‹ ŒuvresChapitre 36 sur 164 · Premières éditions · texte numérisé non relu

Premières éditions

Et n'aperçoivent que vos grâces ; Vous ne donnez pas aux dégoûts Le temps de naitie sur vos traces.

On est heuieux par vos rigueurs.

Plus heureux par la jouissance.

Chacun poursuit votie inconstance.

Et, s'il n'obtient pas vos faveurs, Il en a du moins l'espérance.

tiS LIVRE II

RETOUR A ELEONORE

Ali ! si jamais on aima sur la terre, Si d'un mortel on vit les dieux jaloux. C'est dans le temps où, crédule et sincère. J'étais heureux, et l'étais avec vous.

Ce doux lien n'avait point de modèle : Moins tendrement le frère aime sa sœur, Le jeune époux son épouse nouvelle, L'ami sensible un ami de son cœur.

0 toi, qui fus ma maîtresse fidèle-, Tu ne l'es plus ! Voilà donc ces amours Que ta promesse éternisait d'avance !

Ils sont passés. Déjà ton inconstance En tristes nuits a changé mes beaux jours. K'est-ce pas moi, de qui l'heureuse adresse Aux voluptés instruisit ta jeunesse?

Pour le donner, ton coeur est-il à toi ? De ses soupirs le premier fut pour moi. Et je reçus ta première promesse.

RETOUR A LLKONORK îi<J

Tu me disais : « Le devoir et riionneur

» Ne veulent point que je sois votre amante.

» N'espérez rien. Si je donnais mon cœur,

)) Vous tromperiez ma jeunesse imprudente.

» On me Ta dit : votre sexe est trompeur. »

Ainsi parlait ta sagesse craintive,

Et cependant tu ne me fuyais pas ;

Et cependant une rougeur plus vive

Embellissait tes modestes appas;

Et cependant tu prononçais sans cesse

Le mot d'amour qui causait ton efCi'oi,

Et dans ma main la tienne avec mollesse

Venait tomber pour demander ma foi.

Je la donnai, je te la donne encore.

J'en fais serment au seul dieu que j'adore,

Au dieu cliéri, par toi-même adoré :

De tes erreurs j'ai causé la première;

De mes erreurs tu seras la dernière;

Et, si jamais ton amant égaré

Pouvait changer, s'il voyait sur la terre

D'autre bonheur que celui de te plaire.

Ah! puisse alors le Ciel, pour me punir,

De tes faveurs m'ùter le souvenir!

Bientôt après dans ta paisible couche Par le Plaisir conduit fnrtivement.

J'ai, malgré toi, recueilli de la bouche Ce premier cri, si doux \iour un amant! Tu combattais, timide Éléonore; Mais le combat fut bientôt terminé :

Ton cœur ainsi te bavait ordonné.

Ta main pourtant me refusait encore Ce que ton cœur m'avait déjà donné.

Tu sais alors combien je fus coupable!

Tu sais comment j'étonnai ta pudeur; Avec quels soins au terme du bonheur Je conduisis ton ignorance aimable !

Tu souriais, tu pleurais à la fois; Tu m'arrêtais dans mon impatience ; Tu me nommais, tu gardais le silence : Dans les baisers mourut ta faible voix. Rappelle-toi nos heureuses folits.

Tu me disais, en tombant dans mes bras : «Aimons toujours, aimons jusqu'au trépas. » Tu le disais! je t'aime, et tu m'oublies.

ALINODIE 61

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