‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 144 sur 269 · V. 1885. — Qu'Amours occist de son raillon · texte numérisé non relu

V. 1885. — Qu'Amours occist de son raillon

« Icelluy suppliant banda icelle arbalcstre et mist sur icelle ung vireton ou raillon en intencion de grever et débouter selon sa puissance nosdiz adversaires. » Arch. nat. JJ. 187 (an. 1455), fol. 46 vo. Cf. Du Cange s. v. relho, risellus, l'exemple tiré d'une lettre de rémission (an. 1455) s. v. habilimentum, et la description des deux arcs et des flèches du dieu d'Amour, dans le Roman de la Rose, t. II, p. 47 et suiv. (e'dit. L.)

v. 1888. — Oncques de lerre n'ot sillon. Ge sui un povres bachelers Qui n'ai uncor reie de terre.

Guillaume le Maréchal, t. I, p. 253, v. 7030-51. (Cf. t. III, p. 82, pour l'allusion). Le cordelier Ménot qui connaissait bien l'œuvre de Villon, s'adresse ainsi aux religieux de son ordre : « mendians qui n'avez terre ne cyllon. » Sermones quadragesinutles (Paris, 1530, Bibl. nat. Rés. D. 44154), fol. 125b.

v. 1891. — Amans, dictes en ce verset.

Gallans A ; Pour Dieu C; Amen F; Au moins I. La leçon F amen.

mais à la dictée sonnant amans, suivant la prononciation du temps, avait justement été adoptée par Longnon (ire et 2^ édit.) : dans la 5^ (1914), c'est la leçon A qui a été suivie. (Pour eu : an, cf. Test. huit. CXXVII). — La finale en se prononçait alors an, et s'écrivait souvent ainsi : « Nostre pain cothidian nous donne huy »; fr. 15167, fol. 25 (livre d'Heures du xve s.). Dans Martin Le Franc, yoi^mm», TertuUiaii (fr. 12476, fol. 60»:). — Au xvi«: siècle, Henri Estienne écrira dans son Apologie poîir Hérodote (édit. Ristelhuber, Paris, 1879, t. I, chap. xiv), Lucian pour Lucien, p. 189 : de même encore, au xyii^ siècle, Apologie pour Tertulian, fr. 17069 (1641). — Il ne paraît pas douteux que la leçon amans soit la bonne leçon, comme semble l'établir, d'autre part, un passage du testament de Pierre de Hauteville. Celui-ci, né dans la seconde moitié du xiv^ siècle, avait été d'abord garde de la monnaie de Tournay, emploi qu'il céda à son frère, en 1402. Il alla ensuite se fixer à Lille, où on le trouve établi en 1424. Échanson de Charles VI et écuyer d'écurie du duc de Bourgogne. Il jouissait d'une honnête fortune, et possédait une remarquable bibliothèque qui témoigne du haut degré de la culture intellectuelle dans les Flandres, à cette époque. — Il mourut à Lille, le 10 octobre 1448. Il avait été également Prince d'Amour, c'est-à-dire chef d'une association de poètes, fonction que le titulaire n'occupait que pendant une année. Pierre de Hauteville était très fier de ce titre : il avait choisi pour emblème une branche de valériane, et pour devise le m >t flamand Goddanc, en français, Dieu merci. Il avait préparé son épitaphe en vers qui, malheureusement, ne nous est pas parvenue. Villon avait pu la connaître. Hauteville faisait partie du Chaptel vert, réunion de douze amis, bons vivants, poètes et musiciens, qui avait un dîner mensuel offert à tour de rôle par chacun des membres de cette association. Dans son testament, Pierre de Hauteville avait stipulé que s'il mourait avant le mois d'août, époque où revenait son rôle d'amphitrion, ses amis n'y perdraient rien, car ses exécuteurs testamentaires avaient ordre de payer le banquet durant lequel les convives devaient porter une couronne de verdure sur la tête. Voici le passage de son testament à rapprocher des huitains CXLIV et CLXV de celui de Villon : « Vueil, ordonne et eslis place pour gésir en l'église saint Jaque de Tournai avec mon feu père que Dieux absoille, Jehan de Hauteville, dit le Mannier, lequel gist dedens le cuer de ladite église joignant l'estapleau, a l'encontre de la chapelle saint Nicolas.

« Item vueil et ordonne que on employé la somme deLlb. tourn. en faire faire et asseoir dedens le mur... i. tableau de pierre de marbre bis, taillié et eslevé de ymages, c'est assavoir i. personnage de moy a

genoux armé de ma cotte d'armes et des couleurs d'icelles, et va dent mes genoux mon bacinet. Et soit une ymage de la Trinité faite et entailliee, devant Iquelleje soye agenouilliez.

« Item vueil que monseigneur saint Michiel et monseigneur saint Jorge soient tous drois derrière mon personnage et me présentent devant la Trinité Et soient les ymages bien dorées et peintes de fines couleurs et soit escrit oudit tableau : Cy devant gist noble homme

Pierre de Hauteville dit le Mannier, seigneur d'Ars en Bau-

VOISIS, ET ESCHANÇON EN ORDONNANCE DU ROY ChARLES VI^ DE CE NOM, LEQ.UEL PlERRE FUT APPELLE DE SON TEMPS PrINCE D'AmOURS, ET TRESPASSA tel JOUR. ToUS LEAUS AMOUREUX VUEILLENT PRIER

Dieux qu'il ayt l'ame de luy. Amen. » (Testament du 6 août 1418). Cf. les Annales de l' Académie d'archéologie de Belgique, t. XLVI (4* série, t. VI), Anvers, 1890; mémoire de A. de La Grange, Pierre de Hauteville et ses testaments, p. 30. — Cf. également, sur ce personnage, Max Prinet, Les sceaux et le seing manuel de Pierre de Hauteville, Prince d'amour, dans la Bibl. de VEcole des Chartes, t. 77 (1916), p. 428-328.

Verset [v. 1892-1905.]

V. 1892-93. — Repos éternel donne a cil. Sire, et clarté perpétuelle.

(v. 1892). — Premiers mots de la messe de Requiem, dite messe des Morts, et qui commence par Requiem- aeternam...; cf. également ce verset de V Ecclésiastique : Melior est mors quam vita amara, et requics aeterna quant languor perseverans. » XXX, 17.

— Sire. Dans l'ancien français, le mot sire était le cas sujet de seigneur, cas régime. C'est ce dernier qu'emploie ordinairement Villon (Test. 451) ; ou bien alors il emploie l'expression archaïque beaux Sire Dieux {Poés. Div. IX, 26), ou cette autre « souverain Sire » pour désigner le roi (Ibid.,X'Vl, 9). S'il emploie ici au vocatif, très correctement d'ailleurs, le mot sire, tout seul, c'est sans doute qu'il veut jouer sur le double sens de sire, cire... clarté. Ce mauvais jeu de mots est bien dans la manière de Villon, d'autre part, le ton général du rondeau, mélange de gravité et de bouffonnerie, ne semble pas répugner à cette interprétation ; ce qui le laisse à penser c'est la leçon des incunables qui donnent

Lumière, clarté perpétuelle...

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