Voy. Lepsius, Kônigsbuch , 2e Abt., XXXV
LA FILLE DE PHARAON
connaître un monument de la XIXe dynastie, c’est-à-dire de l’époque de Ramsès II et de Mer-en-ptah1. 3° Il paraît que le sarcophage provient de Thèbes, là où se trouve le tombeau de la princesse Bent-anta, autrement dit Bethanta , fille de Ramsès IL
Voilà une série d’indications positives, mais il y en a d’autres, pour ainsi dire, négatives ; quoiqu’on ne doive pas s’appuyer trop sur elles, il est bon de les indiquer.
1° Il n’y a, du moins à ma connaissannce, que la princesse Bent (ou Beth) -anta, fille de Ramsès II, qui répondrait au nom (ou aux noms) et aux diverses indications fournies par le sarcophage. 2° On peut facilement admettre qu’une princesse, à l’époque de Ramsès, aurait porté le nom Bent (ou Beth) -anta ; plus difficilement, c’eût été possible plus tôt ou plus tard. 3° L’omission d’une mention du dieu Ammon est plus explicable à l’époque de Ramsès II qu’avant
1. Assurément il ne s’agit pas d’une princesse de l'ancien empire : le nom sémitique bent (assyr. bi-in-tu, Schrader, K. A. T., p. 46; cf.
541, arabe hébreu beth, phénicien beth pour banth; voyez Schrôder, Die Phônisische Sprache, p 172) et le nom de la divinité asiatique Anta s’y opposeraient. Vivant à l’époque des rois pasteurs, dans la Haute Égypte, une princesse n’aurait pas été nommée d’un nom sémitique. Quant à la Basse Égypte, chez les Pasteurs, c’est impossible également, car les divinités dont il est question sur le sarcophage sont égyptiennes. Quant à après l’expulsion des Pasteurs, à l’époque de la XVIIe dynastie, nous doutons qu’une princesse ait porté un nom aussi ultra-sémitique ; dans la première partie de cette dynastie, on s’attendrait à trouver une mention quelconque du dieu Ammon, et vers la fin une allusion au culte solaire. Quant à l’époque de la XIXe dynastie, ou mieux, de Ramsès II et de Mer-en-ptah, le sarcophage, les noms, les titres et les textes conviennent bien; plus tard, c’est-à-dire à l’époque de la XXe dynastie et suivantes, la déesse Anta devint trop mal vue pour qu’une princesse ait dû porter son nom, et on s’attendrait à trouver une mention du dieu Ammon sous la XXe ou XXIe dynastie. Ainsi, l’époque qui convient le mieux pour le sarcophage est celle de la XIXe dynastie ou mieux de Ramsès II et de Mer-en-ptah, juste quand aurait vécu et serait morte Bent (ou Beth\-anta , fille de Ramsès II.
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et surtout après ; que sa fille, Bent (ou Beth) -anta, n’eût aucune charge dans le culte d’Ammon, à cause de ses rapports avec des Sémites (?), cela n’aurait rien de surprenant.
Ainsi, on peut relever un nombre d’indications sur le sarcophage qui semblent indiquer que c’est celui de la princesse Bent ou (Beth) -aritci, fille de Ramsès II, conclusion que, je le crois, on peut adopter sans hésitation, du moins provisoirement, ainsi que nous l’avons fait dans la première partie de cette étude 1 .
Avant de passer à l’étude du sarcophage et des idées religieuses qui s’y rattachent, il est bon de dire un mot relatif aux sarcophages en général. Il faut en distinguer trois classes : ceux qui étaient destinés à être des demeures éternelles, ceux qui furent employés pour le séjour provisoire d’une momie, et ceux qui peuvent être ou une demeure éternelle ou une demeure temporaire. Toutefois nous devons écarter complètement de cette étude les sarcophages employés comme demeure provisoire, c’est-à-dire dans lesquels on aurait placé provisoirement une momie, pour la protéger d’un danger quelconque qui aurait exigé qu’on l’enlevât de sa demeure éternelle et qu’on la plaçât dans un sarcophage provisoire, dans un autre endroit, pour la mettre en sûreté. Le séjour que la momie y faisait pouvait être plus ou moins long, mais on aurait eu, toujours, l’intention de la rapporter à sa demeure éternelle. Le sarcophage, demeure provisoire, pouvait recevoir, pendant le cours du temps, diverses momies, sans inconvénient ; au contraire, le sarcophage, demeure éternelle, ne devait recevoir qu’une seule momie dont il était la propriété personnelle, et la momie devait y rester pour tout le temps et
1. Voy. Bulletin de l'Institut égyptien, décembre 1895[; cf. p. 280 sqq. du présent volume].
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l’éternité. C’est à cette dernière classe (le sarcophage demeure éternelle) que, nous le croyons, doit appartenir le sarcophage en granit de la princesse Bent ou ( Betli ) -anta.
Quant au sarcophage lui-même, on doit maintenant étudier la question de savoir si le sarcophage a jamais eu un autre occupant que la princesse Bent (ou Beth) -anta\
Quant à ce qui regarde les siècles qui ont suivi la mort de la princesse, on peut constater que le nom et les titres de la princesse sont intacts, qu’ils n’ont été ni martelés ni dégradés ; il ressort donc clairement que le sarcophage est bien à elle.
Quant à savoir si le sarcophage fut destiné à la princesse dès l’instant qu’on tira le bloc de pierre de la carrière, et pendant le temps qu’on le fabriquait, cette question n’a pas de sens. Assurément, ainsi que nous aurons occasion de le voir, on faisait des sarcophages, cuves et couvercles, sans avoir en vue telle ou telle personne.
Quant à la question de savoir si le sarcophage eut jamais un occupant antérieur et s’il appartint à un autre avant de devenir la propriété de la princesse Bent (ou Beth) -anta, la lecture la plus superficielle du texte suffit à faire voir que le nom et les titres de la princesse se trouvent écrits dans des dépressions sur la pierre. C’est un fait bien connu que « plusieurs noms de rois ont été effacés, martelés avec » acharnement partout où ils avaient été gravés... par l’ordre )) de certains pharaons, soit par jalousie, par haine poli— » tique ou pour faire oublier le nom de quelque usurpateur, » soit par quelque motif religieux, soit enfin par simple » vanité, pour s’attribuer le mérite de monuments cons- » fruits par d’autres1 2 ». Mais, dans le cas qui nous occupe,
1. Voy. les observations communiquées à l’Institut par Yacoub Arfin- Pacha et les observations faites par M. Brugsch-Bey et moi-même, Bulletin de l’Institut égyptien, janvier 1896, et ci', les deux séances de décembre 1895.
2. Pierret, Dictionnaire d’ Archéologie égyptienne, p. 322 et s.
nous n’avons pas affaire à lin monument de politique, de luxe, ou de « vanité », mais à un sarcophage1, c’est-à-dire un objet essentiellement religieux.
Pour bien se rendre compte de combien aurait été terrible l’usurpation d’un sarcophage demeure éternelle , il faudrait se rappeler certaines croyances d’autrefois.
Chez divers peuples de l’antiquité, l’un des crimes les plus terribles était l’usurpation d’un monument, soit en faussant le nom du constructeur ou de celui auquel il appartenait, soit en effaçant un nom et en le remplaçant par un autre.
Le grand roi Assarhaddon est représenté disant : « Je » dis ceci aux rois, mes fils, que dans la suite des jours » Assour et Istar appelleront de leurs noms pour qu’ils » régnent sur le pays et les hommes : Ce palais vieillira et » tombera en ruines. Relève ces ruines. Et comme, moi, j’ai » mis, à côté de mon nom, le nom du père qui m’a.engen- » dré, ainsi toi, qui régneras après moi, fais comme moi, » conserve la mémoire de mon nom ! restaure l’écriture, » relève les autels, et inscris mon nom à côté du tien ! Alors » Assour et Istar exauceront ta prière. »
Sennacherib demande qu’on rétablisse son nom, car, ditil de celui qui aurait ainsi fait, alors Assour et Istar écouteront sa prière ; mais , dit-il , « celui qui altère mon écri- » ture et mon nom, qu’ Assour, le grand dieu, le père des » dieux, le traite en rebelle, qu’il lui enlève son sceptre et » son trône, qu’il abaisse son glaive2! » Voilà, chez les Assyriens, la punition de celui qui aurait usurpé un monument ; Assour, le grand dieu, le dieu tout-puissant, ruinerait celui qui commettrait un pareil crime.
Chez les Phéniciens, le roi Eshmunazar, dans l’inscription gravée sur son sarcophage3, est représenté disant qu’il
1. Je crois que l’on peut admettre l’usurpation de n’importe quoi plus facilement que celle d’un sarcophage demeure éternelle.
2. Oppert, Inscriptions assyriennes des Sargonides , p. 60, 53.
3. Ce sarcophage paraît bien être d'origine égyptienne, quand même
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défend à toute personne de le déranger, de l’enlever de son sarcophage ou de le mettre sur un autre lit funèbre1. A toute personne qui aurait ainsi fait, dit-il, « qu’il n’y ait pas » pour eux de lit funèbre chez les mânes2, qu’ils ne soient )) pas ensevelis dans un tombeau, qu’il n’y ait à eux ni de » fils, ni de race après eux ; que les dieux saints les livrent )> (entre les mains) d’un roi puissant qui les domine(ra) , )) en ruinant soit une personne royale, soit un homme (du )) peuple) qui ouvrira cette couche funèbre, ou qui enlèvera » ce sarcophage, (ainsi que) la postérité de cette personne » royale, ou homme quelconque... qu’ils soient maudits » parmi les vivants sous le soleil3! » Voilà la punition de celui qui enlèverait un sarcophage ; l’extermination d’un homme et de sa race.
Dans une inscription du Musée de Ghizeli', un Égyptien est représenté disant : « ... O chefs, prophètes, prêtres, offi- )) ciants, hommes tous qui viendront après moi dans des )> millions d’années, si quelqu’un s efface mon nom pour )) mettre son nom (à sa place), Dieu le rétribuera en dé- » truisant son image sur la terre; si quelqu’un0 martèle7
il aurait eu un autre occupant; le roi Eshmunazar, probablement, ne le savait pas, et, quand même, il lui importait peu, car c’était d’un autre peuple. Sa malédiction, à son point de vue, nous donnerait un écho des mœurs et croyances de son temps. Quant au sarcophage de Tabnit, cf. Journal asiatique (juillet 1888), p. 94 s., etc.