SÉANTE AUX JACOBINS-SAINT-HONORÊ, A PARIS
Réponse de Collot-d'Herbois^ à des notes barbares en^ voyées à divers journaux contre les soldats de Châteauvieux , et notamment à celles envoyées par MM. Roucher et André Chénier^ au Journal de Paris.
Lue à la Société le 4 avril, l'an IV' de la liberté.
Les ambitieux^ les intrigants qui, dans le temps, ont préparé, combiné, amené à point l'éternellement horrible
1. Voyez la note précédente. Le Moniteur n'a pas mcnlionnc la signature du secrétaire-adjoint. (B. de F.)
2. Un extrait de ce discours fut inséré dans le Muni leur du 10 avril; où on constate l'intention systématique de faire disparaître du discours tous les passages injurieux pour André Chcnier et Roucher. (B. de F.)
3. «; Ce n'est pas Chénier-Graccling (dit on note CoUol-d'Herbois), c'est un autre, oli ! tout ii fait un autre. »
affaire de Nancy, ne se sont pas servis de petits moyens. Ceux qui voulaient ensuite entraîner la majorité de la garde nationale parisienne à se préparer d'éternels remords, en votant des remerciements à Bouille, firent agir de violentes, d'empoisonnées séductions.
Les mêmes moyens, les mêmes séductions sont employés aujourd'hui qu'il s'agit de l'arrivée des soldats de Châteauvieux échappés à leurs bourreaux. Il y a des gens pour qui une seconde affaire de Nancy serait une excellente affaire.
Citoyens! voyez comme on cherche à troubler notre joie, notre fête! la joie, la fête du peuple ! et terminer celle qu'il prépare aux soldais de Chàteauvieux par une sanglante catastrophe.
Je sais bien que ce ne sont pas cette fois-ci des libellistes à la douzaine que l'on a mis en avant. J'ai dit qu'il s'agissait d'une seconde affaire de Nancy, de faire massacrer les citoyens par les citoyens ; c'est un grand coup : on ne ménagera pas les frais; en de telles occasions on fait les choses largement*. Dans une pareille machination les mouchards, les feuilles à deux liards restent en arrière. Il faut sur le premier rang tout au moins le Journal de Paris et la Gazette universelle ; il faut des Roucher, des André Chénier pour sonner la charge. C'est en invoquant l'humanité que ces sycophantes prêchent la persécution et la cruauté, c'est en parlant morale qu'ils prêchent la dépravation. Qu'est-ce que c'est donc que la morale, si ce n'est la justice, la raison, la vérité, c'est-à-dire tout ce qu'il y a de plus cher au peuple? Et c'est au peuple que les Roucher et les André Chénier veulent donner des leçons à cet égard! Oh! qu'ils viennent plutôt en prendre!
Je répondrai tout-à-l'heure pour les soldats de Château vieux à Roucher, à André Chénier et autres gens de bien de cette trempe 2. Mais je veux d'abord parler aux hommes
1. Tout ce qui suit jusqu'à la fin du paragraphe n'est point dans le Moniteur.
2. Le Moniteur a modifié ainsi cette phrase : « Je répondrai tout à
dont le cœur est bon et l'âme élevée et sensible, parce que ce sont ceux-là dont je recherche l'estime
(Ici CoUot-d'Herbois discute plusieurs points relatifs à l'insurrection des Suisses de Ghtiteauvieuxi.)
Que direz-vous atout cela, MM. Roucher e{ André Chénier, vous qui irritez encore les esprits contre les soldats de Ghàteauvieux2?
Ecrivains perfides et fallacieux! c'est à vous que je parle maintenant, vous qui avez osé outrager les magistrats du peuple parce qu'ils doivent se trouver au milieu de lui dans cette fête, comme s'ils y étaient jamais déplacés. Je sais bien que cette démarche touchante et paternelle contrarie les projets de ceux qui méditaient le désordre, et cela vous fâche. Vous ne voj^ez donc pas que cette fête aujourd'hui tient au culte de la Liberté : c'est un hommage rendu à cette divinité des cœurs brûlants. Son aspect radieux ne vous fait donc rien sentir? Rhéteurs glacés! Vous faites mine d'être moralistes et sages. Votre sagesse est celle des eunuques. Mais au moins, André Chénier, prosateur stérile, respecte le peuple producteur et abondant. Au moment oti ce bon peuple répare d'incroyables cruautés, de fatales erreurs; au moment où il épanche toute sa compassion, toute sa bienfaisance, tu te permets d'appeler ces généreux mouvements de niisérablez orgies, de scandaleuses bacchanales. Va, le peuple est plus sage que toi; il te méprise... et te pardonne.
Et toi, versificateur Roucher! je conçois qu'un modéré, faiseur d'hémistiches, ait quelque rancune contre de braves
riieure, pour les soldats de Chàteauvieux, aux gens de bien qui les attaquent. > / 1. Toute la partie que nous omettons ici se trouve dans le Monilenr. Collot-d'IIerbois y expose et y discute plusieurs points du rapport rédigé par M. de Salis- Saniade, major du régiment de Chàteauvieux, lors de l'affaire de Nancy. (B. de F.)
2. Ici encore le Moniteur modiûe cette phrase ainsi : « Que direzvous à tout cela, vous qui irritez encore les esprits contre les soldats de Chàteauvieux. > Et c'est à cette phrase que s'arrête l'extrait du Mcnilcur. (B. de F.)
soldats qui n'ont voulu reconnaître d'autre souverain que le peuple. Que peut faire le peuple pour un poète courtisan? Tu avais en poche, peut-être, au 14 juillet 1789, des strophes toutes prêtes pour chanter le triomphe de la cour et le massacre des Parisiens. Ton métier est de célébrer les Brogîie, les Bouille, les Lambesc! Voilà tes héros! Mais le peuple, les soldats n'ont jamais échauffé ta verve esclave et prostituée. Egoïstes cruels ! tous vos mensonges ne pourront ni ôter aux soldats de Ghàteauvieux, la bienveillance nationale, ni empêcher la fête qu'on prépare. Cette fête sera vraiment populaire, c'est-à-dire simple, expressive, franche et majestueuse. Je connais assez l'esprit des sociétés patriotiques qui la dirigent pour être assuré qu'elle sera remarquable, surtout par le bon ordre, la fraternité et le respect des lois. Et quand elle sera finie je déclare que je donnerai une marque particulière, nonseulement de ce respect, mais de ma confiance absolue dans ces lois bienfaisantes, en attaquant devant les tribunaux MM. Roucher et André Ghénier comme de lâches calomniateurs.
Collot-d'Herbois, défenseur officieux des quarante soldats de Châteauvieux.
La Société a arrêté l'impression^ affiche et distribution à la Société et aux citoyens des tribunes dans la séance du 4 avril.
Vermaux, président; Garua, vice-président ; Ducos et Saladix, députés à l'Assemblée nationale; Gaillard, Doppet, Déperret, Bois, secrétaires.
De l'imprimerie du Patriote français, place du Théâtre- Italien.
LETTRE AUX AUTEURS DU JOURNAL DE PARIS i
Ce 5 avril 1792.
Messieurs,
La municipalité de Paris consacre, par sa présence, la fête des soldats de Ghàteauvieux. Le courage et l'éloquence du patriote André Ghénier transmettront à l'histoire le plus grand scandale qu'elle pourra reprocher à notre révolution; mais ce qu'elle ne dira pas moins, c'est que lorsque tant de villes de France s'empressent de rendre des honneurs funèbres au vertueux maire d'Etampes; lorsque l'Assemblée nationale vient de s'honorer éminemment en immortalisant la mémoire de ce martyr de la loi, la municipalité de Paris, au lieu d'acquitter la reconnaissance de la capitale envers le maire d'une ville, qui s'est immolé pour défendre le pillage de ses subsistances, la municipalité de Paris préfère de marcher à la suite d'une foule égarée par des factieux qui vont insulter à la loi sur lautel de la patrie! Le vertueux Simonneau est mort pour nous, pour nos femmes, pour nos enfants, et la- municipalité de Paris va célébrer le triomphe de soldats, égarés sans doute, mais qui ont versé le sang français et égorgé l'immortel Désilles!
(Ici le correspondant propose une fête en Vhonneur du quatre d'Etampes, et il termine ainsi:)
Je ne signe pas, messieurs, parce que je n'ai pas le courage d'André Ghénier. J'ai la faiblesse de craindre les pros-
1. C'est une grande erreur de l'éditeur de 1840 d'attribuer à Boucher celle lettre anonyme, insérée, le 7 avril 1792, dans le quarantequatrième supplément du Journal de Paris. Toutes les lettres de Roucher, dans le Journal de Paris, sont sijjnées. Si nous donnons cette lettre, c'est uniquement parce qu'elle contient un témoignage mérité d'admiration pour le courage d'André Ghénier. (B. de F.)
criplions. Vous pouvez cependant dire mon nom à ceux qui, individuellement, seraient ambitieux de me connailre.