‹ Œuvres égyptologiques de William N. GroffChapitre 2 sur 309 · E. Renan, Histoire du Peuple d’Israël , t. 1, p · texte numérisé non relu

E. Renan, Histoire du Peuple d’Israël , t. 1, p

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Pendant son séjour à Paris, il publia un certain nombre d’études grammaticales et linguistiques. Étude sur les noms propres chez les Egyptiens, Etude sur le pronom de la première personne du singulier en égyptien. Sa thèse Les deux versions démotiques du décret de Canope lui valut le titre d’élève breveté de l’École du Louvre, et son mémoire intitulé Étude sur le Papyrus d’Orbiney lui obtint celui d’élève diplômé de la section d’histoire et de philologie de l’École des Hautes Études. Il devint aussi membre à vie de la Société asiatique.

En 1890, il se rendit à Alger, où il fut attaché au Consulat des États-Unis. Il profita de son séjour pour explorer les vestiges laissés par les premiers habitants de l’Afrique septentrionale, et il se lia intimement aux indigènes, prêtant l’oreille à tous les vieillards, cheikhs des tribus nomades, qui lui récitèrent des légendes orales. Ce fut pour lui le souvenir ou comme l’écho des temps lointains; il se plut à les comparer avec l’histoire scientifique, et il essaya de rattacher à la réalité les récits et les étranges traditions qu’il recueillit de la sorte. Ce fut pendant qu’il résidait à Alger qu’il publia ses articles sur le Retunnut-ab-t du décret de Canope et son Etude sur la Malaria.

En 1891, il passa en Égypte et il s’installa à Ghizeh pour être plus près du Musée égyptien. Il s’y dévoua exclusivement à composer ce qu’il pensait devoir être l’œuvre de sa vie, une comparaison entre l’Égypte et la Bible. L’année même de son arrivée, il fut élu membre de l’Institut égyptien. Il suivit les séances avec une assiduité qui ne se ralentit pas aussi longtemps qu’il résida en Égypte : il y lut beaucoup de mémoires qui furent publiés pour la plupart dans le Bulletin et dans les Mémoires. C’est ainsi que, dans son étude sur l’expression Mot-tamout, il démontra la similitude entre l’Éden hébraïque et le paradis égyptien, grâce à l’entourage de l’arbre As, aux mots et aux expressions qui se rencontrent identiques dans les récits des deux peuples. De même, au

DE WILLIAM N. GROFF

Yie chapitre de la Genèse, la légende de l’union de l'esprit céleste avec le corps terrestre, puis le déluge, peuvent être comparés à la légende par laquelle Râ, voyant la malice des hommes qu'il avait créés, ordonna à la déesse Sekhet de les massacrer. Comme Yaho (Jéhovah), Râ se repentit de ce qu’il avait fait, et son fils Shou dut faire ce que Noé avait fait et repeupler la terre. Plus loin encore, l’Égypte a éprouvé le contre-coup de la légende racontée au xie chapitre de la Genèse, d’après laquelle les Noachides se dispersèrent et se divisèrent en peuplades parlant chacune un idiome différent : elle suggéra à mon frère une étude sur les noms des patriarches et des rois pasteurs.

Après s’être occupé ainsi des temps où l’histoire ne repose encore que sur des légendes et sur des traditions, il passa à l’époque de Thoutmès III. Comme, parmi les noms des tribus vaincues à Mageddo par ce Pharaon, sont les deux noms de Jakob-el et de Joseph-el, il conclut que le commencement de la captivité d’Israël en Égypte dut correspondre à l’époque de ce prince. Un travail sur le sarcophage de Ben-Anta, la fille de Pharaon, lui permit de retracer la figure de Ramsès II, le Pharaon de l’oppression, et de ses contemporains qu’il retrouva dans les personnages du Roman de Setné-Ptah Ha-m-us et aussi sur la stèle dite de Mer-en-ptah. Il compléta ce groupe d’études par une découverte fort importante, l’identifîcatioh de la momie du roi Mer-en-ptah Ba-en-ra, le Pharaon de l’Exode. A la même période de sa vie appartiennent sa notice sur M. Ernest Renan et une série d’observations sur l’emploi des couleurs chez les anciens Égyptiens, ses spéculations astronomiques, l’histoire du nom du Nil, les origines des noms géographiques ; il rassembla aussi une collection de légendes où les traditions du passé se mêlent des croyances qui existent encore chez les nations orientales. Les plus neuves de ses recherches sur le Nouveau Testament sont contenues dans son ouvrage intitulé Études sur la sorcellerie ouïe rôle que la Bible a joué

NOTICE BIOGRAPHIQUE

chez les sorciers, et dans les mémoires sur les origines du christianisme en Égypte et sur l’Église d’Alexandrie que l’Institut égyptien publia.

En 1899, il entreprit un court voyage en Amérique et en France, puis, revenant en Égypte, il y continua la rédaction de sa grande œuvre sur l’Égypte et la Bible. Des nécessités de famille l’obligèrent à se transporter à Athènes en 1900; c’est là qu’il fit sa dernière conférence à l’École française sur le discours attribué à saint Paul et qui aurait été prononcé à l’Aréopage. Il mourut peu après, le 4 décembre 1901, de la fièvre typhoïde, à l’âge de quarante-quatre ans.

Je n’ajouterai que quelques mots à la courte Notice de Mlle Groff. C’est en 1887, à l’École des Hautes Études et au Collège de France, que je rencontrai Groff : il suivait mes cours, et, dès les premières questions qu’il me posa, l’originalité et l’étrangeté de son esprit me frappèrent. Je le retrouvai au Caire, en 1899, plus enthousiaste de science et aussi plus mystique que jamais. Je l’ai donc connu pendant quatorze ans, et je n’ai jamais eu qu’à me louer de mes rapports avec lui. Son œuvre est variée et abondante, et toutes les parties n’en sont pas d’une valeur égale, mais toutes méritent d’être examinées. Son éducation première ne le destinait pas à la philologie ni à l’archéologie, aussi ne fautil pas s’étonner si l’on rencontre dans ses premiers essais des manques de critique nombreux : il se corrigeait peu à peu de ses défauts, et il était en bonne voie de s’en débarrasser lorsque la mort l’emporta prématurément. Sa sœur a réuni les fragments de son œuvre et les livre aux savants, dont beaucoup les ignoraient : nous devons l’en remercier sincèrement et rendre hommage à la piété fraternelle qui nous vaut cette belle publication.

G. Maspero.

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