‹ Œuvres en prose de André ChénierChapitre 46 sur 121 · AU DIRECTOIRE DU DÉPARTEMENT DE PARIS · texte numérisé non relu

AU DIRECTOIRE DU DÉPARTEMENT DE PARIS

[23] mars 1792.

Messieurs, Nous, citoyens soussignés, membre du 5® bataillon* de la 5* légion de la garde nationale parisienne, nous venons vous faire part de notre douleur et de notre inquiétude, et vous demander éclaircissement et justice sur un objet qui intéresse notre honneur et celui de la garde nationale toute entière.

* Celte adresse a été publiée pour la première fois dans l'édition de 1840, d'après le brouillon autographe d'André Chénier; mais elle est adressée, non pas à TAsscmblée nationale, comme le dit l'cditetir, mais au directoire du déparlement de Paris, auquel elle fut très-probablement remise. Plusieurs pélilions, en effet, furent présentées au directoire par (( des citoyens de dificrents bataillons de la garde nationale » (Journal de Paris , du 7 avril. Cf. une lettre d'un des administrateurs du département; dans le numéro du 15) ; et ce fut a sur les pétitions qui lui furent présentées. » que le directoire prit son arrêté du 12 avril, inséré dans le Journal de Paris, du 14. Voyez encore la lettre de Pétiou à ses concitoyens, datée du 6 avril. La date de l'adresse nous est fournie par celle du proj^ramme auquel il fait allusion plus loin.

^ Dans l'édition de 1840, on lit : a membres du 5« bataillon, etc. > Or André Chénier appirtenait à la section de Brutus. Il demeurait à celte époque rue de Ciéry ou rue du Sentier, on ne sait pas au juste. La section de Brutus était l'ancienne section de la Fontaine-Montmorency, et les bataillons de ce quartier faisaient partie de la 4" lé<rion. Le 5* bataillon de la 5* légion appartenait à la section du Roule. Il est de toute impossibilité qu'André Chénier, ayant sa résidence dans la section de Brulus, ail fait son service dans celle du Boule. 11 a dû rédiger cette adresse, à l<i prière, sans doute, de ses amis, pour un bataillon qui n*était pas le sien ; ce qui nous a conduit à soupçonner une mauvaise lecture dans le chiffre du bataillon. Il faut lire très-certtinement sur le manuscrit a membre du 5* bataillon de la 5* légion. » Celait le bataillon des Capucins-Saint-Honorc, celui que commandait Trudaine. Cette dernière circonstance explique dès lors et justifie la leçoa que nous avons admise.

79!2] ADBESSE AU DIRECTOIRE. 141

Lorsqu'au mois dejuillet de l'année dernière S des hommes, 16 tous les citoyens regardèrent alors comme des ennemis et îs séditieux, rassemblés au Champ-de-Hars, menaçaient ouirtement la liberté de Paris et TAssembiée nationale, et la institution, une partie de la garde nationale parisienne fut )pelée par ses chefs légitimes au nom de la loi, suivant les TRies que la loi prescrit, pour sauver la ptrie de ce danger, endus à leur poste, nos frères furent assaillis de diverses lanières; plusieurs d*entre eux furent indignement assassiês. Il fullnt repousser la violence par la force ; et alors cetatoupement fut dissipé par la mort de quelques-uns et par la lite des autres. L'approbation éclatante de tous les citoyens, e toutes les autorités constituées, et celle de FAssemblée naonale manifestée par un décret*, vint se joindre à la con- Mence d'avoir servi la patrie et la liberté, pour consoler les toyens du malheur d'avoir été contraints à verser du sang.

Aujourd'hui Ton annonce un triomphe pour des soldats trangers', qui ont exécuté sur les gardes nationales de Metz

* Le 17 juillet 1791, il y eut un rassemblement considérable au bamp-de-Mars; il s'agissait de signer une pétition à l'Assemblée, de ire annuler son décret du 16, et de faire déclarer la déchéance de juis XVI. Celte manifestation était dans son essence un mouvement tpublicain et, par suite, séditieux. Bailly fit proclamer la loi martiale,

marcha sur le Champ de Mars avec des bataillons de la gnrde natiolie. Celle-ci, assaillie à son arrivée par des huées, des pierres et des tups de pistolets, fil usage de ses armes, et dissipa le rassemblement, i pétition qui avait été rédigée et signée séance tenante sur l'autel ! la patrie, se trouve, avec un grand nombre de détails, dans le n* 106 !s Révolutions de Paris.

* Décret rendu le 18 juillet, sur la proposition de Regnaud de Saintan-d'Angély, à la suite de la lecture, faite par Bailly, du procès- •rbal des événements de la veille.

3 Les Suiises du régiment de ChâteauvieuT, dont l'insurrection avait é réprimée, le 31 août 1790, par Bouille, à la tête des gardes natioiles de Metz. Compris, par un décret du 31 décembre 1791, dans imnistie générale du 15 septembre, ils avaient été mis en liberté en vrier 1792, dès que le décret de l'Assemblée eut été sanctionné par roi. Ils avaient reçu une ovation à Brest et se dirigeaient sur Paris on leur préparait une entrée triomphale.

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