‹ Œuvres. Édition critique avec notices et glossaireChapitre 190 sur 269 · V. 6. — Je ris en pleurs et atlens sans espoir · texte numérisé non relu

V. 6. — Je ris en pleurs et atlens sans espoir

— Je ris en pleurs. — Ce gracieux hémistiche qui caractérise si excellemment la poésie de Villon n'est toutefois qu'un lieu commun qu'on retrouve, depuis Homère, dans toutes les littératures jusqu'à nos jours. On vient de voir cet autre hémistiche d'une chanson de Chartier allégué par Régnier : Ris en plourant. Chartier avait déjà exprimé une idée similaire dans la pièce intitulée La Complainte maistre Alain Chartier : Mes yeux pleurent cns et rient dehors (Arsenal, ms. 3523, p. 391); pensée qu'avait lourdement délayée Charles d'Orléans :

Mais ma bouche fait semblant que je rie Quant maintes fois je sens mon cueur pleurer.

Déjà Jean de Meun, dans sa description de l'amour avait écrit dans son Roman de la Rose

C'est ris plains de plors et de lermcs.

(T. II, V. 4325, édit. L.)

Cf., dans mon vol. Villon et Rabelais une série de citations sur cette idée, p. 89, n. i. Quant à la seconde partie du vers de Villon : et attens sans espoir, c'est ce qu'Alain Chartier avait appelé « espérer sans espérance » ; et cela, à propos des Juifs contre lesquels il fait une sortie pleine d'une éloquence violente. LEsperance ou Consolacion... fr. 1124, fol. 91 vo-95 vo.

Page 1