Premières éditions
Leurs faveurs coûtent trop de peines Je leur dis adieu pour toujours.
Bouteille, longtemps négligée.
Remplace chez moi les Amours, Et distrais mon âme affligée.
Buvous, ô mes amis, buvous :
C'est le seul...
Va m'inspirer d'autres cliansons;
C'est le seul plaisir sans mélange;
Il est de toutes les saisons;
Lui seul nous console et nous venge
Des maîtresses que nous perdons.
Que dis-je, malheureux? ah! qu'il est diflicilc De feindre la gaieté dans le sein des douleurs! La houche sourit mal, quand les yeux sont en pleurs. Repoussons loin de nous ce nectar inutile. Et toi, tendre Amitié, plaisir pur et divin. Non, tu ne suffis plus à mon âme égarée. Au cri des passions qui grondent dans mon sein Eu vain tu veux mêler ta voix douce et sacrée r Tu gémis de mes maux qu'il fallait prévenir; Tu m'offres ton appui lorsque la chute est faite, Et tu sondes ma plaie, au lieu de la guérir. Va, ne m'apporte plus ta prudence inquiète ; Laisse-moi m'étourdir sur la réalité ; Laisse-moi m'enfoncer dans le sein des cliimcres. Tout courbé sous les fers chanter la liberté. Saisir avec transport des ombres passagères. Et parler de félicité En versant des larmes amères.
Ils vicn:]runt ces paisibles jours.
Ces moments dn révpil, où la raison sévère
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D.ins la nuit des erreurs fait briller sa liunir're, Et dissipe ù nos yeux le songe des Amours.
Le Temps^ qui d'une aile légère Emporte en se jouant nos goûts et nos penchants. Mettra bientôt le terme ù nos égarements. 0 mes amis! alors, échappé de ses chanies,
Et guéri de ses longues peines, Ce cœur qui vous trahit revolera vers vous. Sur votre expérience appuyant ma faiblesse. Peut-être je pourrai d'une folle tendresse
Prévenir les retours jaloux.
Sur les plaisirs de mon aurore Vous me verrez tourner des yeux mouillés de pleurs. Soupirer malgré moi, rougir de mes erreurs, Et, même en rougissant, les regretter encore.
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Oui, sans regret, du flambeau de mes jours
Je vois déjà la lumière éclipsée.
Tu vas bientô!; sortir de ma pensée,
Cruel objet des plus tendres amours!
Ce triste espoir fait mon unique joie.
Soins importuns, ne me retenez pas.
Éléonore a juré mon trépas;
Je veux aller où sa rigueur m'envoie,
Dans cet asile ouvert à tout mortel.
Où du malheur on dépose la chaîne.
Où l'on s'endort d'un sommeil éternel;
Où t(jut finit, et Tamour et la haine.
Tu gémiras, trop sensible Amitié!
De mes chagrins conserve au moins Thisloire;
Et que mon nom sur la terre oublié
Vienne parfois s'offrir à ta mémoire.
Peut-être alors tu gémiras aussi.
Et tes regards se tourneront encore Sur ma demeure, ingrate Éléonore,
Premier o])jel que mon cœur a clioisi.
Trop tard, hélas! tu répandras des larmes. Oui, tes beaux yeux se rempliront de pleurs : Je te connais; et, malgré tes rigueurs, Dans mon aniour tu trouves quelques charmes.
Lorsque la Mort, favorable à mes vœux, De mes instants aura coupé la trame; Lorsqu'un tombeau triste et silencieux Renfermera ma douleur et ma flamme, 0 mes amis! vous que j'aurai perdus.
Allez trouver cette beauté cruelle.
Et dites-lui : « C'en est fait; il n'est plus. » Puissent les pleurs que j'ai versés pour elle M' être rendus!... Mais non : dieu des Amours, Je lui pardonne; ajoutez à ses jours Les jours heureux que m'ôta l'infidèle*:
1. Ce sentiment est d'une tendresse bien délicate et bien touchante. Il a souvent inspiré les poètes. Déjà Ovide avait dit dans ses Mêlamorphoses :
Deme meis annis et demptos adde parenti.
Et Racine dans Y Idylle sur la paix :
0 ciel, ô saintes Destinées, Qui prenez soin de ses jours florissants, Retranchez de nos ans Pour ajouter à ses années.
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