son Âlcoran il ne luy ait donné place, où il fait très -expresses défenses qu'aucun ne touche les femmes paraffées en rubriches auparavant qu'elles soient purgées et mundifiées. Aussi, par le Décret de Burchard, liv. 19, chap. 5 : « Junxistij est il dit, te uxori tux menstruo tem* pore. Si fecisti, decem dies in pane et aqua pœni-teas, » Ceste pénitence et jeusne au pain et à l'eau par l'espace de dix jours est bien suffisante, non pas pour restancher le sang, mais pour refroidir les bouillons de ceux qui seroient les plus eschauffez, et qui ahenniroient le plus après les femmes sans avoir patience qu'elles soient hors de quartier.

La semonce que nous en fait nature , la prohibition divine, et ce qui est pratiqué et receu tant

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par la Religion Chrestienne que mesmes par les Mahemetans, devroit bien (à mon advis) suffire pour vous faire croire que sine nefario scelere nous ne pouvons tendre à la jonction de nos pièces durant que le parchemin est couvert des seaux rouges. Toutesfois, afin que vous ayez preuve de surabondant, et puis que le fol jamais ne croid s'il ne reçoit, je veux maintenant vous déduire ce qui pourroit vous advenir si vous veniez à plonger vostre (vous m'entendez bien) dans ce brouillis rubicond. Nos docteurs canoniques tiennent que les enfans desquels la mère a sur-chargé durant les passades de ces bandes au drapeau rouge sont epileptiques, lépreux, et assujettis à un monde d'autres maladies. Sainct Augustin, en un Sermon qu'on dit qu'il a fait Tertiœ Dominiez 22, adjouste que ces enfans seront démoniaques. Le mesmes est tenu par sainct Thomas au quatriesme des Sentences, distinction 32, artic. 2 ; Sainct Clément, au 9. livre de ses Récognitions, escrit que cela advient pour salarier l'incontinence de ceux qui n'ont sceu tenir bien serrée l'eguillette de leur braguette. Car, cependant (dit-il) qu'on se fond en paillardise, et qu'on ne daigne avoir esgard et discrétion du temps, quand et comment il faut s'accoupler, sans doute l'engeance forgée hors temps prend les vices et

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fragilitez de ces démons à l'instance desquels on fait ces sur-saillies. Et pource les pères lesquels ont mesprisé la loy de l'attouchement seront tenus et obligez pour tels vices. Et, encores qu'il y ait plusieurs causes plus secrètes par lesquelles les âmes sont assujetties à ces maux, si faut il toutesfois qu'un chascun recognoisse la loy de Dieu pour prendre d'icelle sa reigle d'engendrer, et quitter les causes d'immundicité, à ce que ce qui est engendré soit net : car ce n'est la raison qu'on cerche le temps qui soit opportun pour planter des arbres et semer des fruits, qu'on purge la terre et qu'on prépare tout ce qu'il faut, de peur que la semence qui sera jettée soit offensée et périsse, et que, pour enter un homme, qui est beaucoup plus excellent que tout le reste, on ne daigne garder une discrétion.

Or, pour confirmer tout cecy, et vous rendre une preuve aupardessus de laquelle on ne puisse mordre, je vous fais à sçavoir que, s'il y a au monde humeur pernicieuse , c'est ceste poix rouge, glaireuse et ennemie de celle qu'on dit asphaltique. Pour garand du fait que je veux proposer, vous aurez Pline, lequel, au septiesme livre de son Histoire naturelle^ chapitre quinze, met en fait que, si la femme ayant ses moys s'approche d'un vin nouveau , il enaigrira : les bleds

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aussi seichent si elle les touche estant en cest estât, les autres en meurent : aussi font les herbes du jardin par où elle passe, mesmes les fruits des arbres sous lesquels elle se sera rafraischie tomberont. Les miroirs se tachent à son regard : aussi fait l'acier et Tyvoire; les mouches à miel en meurent , et le fer et l'acier s'y enroûillent ; mesmes l'air en est infecté. Les chiens ayans gousté des fleurs d'une femme deviennent enragez, et sont les morsures incurables; mesmes le bitume qui nage certain temps de l'année sur le lac de Sodome, dit asphaltique ou mer morte, et qui à cause de sa viscosité s'attache à tout ce qu'il rencontre, filant tousjours comme glu, n'a garde de prendre au fil lequel sera teint de ce sang tenimeux. Les formis aussi, petites bestes et sages, sentent ce sang corrompu, et jettent là le bled qui en est infecté sans jamais en vouloir gouster. N'est donques merveilles si je vous conseille de faire un peu pose jusques à ce que ce decoulement soit estanché. Vous avez veu l'interdiction qui est portée par la loy de Dieu, la 'pratique qui en est receuë tant entre les chrestiens qu'entre les payens, les incommoditez et mal-heurs qui accompaignent ces defluxions : faites trefve pour une semaine. Avez vous jamais leu que, par la loy des Zabiens, la femme qui a les rougets jestoit

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chargée de demeurer seule en la maison, voire que là où elle avoit mis le pied on passoit le feu. A l'exemple de ce, on m'a voulu faire acroire que les Chartreux ayent appris de faire du feu là où les femmes auront esté en leur cbnvent.

Dominique. Ne poursuives plus outre, je vous prie; je me tiens pour bien résolu, et pource, si tost que je senti ray nouvelles de ces braves fourriers, je me garderay bien de tascher mettre mon allumelle à la trampe : ce ne sera qu'à faire diette au fort de quatre vingts seize jours de l'année; encores nous restera il du temps à jouer à la fossette.

Théo DAT. Ouy certainement ^ mais non point tant que vous pourriez bien penser, car il faut bien tirer hors ligne d'avantage de jours pour d'autres parties que je ne vous ay encore mis en conte.

Dominique. Quoy! n'est ce pas encores fait?

Je vois bien que, si je vous laisse faire, vous me marquerez mon kalendrier tout de rouge pour festes chommables.

Theodat. Ne dites rien jusques à ce que vous entendiez Amen. Je vous dénonce, si vostre femme est sur-année, que sans doute son harnois sera incapable pour soustenir un si rude lancier que vou?; et si d'ailleurs, après vous avoir tué et miné

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le corps, vous seriez un pauvre coigne-festu. Mais laissons ces vieilles qui à la foule se froisseroient plustost que vous donner contante^ ment, à sçavoir si vous oserdz toucher à vostre femme lorsqu'elle donne la mammelle à vostre enfant ? Voila quelques deux ans qu'il faut retrancher.

DoMiNiQyE. Hypocondres de panurgisme ! que je fisse un tel jeusne, moy, sans prendre curée, ce $eroit autant possible comme que vous ne beus* siez ou mangeassiez tout ce temps là.

Theqdat. Vous en direz ce qu'il vous plaira, si est ce qu'il faut que vous le croyez et pratiquiez ainsi, si vous vpulez que Madamoiselle vostre femme soit nourrice. Cela vous est défendu, et à elle aussi, par le droict canon, c. Ad ejus verà concubitum, in principio quintx distinctionis, parce qu'il n'y a chose qui soit tant nuisible aux enfans qui allaitent, selon Oribase, Paul i£ginete et autres médecins. De cela Galen baille cette raison, parce que les secouades qui se donnent en cest accouplement provoquent et font reverdir les fleurs menstrueles , l'odeur desquelles ne peut estre que préjudiciable au laict. Pauvre homme, vous troubleriez le laict. Avez vous point appris de Pline, livre 28, ch. 9, qu'il n'y a chose si mauvaise que quand une nourrice charge pen^^ant

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qu'elle allaite, car alors son laict se fige à la façon de formage, et est dangereux pour les enfans, lesquels, estans ainsi abusez de leurs nourrices, sont dits des Latins Colostrati, car ils appellent colostrum le betton, c'est à dire le premier laict d'une nouvelle accouchée, qui se fait dur et troué comme une esponge. De fait, tout le sang qu'il peut y avoir est employé pour le petit enfant, attendu que, puis qu'il a esté tiré immédiatement de ce laict qui luy est naturel et composé selon sa constitution, il ne peut que tousjours il ne tire cest aliment, qui est accroché au ventre comme à sa racine. Et puis quel laict peut avoir l'autre? Les mammelles, comment peuvent elles estre fournies ?

Dominique. Vous prescherez le jeusne tant qu'il vous plaira, je ne suis point de ceux qui vous obéiront ; si je l'eusse voulu garder, je me fusse voulu rendre moyne, ou bien me faire trancher les parties essentieles de ma gibecière naturelle. Mais je sçay bien que, quoy que vous disiez, il y en a plusieurs qui corrompent le jeusne. N'avez vous jamais oûy dire qu'il faut battre le pit de la nourrice pour faire venir le laict? Or, quant à la rigueur on m'y voudroit forcer, j'aimeroie mieux que ma femme ne fust jamais nourrice. Je me grusoie de six ou sept jours, et

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maintenant vous me voulez sevrer de deux ans. Trop piquer le cheval le fait restif.

Theodat. Nefumetis, patience! Quel homme estes vous? Si vous estiez en des pays que je sçay, dés que vostre femme commenceroit à estre enceinte , n'oseriez luy toucher. Si donc les Sauvages et Patagons tiennent une telle bride à leurs passions que prés de trois ans ils ne crochètent le cabinet de leurs femmes , serez vous si chaud du mestier qu'on ne puisse dire de vous qu'estes au moins aussi continent que ces pauvres Austraux ? Ils gardent si estroitement ceste interdiction naturelle que, si quelcun avoit embloqué durant les neuf mois de la portée principalement, on le reputeroit pour bougre si la mère estoit enceinte d'un fils masle, ou pour incestueux si c'estoit une fille qui fit dans le ventre de sa mère sa neufvaine de ses neuf lunes.

Dominique. Ce sont brides à veaux que cela, et qui ne peuvent nous induire à une si longue diette que vous voulez que nous facions : n'en avez vous point d'autres ? D'ailleurs, quand il y auroit quelque petit morceau de vray-semblance en cecy, je croy que vous vous faites entendre que je n'ay jamais leu ce qu'on raconte de ce peuple là. Pour faire si longue intermission, ils jeusnent encores moins que nous : tel d'entre eux se treu-

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vera qui aura des haraz de quatre vingts femmes, tant plus que du moins, selon la portée de ses moyens. Cependant que Tune défend l'entrée du trou S. Patris, l'autre supplée au défaut: ils en ont à reschange. Par ainsi, si vous vouliez m'imprimer dans la cervelle ce que vous prétendez pour véritable, et à quoy je me devroie plier, faudroit que missiez en nature la polygamie et pluralité de noces entre nous ; asseurez vous que vous feriez de beaux mesnages.

Theodat. Non, non; il n'est point pourtant besoin de polygamier. Ce que je vous chante n'est point de mon opinion, ce sont les médecins et les docteurs théologiens qui le tiennent.

Hippocrat, au livre De Super fœiatione, défend qu'on ne tienne au fouloir celle qui encharge, de peur de corrompre l'enfant. C'est le conseil de Matthieu des Degrez. Le mesmes nous est appris par Sainct Hierosme au chapitre Origo, 82, quxst, 4, que les femmes se gardent de l'approche du canon, de peur qu'elles ne perdent leurs enfans lors que le ventre leur sera enflé ; sur quoy la glose ameine ceste raison : Nam périt partus ex frequenti concussione. Pource voyez vous que les putains communes et publiques conçoivent fort peu souvent, et, si elles sont empraintes, rapportent encores moins leur fruit à proflBt. D'où

pensez vous que provient cela, sinon de ce qu'elles prestent leur panier à un cbascun indiscrètement et à toutes heurtes, coup sur coup, sans attendre que la présure ait figé la première traite ? Soyez au moins aussi sobre que ceste royne des Palmyreens, Zenobie, laquelle (au rapport de Jules Capitolin) n'eut permis à son mary qu'il luy donna double recharge : car, aiant receu les distillations de l'alambic marital, pour laisser rasseoir la matière, elle prenoit terme jusques au passage des rougets de sa lune; que si les fourriers luy marquoient sa cabane, elle ne faisoit plus de la rétive et prenoit plaisir de jouer avec son mary un seul coup au trou ma-Dame. Si la lune luy vouloit la paix et que, pour tesmoignage du combat, elle n'envoia le drapeau ensanglanté, c'estoit alors que (diray-je),honteuse.pour n'oser plus charger le harnois et soustenir le conflit, elle faisoit retraite, recognoissant que pour ceste fois elle avoit receu ce qui luy falloit et dont elle se devoit contanter. Par le concile Elibertan est défendu aux mariez de se faire la caresse que sçavez dés que l'enfant a commencé à bouger jusques à l'enfantement, comme il est remarqué aux Décrets de Burchard, livre 19, chap. i55. Là mesme, au premier livre, chap. cinquiesme, pn donne pénitence de vingt jours à celuy lequel a cogneu sa

femme après que Tenfant a bougé ; peine laquelle vous voyez estre plus grande que celle dont nous avons touché cy dessus contre celuy qui aura donné là où le fourrier de la lune a marqué le logis.

DoMiN. C'est grand fait que ne m'avez ordonné quatre temps pour mon jeusne et ma quarantaine.

Theodat. Si faut il que vous passiez encore un article pour la trefve, et que, 'pendant que vostre femme sera en couche, vous pilliez tout doucement patience. Durant les neuf moys il y a eu telle desgorgée et lavasse d'eaux qu'il faut un -fort long temps pour les escouler : car, pendant que l'os coccyx et le pubis ont entre-baaillé, et que le decraquement de l'os iliaque avec le sacré a ouvert à gueule bée la matrice, la place a tellement esté emplastrée qu'il n'est point trop aisé de la nettoyer. Que si alors vous plojigiez vostre bouchon en ces grottesques palustres, vous en feriez sortir autre que des grenouilles.

Dominique. Ce sont contes de triquoteuses et de nos douillettes, qui sont bien aises de se faire drelotter durant les six semaines. Je ne veux pas nier l'ouverture, mais aussi faut que vous me confessiez que les. os se resserrent incontinent et ne demeurent pas si long temps que vous criez à se

reprendre et renouer. Messieurs les anatomistes, médecins et autres naturalistes nous apprennent cela, et vous en pourront faire sage ; mais, parce qu'il vous fascheroit, et à moy aussi, de fouiller où on ne nous demande pas, je vous renvoyé aux pauvres Egyptiennes, qui à peine sont délivrées de leur fruict que les voila debout, gayes et disposes. Il ne se parle point que leur caramara et maris f acent trefves .

Theodat. Je vous prie, ne nous reiglez point à ces maistres passeligourds, vous ne feriez que le sang clair, et vous rangez à ce qui est pratiqué entre nous. Voire mais. S'' Dominique, ne prenez point ceste intermission que je vous enjoints pour quatriesme. Si yostre femme est nourrice,' il n'est besoin de la vous prescrire, vous estes desja entré en obéissance ; mais, au défaut et où ne voudriez que vostre femme tendit ses mammelles à vostre enfant, la trefve vous est enjointe tres-expressement lors qu'elle sera en gesine. Au reste, à vous certainement je ne voudroie prescrire le dernier pour parfournir les quatre temps ; je vous cognois par trop honeste, et sçay que vous vous sçavez si bien commander que ne vous laissez abbrutir par le fils de Semelé. Je défends donc à ceux qui ont plié le coulde plus qu'il n'est raisonnable qu'ils se gardent d'entrer à leurs femmes. S'ils bastissoient

des enfans, ce ne seroient qu'ivrognes ; et pource

le Cynique Diogenes, quand il voyoit un jeune

homme qui, pour avoir du vin en corne, faisoit

du sot: « Mon amy (disoit il), ton père estoit

yvre lors qu'il te sema. » Et pource Platon, au

sixiesme de ses Loix, fait expresse inhibition à

ceux qui ont charmé les puces de se mesler pour

avoir lignée, parce que celuy qui est plein de vin

est extase d'une rage et folie tant d'esprit que du

corps, et chancellant tire et est tiré tantost cy,

tantost là : car ce n'est pas hors de vraysemblance

que les enfans sont procréez tortus, contrefaits et

mal bastis, tant des membres que des mœurs.

D'ailleurs, on sçait que la semence de ceux qui

ont orlé leur bonnet est inféconde, pource que la

goutte du sarment rend l'habitude de leur corps

du tout humide, et partant inhabile à engendrer.

Or, il faut que, pour produire lignée, la semence

ne soit point humide, mais grosse et solide, selon

Aristote et Rasis. La fumée du vin ne monte

qu'enhaut, où, le reste de la chaleur du corps es-.

tant attirée, est impossible que ceux qui se sentent

surpris de ceste liqueur puissent se tenir roides

sur le devant.

Dominique. Les philosophes et médecins diront ce qu'il leur plaira ; mais, quant à moy, je treuve que ces raisons ne me peuvent servir de

payement. Ce ne sont que fantaisies, car je vois que les Alemans et autres, qui prennent egregie de la purée de septembre, font des enfans à foison, beaux, forts et vigoureux. Si pour humer du pyot nous estions rendus inhabiles à engendrer, verrions nous qu'après en avoir pris outre mesure, il y en a qui ayent engrossi celles avec lesquelles ils avoient esté accouplez. Que direzvous de Loth, lequel, estant yvre, engrossa ses deux filles sans qu'il y pensast, voire qu'il se souvint les avoir touchées ou cogneuôs. Moyse toutesfois nous letesmoigne, au Genèse, chap. 19.

Theodat. Quant aux Alemans, je vous diray que lors que la conception se fait ils ne sont yvres; et quant à Loth, c'est une juste punition de Dieu, sur laquelle je lairray discourir les théologiens touchant les Moabites et Ammonites, et bloqueray ceste entreveuë par ceste conclusion, que l'homme marié ne doit cognoistre conjugalement sa femme lors qu'elle a ses decoulemens lunaires, lors qu'elle est nourrice, lors qu'elle est enceinte, lors qu'elle est en couche, et lors que l'un deux ou l'un et l'autre sont yvres : cela toutesfois soit dit sauf et sans préjudice de ce que l'on sçait, que coustumierement il y a des quereles parmy les mesnages qui font faire bresche à l'exploit conjugal, et d'ailleurs que, par saincte inten-

tion des parties, afin de vacquer à jeusnes et prières, elles se séquestrent à temps de ceste compaignle mutuelle.

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