‹ ŒuvresChapitre 2 sur 96 · PAUVRES VIEILLES CITÉS · texte numérisé non relu

PAUVRES VIEILLES CITÉS

Pauvres vieilles cilés par les plaines perdues,

Dites de quel ^rand plan de gloire,

Vers la vie humble et dérisoire,

Toutes, vous voilà descendues.

Vous ne comprenez ])liis vos hauts beiTrois en deuil. Ni ce que disent aux nuées Tant de pierres desliluées De leur ancien et bel orgueil.

Vos carrefours, vos grand'places et votre port. Tout est muet et léthargique, Tout semble aller à pas logiques Vers l'horizon où luit la mort.

Seule, quand le marché aligne au jour levé, Sur le trottoir, ses éventaires.

Un peu de vie hebdomadaire Se cache aux joints de vos pavés.

Ou bien, quand la kermesse et ses cortèges d'or Mènent leur ronde autour des rues.

L'émoi des foules accourues Vous fait revivre une heure encore.

Vos mœurs sont pareilles à vos petits jardins Buissons corrects, calmes verdures,

ISIais une odeur de moisissure Séjourne en leurs recoins malsains.

Vos gestes sont prudents, mesquins et routiniers, Vous ne penchez sur vos négoces Que des yeux mornes ou féroces.

Qui ne comptent que par deniers.

Vos cerveaux sans révolte et vos cœurs sans fierté Se complaisent aux moindres choses.

Et de pauvres apothéoses Font tressaillir vos vanités.

Vous ne produisez plus ni communiers ni gueux, Et vivez à la dérobée Des miettes d'ombre et d'or tombées Du festin rouge des aïeux.

Pourtant, si triste et long que soit votre déclin, Notre rêve ne veut pas croire Que plus jamais la belle gloire Ne bondira de vos tremplins.

Vous vous armez encor de trop d'entêtement, Damme, Courtrai, Ypres, Termonde, Pour n'être plus au vent du monde Que des tombeaux d'orgueil flamand

Et n'avoir plus aucun remords, aucun sursaut En ces heures de somnolence,

Où le visage du silence Se mire seul dans vos canaux.

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