LES ALOUETTES
L'azur est scintillant De grands nuages blancs Qui vont, viennent et passent; Comme des balles dans l'espace Le tablier mouvant des blés Projette Jusques au ciel les alouettes.
Elles fusent et jaillissent si haut Vers la lumière et ses joyaux.
Que leur élan s'y noie Et qu'elles volent sans qu'on les voie.
Mais les nuages blancs et lents Qui, tout là-haut, font route,
Écoulent Leur chant Et leurs cris et leurs trilles
Qui brillent, Tels des micas diamantés, Dans l'air torride et sec du flamboyant été.
LES AOUTERONS
Vous, dont les bras tenaces sont à vendre; Faucheurs, aoûterons, betteraviers.
Vous désertez vos champs familiers, Avec de la poussière de Flandre A vos souliers.
Et vous roulez, dans les bagarres.
De train en train, de gare en gare.
Portant bissac à carreaux.
Et votre pique et votre faux Sont jointes A ce bagage improvisé, Avec un gros bouchon fixé Prudemment à leur pointe.
Et VOUS allez, ainsi, vers les lointains pays, Au delà de Quiévrain, de Reims et de Paris, Dans la Beauce ou la Nièvre,
Vivre aux abois.
Pendant trois mois De hâte et de labeur, de sueur et de fièvre.
Mieux que d'autres, vous abattez les vieux travaux. Frustes, mais durs, lents, mais têtus, lourds, mais dispos. Vos corps, dès le matin, s'arc-boutent et puis cognent
Le mur quotidien des compactes besognes. Et chaque soir, quand les ombres prennent leur vol.
Un large pan de travail fait gît sur le sol.
Même les dimanches, au bruit battant des cloches. Vous engrangez quand même orges, seigles, froments. Et semaine à semaine, on vous solde dûment La paie au reflet d'or qui s'amasse en vos poches.
Et quand vous revenez, après combien de jours,
Par les chemins déjà connus, vers votre bourg Et son clocher debout sur l'âpre Escaut de Flandre,
Vous regardez les gens avec des yeux changés. Et leurs champs et leurs clos vous sont comme étrangers.
Et d'autres mots sur vos lèvres se font entendre.
Et l'hiver, quand le soir convie autour des feux Filles et gars, femmes et vieux, Et que la bière Fait tout à coup jaser ceux qui ne parlent guère. Vous déliez les liens des souvenirs captés. Et vos gestes alors passent comme exaltés. Lorsqu'ils montrent comment une seule machine Avec ses larges dents, avec sa ferme échine. Et ses arrêts et ses déclics et ses ressorts. Pareille à quelque énorme et frêle insecte d'or, Fauche des champs entiers, en Nièvre, enBeauce, en Somme Et fait, en un seul jour, le travail de vingt hommes.
Les vieux ne vous croient pas.
Mais les beaux gars vermeils, dont les mains et les bras S'apprêtent Dieu sait pour quelle ardente et précise conquête. Tendent vers vous leur cœur et leur esprit dispos ; Ils vous suivent longtemps, bien qu'ils ne soufflent mot. Et quelques-uns d'entre eux rêvent déjà peut-être A tout ce qu'ils feront, Quand eux seront Les maîtres.