lins loin il dira dans le poëme des Fleurs
Dans ce momeut la rose prit naissance ; D'un jeune lis elle avait la blancheur.
rt Regardaient avec complaisance » L'univers sortant de leurs mains, )) Où rhomme, sans aucune étude, » Savait tout ce qu'il faut savoir, .) Où l'amour était un devoir.
» Et le plaisir une habitude ; ') Au temps où Saturne régna, .) Une belle au matin de l'âge, 0 Une seule (notez cela), » Fut cruelle, malgré l'usage.
» L'histoire ne dit pas pourquoi ; )) Mais elle avait rêvé, je gage; 0 Et crut après de bonne foi » Qu'être vierge c'est être sage.
» Je ne veux point vous raconter 0 Par quel art l'enfant de Cythère 0 Conduisit la simple bergère » A ce pas si doux à sauter.
» Dans une aventure amoureuse, <) Pour le conteur et pour l'amant » Toute préface est ennuyeuse :
» Venons bien vite au dénoùnient.
» Elle y vint donc ; et la verdure » Reçut ses charmes faits au tour, ') Qu'avait arrondis la Nature » Exprès pour les doigts de l'Amour.
LA JOURNÉE CHAMPÊTRE if\^
» Alors une bouche brûlante
» Eflleure et rebaise à loisir
» Ces appas voués au plaisir,
» Mais qu'une volupté naissante
o N'avait jamais fait tressaillir.
» La Pudeur voit, et prend la fuite;
» Le berger fait ce qu'il lui plaît ;
■) La bergère fout interdite
» Ne conçoit rien à ce qu'il fait.
» ïl saisit sa timide proie ;
» Elle redoute son bonheur,
' Et commence un cri de douleur
;) Qui se termine en cri de joie.
') Cependant du gazon naissant
» Que foulait le couple folâtre,
' Une rose était l'ornement :
-> Une goutte du plus beau sang '
') Rougit tout-à-coup son albâtre.
■> Dans un coin le fripon d'Amour
') S'applaudissait de sa victoire ;
» Et voulant de cet heureux jour
» Laisser parmi nous la mémoire :
» Consene à jamais fa couleur,
» Dit-il à la rose nouv: lie ;
» De tes sœurs devieJis la -plus belle;
» D'Hébé sois désormais la fleur ;
104 LA JOURNEE CHAMPETRE
» Xe crois qu'au mois où la nature ») Renaît au souffle du printemps, » Et d'une beauté de quinze ans » Sois le symbole et la pteinture.
» Ne te laisse donc plus cueillir » Sans faire éprouver ton épine ; •) Et qu'en te voyant on devine » Qu'il faut acheter le plaisir.
)) Ce récit n'est point mon ouvrage, » Et mes yeux l'ont lu dans Paphos )) A mon dernier pèlerinage.
» En apostille étaient ces mots :
» Tendres amants^ si d'aventure » Tous trouvez un bouton naissant, ') Cueillez; le bouton en s' ouvrant '» Vous guérira de la piqûre. »
Florval alors s'assied contre un ormeau. Sur ses genoux ses deux mains rapprochées Tiennent d'Églé les paupières cachées.
Et de son front portent le doux fardeau. Tous à la fois entourent la bergère, Qui leur présente une main faite au tour, Et les invite à frapper tour-à-tour.
Nais approche et frappe la première ;
LA JOURNKK CHAMPKTKK 165
Pour mieux truniper ell»' écyrte les doigts.
Et sur le coup fortement elle appuie.
La main d'albâtre en fut un peu rougie.
Églé se tourne, examine trois fois.
Et sur Volmon laisse tomber son choix.
« Ce n'est pas lui; replacez-vous encre. «»
Elle obéit, et soudain son amant
Avec deux doigts la touche obliquement.
<' 0!i ! pour le coup, j'ai bien reconnu Laure.
— » Vous vous trompez, » lui dit-on sur-le-champ ;
Et l'on sourit de sa plainte naïve.
Déjà Zulmis lève une main furtive ;
Mais le joueur*, moins juste que galant.
Ouvre ses doigts, et permet à la belle
De l'entrevoir du coin de la prunelle.
Cette fois donc Églé de\Tne enfin.
L'autre à son tour prend la place, et soudain
Sur ses beaux doigts qui viennent de s'étendre
Est déposé le baiser le plus tendre
« Oh ! c'est Volmon, je le reconnais là! »
Volmon se tut, mais son souris parla.
Sur le gazon la troupe dispersée Goûtait le frais qui tombait des rameaux.
1. C'est Flonal qu'il désigne par le mot joueur, qui est impropre et rend le récit obscur.
166 LA JOURNEE CHAMPETRE
Volmon rêvait à des plaisirs nouveaux^ Et ce discours dévuila sa pensée :
« L'histoire dit qu'à la cour de Cypris » On célébrait une fête annuelle, )^ Où du baiser on disputait le prix^ » On choisissait des belles la plus belle^ i) Jeune toujours, et n'ayant point d'amant. )) Devant l'autel sa main prêtait serment; » Puis, sous un dais de myrte et de feuillage;, » Des combattants elle animait l'ardeur, » Et dans ses doigts elle tenait la fleur '> Qui du succès devait être le gage.
)) Tous les rivaux, inquiets et jaloux, » Formant des vœux, arrivaient à la lile ; » Devant leur juge ils ployaient les genoux; » Et chacun d'eux sur sa bouche docile ») De ses baisers imprimait le plus doux. )) Heureux celui dont la lèvre brûlante » Plus mollement avait su se poser !
» Heureux celui dont le simple baiser » Du tendre juge avait fait une amante! )> Sou^in sur lui ses regards se fixaient, » Et tous peignaient le désir et l'envie;
1. L'idée de ce récit est prise dans l'idylle xii de Théocrite, vers 30 et suivantSj et daiis le Pa^tor fido, acte U, scène i.
LA JOURNEE CHAMPETKE 107
)» A ses côtés les fleurs tombaient en pluie;
» Les cris joyeux, (jui dans l'aîr s'élançaient,
•) Le faisaient roi de lanioureux empire ;
» Son nom chéri, mille l'ois répété,
» De bouche en bouche était bientôt porté,
)) Et chaque belle aimait à le redire.
» Le lendemain, les fdlcs à leur tour
» Recommençaient le combat de la veille.
» Que de baisers prodigués en ce jour !
» L'heureux vainqueur sur sa bouche vermeille
» De ces baisers comparait la douceur;
» Plusieurs d'entre eux surpassaient son attente;
.? Ses yeux, remplis d'une flamme mourante,
» Laissaient alors deviner son bonheur ;
» Ses sens, noyés dans une longue ivresse,
» Sous le plaisir languissaient abattus;
» Aussi le soir sa bouche avec mollesse
)) S'ouvrait encore et ne se fermait plus.
» Renouvelons la fêle de Cylhère;
» De nos baisers essayons le pouvoir;
» Dans l'art heureux de jouir et de plaire,
» On a toujours quelque chose à savoir. »
« Non, » dit Églé, « ce galant badinage
)) Ne convient plus dès qu'on a fait un choix ;
n Le tendre Amour ne veut point de partage,
168 LA JOURNEE CHAMPETRE
» Et tout ou rien est une de ses lois. »
^éphyre alors, commençant à renaître.
Vient modérer les feux brûlants du jour; Chacun retourne à son travail champêtre, Disons plutôt à celui de l'amour.
Bois favorable, et qui jamais peut-être IS 'avais prêté ton ombre à des heureux. Tu fus alors consacré par leurs jeux.
Couché sur l'herbe entre les bras de Laure, Volny mourait et renaissait encore; Et sous ses doigts la pointe du couteau Grava ces vers sur le plus bel ormeau : (' Vous qui venez dans ce bocage, » A mes rameaux qui vont tleurir » Gardez- vous bien de faire outi'age; » Respectez mon jeune feuillage; » il a protégé le plaisir. »
Un lit de fleurs s'étendait sous l'ombrage ^ ;
Ce peu de mots en expliquait l'usage : « Confident de mon ardeur, » Bosquet, temple du bonheur,