I. AfEatre,. intrigue
i68 Baliverneries
pauvre captive, ce temps pendant, trouvera tous moyens (pource que nous taschons aux choses défendues) s'émanciper comme hors d'espoir, hors les bordz et limites de son honneur, aymant trop mieux servir celuy qui point ne luy doit d'obligation, que d'estre serve à celuy qui luy devroit estre compagnon. Et si les comparaisons des choses sans ame et animées sont suportables, aura l'on longuement arresté le cours de quelque eau, qu'elle (se voulant venger par une résistance du tord qu'on lui tient) ne se déborde? Toutesfois, laissant son premier canal, qui luy est comme époux, vague, et partie en divers lieux court çà et là, enfin tombant en un fleuve étranger, un adultère, qui soudain lui ostera sa naïve pureté et douceur accoustumee; que si monsieur le jaloux, se purgeant en sa conscience, vouloit penser que 1 amourau'il luy porte est cause de luy faire souffrir telles passions, il faut qu'il entende que combien que l'amour en femme estrangiere est reprouvé, en la sienne trop désespéré et ardant, est à détester et beaucoup moins qu'honneste. Ce que tout ensemble amassé a esté cause de beaucoup de tels maux advenuz. Il faut donc, qui veult estre sage, faire l'un de ces deux pointz : Ou lui donner telle et si grande liberté (pourveu qu'il entende qu'elle n en vueille abuser) que jamais ne la pense repeter ' ; trompez vostre valet sujet au grip', baillez lui vostre bourse, ou du commen-