‹ Œuvres en prose, précédées d'une notice sur le procès d'André Chénier et des actes de ce procèsChapitre 80 sur 160 · SUR BRISSOT · texte numérisé non relu

SUR BRISSOT

Ce 16 mars 1792.

J'ai lu dans un Supplément du Journal de Paris l'extrait d'un ouvrage imprimé, il y a douze^ans, sous le nom du sieur Brissof^, et où toutes les turpitudes de l'ancien régime sont encensées avec la lâcheté la plus méprisable et la plusbarbare. Je vois aujourd'hui, dans le Patriote français, que le sang de ce Brissot bouillonne, etc. Il défie l'auteur de l'extrait de prouver qu'il ait été au service de Vancienne police. L'auteur de l'extrait n'a point dit cela. Il a dit que la lecture du livre du sieur Brissot rendait plus vraisemblable ce bruit, vrai ou faux ; et il a dit une chose évidente. Et puis M. Brissot, sans nier qu'il ait écritcet ouvrage, s'emporte en de belles injures, bien dignes de lui et de ses pareils; et il dit que l'on fait, de ses écrits, des dissections ministérielles. Que signifie ministérielles ? Cela veut-il dire qu'elles sont infidèles et fausses ? Voilà ce qu'il faudrait prouver. Et puis il crie à la calomnie, au libelle, etc., etc. Il est vraiment bi-

1. Publié le 19 mars 1792 dans le trente-deuxième supplément du Journal de Paris,

2. Il s'agit d'un article signé F. D. P. (François de Pange) publié le 13 mars dans le vingt-huitième supplément du Journal de Paris. L'ouvrage dont F. de Pange avait donné des extraits avait été inséré dans un recueil intitulé : Les moyens d'adoucir la rigueur des lois pénales en France, sans nuire à la sûreté publique, ou Discours couronnés par l'Académie de Châlons-snr-Marne en 1780, etc.

(B. de F.)

zarre de voir de tels personnages prendre avec les hommes justes et courageux, qui osent leur dire leurs affreuses vérités, le ton que Socrate ou Pliocion dédaignait de se permettre aveclesfirz'ssoi de leur temps. Mais, au nom de Dieu, M. Brissot, avez-vous, ou n'avez-vous pas écrit les infamies que l'on vous attribue, OUI, ou NON? Si vous ne les avez pas écrites, alors vous avez raison de vous plaindre ; et ceux qui vous attaquent sont en effet des calomniateui^s. S'iyous les avez écrites, alors vous mentez effrontément quand vous assurez que de tout temps vous écriviez contre les despotes avec la même énergie qu'à présent ; et vous seul êtes un calomniateur. De grâce, M. Brissot, un mot de réponse a ce dilemme, et ne faites plus bouillonner votre sang. Cessez de nous importuner de votre éloge, auquel personne ne répond que par le silence du mépris et de l'indignation ; et épargnez- vous tout ce plat pathos qui vous rend aussi ridicule que vous vous êtes déjà rendu odieux.

André Ghénier.

ADRESSE au directoire du département de paris*

[23] mars 1792.

Messieurs,

Nous, citoyens soussignés, membre du 6« bataillon de la 5e légion de la garde nationale pari-

4. Publiée pour la première fois dans l'édition de 1840, d'après le brouillon autographe. Le premier éditeur l'a crue, à tort, adressée à l'Assemblée nationale.

sienne', nous venons vous faire part de notre douleur et de notre inquiétude, et vous demander éclaircissement et justice sur un objet qui intéresse notre honneur et celui de la garde nationale tout entière.

Lorsqu'au mois de juillet de l'année dernière, des hommes, que tous les citoyens regardèrent alors comme des ennemis et des séditieux, rassemblés au Champ-de-Mars, menaçaient ouvertement la liberté de Paris et l'Assemblée nationale, et la constitution, une partie de la garde nationale parisienne fut appelée par ses chefs légitimes au nom de la loi, suivant les formes que la loi prescrit, pour sauver la patrie de ce danger. Rendus à leur poste, nos frères furent assaillis de diverses manières : plusieurs d'entre eux furent indignement assassinés. Il fallut repousser la violence par la force; et alors cet attroupement fut dissipé par la mort de quelques-uns et par la fuite des autres. L'approbation éclatante de tous les citoyens, de toutes les autorités constituées, et celle de l'Assemblée nationale manifestée par un décret, vint se joindre à la conscience d'avoir servi la patrie et la liberté, pour consoler des citoyens du malheur d'avoir été contraints à verser du sang.

Aujourd'hui l'on annonce un triomphe pour des soldats étrangers, qui ont exécuté sur les gardes nationales de Metz ce qu'on préparait à celles de Paris au Champ-de-Mars. Cette pompe triomphale doit s'arrêter sur ce Champ-de-Mars, le drapeau national

1. Le premier éditeur a mis 3e bataillon. M. Becq de Fouquières a pensé qu'il s'agissait du 5» bataillon de la 5« légion, que commandait Trudaine.

doit y être voilé, l'autel delà patrie doit y èire purifié j en expiation d'une victoire remportée, dit-on, sur des patriotes. Si cette victoire de nos frères a en effet souillé l'autel de la patrie, si le drapeau national doit prendre en leur présence les couleurs du deuil, si les hommes qui s'armèrent contre eux dans cette journée méritent le nom de patriotes, il suit que nous méritons, nous et nos frères, celui d'assassins et de bourreaux. Il est impossible qu'un projet annoncé, affiché, crié publiquement vous soit inconnu. Il ne tombe pas, d'ailleurs, sous les sens, que de simples particuliers eussent même l'idée de donner à votre insu, ou contre votre gré, une fête dont le but intéresse tous les citoyens français, car ils sont tous gardes nationaux, et dont l'exécution est impraticable, si Ton n'a à sa disposition les rues, les places publiques et les monuments publics de la ville de Paris, et le Champ de la Fédération, et l'autel de la patrie, qui sont des monuments nationaux.

I) est également impossible que des administrateurs et des magistrats pensent pouvoir fermer les yeux et gardent le silence dans une occasion où il s'agit de tourner entièrement l'opinion publique contre ceux qui en avaient obtenu un jugement favorable, et de flétrir et déshonorer des actions et des hommes que la France et ses représentants avaient honorés avec éclat. Nous venons donc, nous, citoyens soussignés, vous porter notre plainte à ce sujet, et vous demander, au nom des lois et de la justice, de prévenir l'affront qu'on prépare à la garde nationale, si vous le trouvez injuste ; et, si vous l'approuvez, de le déclarer hautement, afin

que nous sachions avec certitude si les chefs et les magistrats qui, dans cette occasion comme dans toutes les autres, nous guidèrent toujours au nom des lois, sont les ennemis des lois; si ceux qui s'arment contre la constitution et contre l'Assemblée nationale sont des patriotes; et si nos frères d'armes, au lieu d'avoir, comme tout nous autorisait à le croire, rendu au Champ-de-Mars un signalé service à la chose publique, doivent au contraire rougir d'avoir expose leur vie pour une cause infâme, et remettre leurs armes, et dépouiller un habit que les assassins et les bourreaux ne doivent point porter.

SUR L'ENTRÉE TRIOMPHALE qu'on prépare aux suisses de chateauvieux^

Le 27 mars 1792.

L'amnistie, absolument nécessaire à la suite des troubles d'une révolution, où toutes les passions agitées ne peuvent guère se contenir dans les bornes du devoir, et font une foule de coupables qui ne sont pas tous des criminels, vient de rendre la liberté aux soldats suisses du régiment de Ghàteauvieux ^ ; et, par une conséquence admirable, la ville de Paris les reçoit dans son sein avec une pompe triomphale.

i. Publié le 20 mars dans le trentc-huilicme supplément du /oîo-na/ de Paris.

2. Celte aninislio fut décrétée par l'Assemblée nationale dans la séance du S février 1792. Voyez, dans le Monileur du 28 mars 1792, la pétition adressée au citoyen Pétion, maire de Pari^, au sujet de cette fcto. et signée par M.-J. Chùnier, Théroigne, David, etc.

Les Romains gravaient snr l'airain les exploits des généraux à qui Ton accordait le triomphe, et leurs titres à ces grands honneurs qui faisaient de la gloire la récompense de la vertu, et échauffaient le cœur des citoyens d'une émulation toute au profit de la chose publique. J'imagine que la ville de Paris suivra cet exemple, et que ceux qui seront témoins de cette superbe entrée liront sur le char de la Victoire :

ce Pour s'être révoltés à main armée, et avoir réa pondu à la lecture des décrets de l'Assemblée natioa nale, qui les rappelaient à leur devoir, qu'ils persisa talent dans leur révolte ;

ce Pour avoir été déclarés criminels de lèse-nation a au premier chef par un décret de l'Assemblée na- « tionale, du lundi 16 août 1790 ;

ce Pour avoir pillé la caisse du régiment ;

ce Pour avoir dit ces mémorables paroles : Nous ne oc sommes jias Français ; nous sojnrnes Suisses; il nous ce faut de l'argent ;

ce Pour avoir fait feu sur les gardes nationales de ce Metz et autres lieux, qui marchaient vers Nancy, « d'après les décrets de l'Assemblée nationale. »

Le général Bouille avait trompé toute la France et ses représentants. Très-peu croyaient à son amour pour l'égalité et pour les nouvelles lois ; mais tous lui croyaient assez de courage pour se refuser à un serment qu'il ne voulait pas tenir. Il n'y eut que ces soldats suisses qui pénétrèrent ses mauvais desseins; ils jugèrent qu'il ne tarderait pas à devenir traître et parjure. En conséquence, ils s'armèrent contre lui lorsqu'il exécutait la loi, parce qu'ils prévoyaient

qu'un jour il s'armerait lui-môme contre la loi; et ils s'emparèrent de la caisse du régiment, de peur que cet argent, tombé dans ses mains moins patriotiques, ne servît à la contre-révolution.

Puisque le général Bouille s'est montré un lâche et perfide ennemi de la patrie, il est clair que ceux qui ont fait feu sur lui et sur les citoyens français qui marchaient sous ses ordres, en vertu d'un décret de l'Assemblée nationale, ne peuvent être que d'excellents patriotes.

Dans tout procès, dans tout délit, il ne peut y avoir qu'une des parties de condamnable. Par exemple, quand un homme assassiné se trouve avoir été un scélérat, il est évident que son assassin ne peut plus être qu'un honnête homme.

Ces soldats ont été remis en liberté par un décret qui les comprend dans l'amnistie. Or amnistie signifie oubli; or il est palpable que, lorsqu'on déclare oublier les fautes d'un homme, on entend par-là que cet homme n'a point commis de faute et qu'il mérite récompense.

Quand les esprits plus calmes jugeront de loin les événements passés, ce triomphe des Suisses de Châteauvieux ne peut manquer d'acquérir une véritable gloire à la ville et à la municipalité de Paris, et d'expier les honneurs funèbres rendus dans cette même ville à la mémoire du jeune Désilles et des gardes nationaux tués par ces triomphateurs patriotes.

Ce jour sera vraiment un jour de fête pour tous les citoyens qui croient que, s'il doit y avoir une proportion entre les délits elles peines, il doit y en avoir

une entre le mérite et la récorDpense, et que les honneurs éclatants sont le juste prix des éclatantes vertus civiques. Ils attendront aussi de ces honneurs prodigués à des soldats qui n'ont été convaincus que de rébellion armée, une merveilleuse facilité à rétablir la discipline dans les troupes.

Les piques et les bonnets n'avaient pu rien produire: il a bien fallu essayer une plus grande machine pour attrouper les oisifs et réchauffer cette ville de Paris qui, quoi qu'on fasse, manifeste un étrange dégoût pour l'anarchie et une tendance au bon ordre qui est vraiment désespérante.

Quelques personnes demandent à quoi bon écrire si souvent contre des partis puissants et audacieux, qu'on ne leur fait aucun mal, qu'on se fait passer pour aristocrate, etc. Je réponds qu'en effet une immense multitude d'hommes parlent et décident d'après leurs passions aveugles, et croient juger, mais que ceux qui le savent ne mettent aucun prix à leurs louanges, et ne sont point blessés de leurs injures.

J'ajoute qu'il est bon, qu'il est honorable, qu'il est doux de se présenter, par des vérités sévères, à la haine des despotes insolents qui tyrannisent la liberté au nom de la liberté même.

Quand des brouillons tout-puissants, ivres d'avarice et d'orgueil, tombent détruits par leurs propres excès, alors leurs complices, leurs amis, leurs pareils, les loulent aux pieds; et l'homme de bien, en applaudissant à leur chute, ne se mêle point à la foule qui les outrage. Mais, jusque-là, même en supposant que l'exemple d'une courageuse franchise ne soit d'aucune

ulililé, démasquer sans aucun ménagement des factieux avides et injustes, est un plaisir qui n'est pas indigne d'un honnête homme.

André Ciiéxier.

DE LA FÊTE TRIOMPHALE Ol'on prépare aux soldats de chateauvieux^

Ce 2 avril 1792.

Quelques hommes toujours habiles à prouver que qui peut tout a raison, même sans nier tous les fails que l'on allègue contre la fête triomphale des soldais de Ghâteauvieux, ne l'attribuent qu'à un enthousiasme général, auquel, selon eux, l'honneur de la nation ou de la ville de Paris n'est nullement intéressé 2.

D'abord, j'avoue que cet enthousiasme général ne m'a point frappé : j'ai même été frappé du contraire. J'ai vu un petit nombre d'hommes s'agiter, se démener et déclamer de pompeuses amplifications. Tout le reste des citoyens m'a semblé regarder ce projet, les uns avec une juste aversion, les autres, et c'est le plus grand nombre, avec la plus froide indifférence. Quant à ce que l'honneur de la ville de Paris est entièrement désintéressé dans cette affaire, j'ai quelque peine ù le concevoir: car il est bien évident que, ou la garde nationale de Metz, ou le régiment de Ghâteauvieux,

1. Publié le 4 avril dans le quarante et unième supplément du Journal de Paris.

2. Celte fête fut célébrée le 15 avril 1792; les journaux du temps renferment les détails de la cérémonie.

ont été des meurtriers et des ennemis publics. Si c'est la garde nationale de Metz, alors on ne fait pas assez pour les soldats de Châteauvieux ; mais si, au contraire, la garde nationale de Metz, commandée, au nom de la loi et en vertu des décrets de l'Assemblée nationale, par un général qui, depuis, s'est avili comme parjure et traître ^, s'est montrée elle-même aussi patriote que courageuse et intrépide, alors les soldats de Châteauvieux ont été des rebelles et des meurtriers; et je ne comprends guère comment la ville de Paris ne se déshonorerait pas un peu, lorsque ses citoyens, sa municipalité, ses magistrats, se réunissent à fêter des rebelles et des meurtriers.

D'autres profonds politiques vous disent, d'un ton capable, que Ton veut, par le triomphe de ces soldats, humilier et faire rougir ceux qui voulurent jadis se servir d'eux pour tenir ou remettre la nation dans les fers. Certes, l'on n'a pas jamais entendu rien d'aussi insensé qu'un pareil raisonnement. Pour faire pièce à un mauvais gouvernement qui est détruit, inventer des extravagances capables de détruire toute espèce de gouvernement, récompenser l'insurrection contre la tyrannie par des honneurs accordés à la rébellion contre les lois, et célébrer le refus que firent des soldats de fusiller les citoyens français de Paris, en couronnant ces mêmes soldats qui ont fusillé les citoyens

\. En cherchant à favoriser la fuite de Louis XVI et de la reine : action qui provoqua sa condamnation par contumace devant la haute cour nationale séante à Orléans. Voyez, dans le Moniteur du 1er juillet 1791^ ja lettre menaçante do ce général à l'Assemblée nationale.

français de Metz ! Je ne crois pas que la folie ellemême puisse atteindre à un plus haut degré de déraison, d'absurdité, de délire.

On dit que, dans toutes les places publiques où passera cette pompe, les statues seront voilées. Sans m'arrêter à demander de quel droit des particuliers qui donnent une fôtc à leurs amis s'avisent de voiler les monuments publics, je dirai que, si, en effet, celte misérable orgie a lieu, ce ne sont point les images des despotes qui doivent être couvertes d'un crêpe funèbre; c'est le visage de tous les hommes de bien, de tous les Français soumis aux lois, insultés par le succès de soldats qui s'arment contre les décrets, et pillent leur caisse militaire; que c'est à toute la jeunesse du royaume, à toutes les gardes nationales de prendre les couleurs du deuil, lorsque l'assassinat de leurs frères est parmi nous un titre de gloire pour des étrangers. C'est l'armée dont il faut voiler les yeux, pour qu'elle ne voie point quel prix obtiennent l'indiscipline et la révolte. C'est à l'Assemblée nationale, c'est au roi, c'est à tous les administrateurs, c'est à la patrie entière à s'envelopper la tête pour n'être pas de complaisants ou de silencieux témoins d'un outrage fait à toutes les autorités et à la patrie entière. C'est le livre de la loi qu'il faut couvrir, lorsque ceux qui en ont déchiré les pages à coups de fusil reçoivent des honneurs civiques.

On dit que cette procession ira purifier le Champde-Mars, où le sang des patriotes a coulé ^ Il est vrai

1. Dans la journée du 17 juillet 1791, vers les six heures du soir, Bailly, maire de Paris, informé qu'un grand nombre de citoyens mal

que le sang des patriotes a coulé au Champ-de-Mars; il est vrai que de braves citoyens, se rendant à leur poste et à leurs drapeaux pour faire triompher la loi et défendre la liberté de Paris et de l'Assemblée nationale, furent lâchement assassinés par des scélérals furieux. Si c'est à ce sang qu'on offre des sacrifices expiatoires,' je n'y vois de répréhensible que le choix des sacrificateurs; et la mémoire des gardes nationaux parisiens, tués au Champ-de-Mars, sera mal honorée par la présence de ceux qui ont tué les gardes nationaux de Metz. Mais ce sont ces gardes nationaux parisiens eux-mêmes que l'on nous représente ici comme des ennemis et des meurtriers, pour avoir retardé au moins de quelques mois le règne des fanatiques et des fripons; pour avoir, au nom de la loi, appelés par leurs chefs et par les magistrats, repoussé les violences d'énergumènes qui, le matin, s'étaient souillés de deux meurtres ^ et qui, interprètes des volontés d'un Brissot et d'autres personnages semblables, avaient affiché avec menace le dessein de changer la constitution et la forme du gouvernement, et de sou-

intcntionnés s'étaient réunis au Champ de la Fédération dans le but d'y rédiger une pélilion contre le roi, sortit de la Maison-commune avec plusieurs officiers municipaux et une forte escorte de garde nationale, pour dissiper ce rassemblement. A peine furent-ils entrés dans le Champ-de-Mars, qu'on les assaillit à coups de pierres. La garde nationale, commandie par le général La Fayette, riposta par des coups de fusil; et plusieurs personnes furent tuées dans le combat.

1. Dans la matinée du même jour, deux citoyens furent victimes de leur zèle patriotique. Con'oidus parmi les rebelles rassemblés au Champ de la Fédération, ils voulurent prêcher l'exécution de la loi; on les pendit sur-le-champ.

mettre rAssemi)lce nationale et la France à l'empire des clubs et de cinq ou six Démosthènes de halle. Quel est le citoyen qui n'est pas imbécile et qui peut avoir oublié tout cela?

Si c'était véritablement une juste et louable horreur pour l'effusion du sang humain qui excitât cet enthousiasme, d'autres soldats suisses offraient une occasion de le manifester d'une manière non équivoque. Les soldats de Châteauvieux, révoltés contre leur chef, rebelles à toutes les lois, ont fait feu sur les citoyens français armés par et pour la loi. Les soldats d'Ernest ont été observateurs de la discipline et soumis à leurs chefs, jusqu'à déposer leurs armes, dès qu'ils en ont reçu l'ordre, devant des agresseurs armés malgré la loi. N'eût-il pas été plus sage et plus utile de consoler ces braves militaires d'un injuste affront, et de récompenser leur civique et douloureuse obéissance par des honneurs qui seraient à la fois un hommage à l'humanité et une leçon à tous les citoyens armés, de savoir quelquefois sacrifier même une sorte de gloire, pour en chercher un plus belle dans la soumission aux lois?

Citoyens de Paris, qui formez le plus grand nombre: hommes honnêtes, mais faibles, il n'en est pas un de vous qui, interrogeant son âme et sa raison, ne sente la force de ces vérités, ne sente combien la patrie, et combien lui, son fils, son frère, sont insultés par ces outrages faits aux lois, à ceux qui les exécu-

1. Un des régiments suisses au service Je la France, désarmé à Aix, en lévrier 1792.

tent, et à ceux qui meurent pour elles! Comment donc ne rougissez-YOUs pas qu'une poignée d'hommes turbulents, qui semblent nombreux parce qu'ils sont unis et qu'ils crient, vous fassent faire leur volonté, en vous disant que c'est la vôtre, et en amusant par d'indignes spectacles cette curiosité puérile et vaine qu'on vous reproche justement?

Dans une ville où un patriotisme sage et un véritable esprit public auraient donné aux citoyens le juste sentiment de leur dignité, une pareille fête ne trouverait partout devant elle que silence et que solitude; partout les rues et les places publiques abandonnées, les maisons fermées, les fenêtres désertes; partout le mépris et la fuite des passants feraient du moins connaître à l'histoire quelle part les hommes de bien auraient prise à cette scandaleuse bacchanale.

En lisant ou écoutant quelques-unes des apologies de cette fête, je n'ai pu m'empêcher de plaindre leurs auteurs et de me dire à moi-même : heureux l'homme droit et sage qui, méprisant tout esprit de corps, repoussant toute association à un parti quelconque, ne connaît d'autre lien parmi les hommes que la justice et les lois ! Ne voulant arriver aux emplois et aux honneurs que par l'étude et la vertu, il n'aura jamais à servir l'ambition de personne pour satisfaire la sienne. La reconnaissance ou l'espoir ne lui imposeront jamais le sacrifice de sa conscience et la nécessité de soutenir des absurdités par des mensonges, et des turpitudes par des sophismes."

André Chémer.

RÉPONSE A GOLLOT-D'IIERBOIS^

Ce 8 avril 1792.

Plusieurs de ces auteurs qui, depuis qualre années, salissent le titre de patriote en l'associant à leur nom, et qui traitent de mauvais citoyen quiconque les déteste et les méprise, c'est-à-dire tout ce qu'il y a sur la terre d'hommes vertueux qui font usage du sens commun, me prodiguent, depuis quelque temps, le seul suffrage qui puisse me flatter de leur part, je veux dire leurs injures. Ce qui m'a surtout attiré ee débordement de leur bile, c'est la franchise avec laquelle je me suis élevé contre l'odieux triomphe préparé à des soldats qu'une justice sévère avait placés aux galères 2, et qu'une justice indulgente et miséricordieuse en a retirés. De tous ces auteurs, celui qui signe Collot-i'Herhois est celui dont le mécontentement s'est exprimé avec plus de rage et de fiel, et qui a le mieux prouvé que ce n'est pas en vain que l'on appelle vulgairement les injures des sottises. Je n'essaierai pas d'être son rival dans cette éloquence qui est la sienne. Mais il me menace de m'attaquer devant les tribunaux, comme un lâche calomniateur : je réponds que je le somme de cette promesse, dont j'attends l'effet avec tranquillité, ou, pour mieux dire, avec impatience. On verra de quelles calomnies il me prouvera coupable; et l'on verra si je serai regardé

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