‹ ŒuvresChapitre 35 sur 96 · LIMINAIRE · texte numérisé non relu

LIMINAIRE

Avec son cœur qui demeure comme aux écoutes Dans la plaine natale oii son rêve se plaît. Le gars va, vient, s'arrête et fait claquer son fouet Et puis repart, sait-il vers oîi, par la grand'route.

Autour de lui, là-bas, les grands carrés de blé

Etincellent, tranquillement, sous la lumière;

De hauts thyrses de fleurs montent près des chaumières ;

Un chêne énorme et seul dont les rameaux ailés

Se soulèvent et s'abaissent sur les pâtures

Semble garder le trésor clair des orges mûres;

in ruisselet rapide et vif comme le vent

Remplit le franc midi d'un bruissement vivant;

Des attelages d'or traversent la campagne

Avec de grands harnais de cuivre et de soleil.

Et les foins étages et les charrois vermeils Passent à l'horizon ainsi que des montagnes.

Le gars pense à sa Flandre avec des pleurs aux yeux. Le soir, il voit la ville illuminer les deux. Il sait qu'un autre esprit que le rêve des pères S'implantera un jour aux clos héréditaires Et que les bras sont lourds quand est vieux le cerveau. Il songe il ne sait pas à quels espoirs nouveaux. Il doute, il croit, il est ardent et il est triste; Il sent que dans son âme une âme lui résiste; Soudain son corps s'affale aux pentes d'un fossé. Le sang lui bat et les tempes et les narines. Alors, mettant à nu sa farouche poitrine Et l'appuyant sur le sol dur et crevassé, Longuement, sourdement, dans ce coin solitaire. Les poings serrés, il sanglote contre la terre.

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