IMITE DU GREC
« Combien l'homm.e est infortuné!
» Le sort maîtrise sa faiblesse, » Et de Tenfance à la vieillesse
EI'HIMECIDE 3S9
» D'écueils il marclio environné; » Le temps rputraîne avec vitesse; » Il est mécontent du passé ; » Le présent l'afdige et le presse ; » Dans l'avenir toujours placé, )) Son boniieur recule sans cesse ; » Il meurt en rêvant le repos.
» Si quelque douceur passagère » Un moment console ses maux, » C'est une rose solitaire » Qui fleurit parmi des tombeaux.
» Toi, dont la puissance ennemie » Sans choix nous condamne à la vie, » Et proscrit l'homme en le créant, » Jupiter, rends-moi le néant! »
Aux bords lointains de la Tauride, Et seul sur des rochers déserts Qui repoussent les flots amers.
Ainsi parlait Éphimécidè.
Absorbé dans ce noir penser, Il contemple l'onde orageuse ; Puis, d'une course impétueuse, Dans l'abîme il veut s'élancer.
Tout-à-coup une voix divine Lui dit : « Quel transport te domine ?
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» L'homme est le favori des cieux; » Mais du boulieiir la source est pure. » Va, par un injuste murmure, )) Ingrat, n'oiîense plus les dieux. »
Surpris et longtemps immobile, H baisse un œil respectueux. • Soumis entin et plus tranquille, A pas lents il quitte ces lieux.
Deux mois sont écoulés à peine ;
Il retourne sur le rocher.
« Grands dieux ! votre voix souveraine
)) Au trépas daigna m'arracher ;
» Bientôt votre main secourable
» A mon cœur offrit un ami.
)) J'abjure un murmure coupable ;
» Sur mon destin j'ai trop gémi.
» Vous ouvrez un port dans l'orage ;
)) Souvent votre bras protecteur
» S'étend sur l'homme ; et le malheur
» N'est pas son unique héritage. »
Il se tait. Par les vents ployé.
Faible, sur son frère appuyé,
Un jeune pin frappe sa vue :
Auprès il place une statue,
Et la consacre à l'Amitié.
KrMllMKClDK 391
Il revif^iit aiavs une aniu'C.
Le [iluisir luill'î dans ses yeux;
La guiilaiiile de riiyni«Miée
Couronne son front radieux.
« J'usai dans ma soinl>re Inlie
» Blâmer les décrets éternels, »
Dit-il ; « mais j'ai vu Glyrérie,
)) J'aime, et ilu Itienfait de la vie
» Je rends grâce aux dieux iMunnrlels. »
Son âme doucement émue
Soupire; et dès le même jour
Sa main, non loin de la statue,
Élève un autel à l'Amour.
Deux ans après, la Iraiclie Aurore Sur le rocher le voit encore.
Ses regards sont doux et sereins ; Vers le ciel il lève ses nrains :
« Je t'adore, ô bonté suprême I » L'amitié, l'amour enchanteur, » Avaient commencé mon bonheur; )) Mais j'ai trouvé le bonheur même.
» Périssent les mots odieux » Que prononça ma bouche impie !
» Oui, riiomme dans sa courte vie » Peut encore éf^aler les dienv. «>
3i)2 MELANGES
11 dit; sa piété s'empresse
De construire un temple en ces lieux .
11 en bannit avec sagesse
I/or et le marbre ambitieux.
Et les arts enfants de la Grèce.
Le bois, le chaume, et le gazon
Remplacent leur vaine opulence ;
Et sur le modeste fronton ,
11 écrit : A La Bieistaisakce.