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Comme nous disons : ne faisait que tordre et avaler

178 Baliverneries.

ue faites vous làP Preud'homroe, dist Eutrapel, ay servir, et ne me tabuste ' plus la teste. Je suis un diable moj. Le pauvre vieillard tourne bride vers la cuisine, disant quelques sufrages, affermant que ce n'estoit pas un homme, de vérité. Mais les compagnons, à chaque morceau, le prioient se retirer, qui n'avoient autre response : A quoy m'y ameniez vous? Le reste de la compagnie et de sotz monsieurs qui estoient là, pensant qu'il en deust faire cas, se cuydoient quasi moquer de luy ; mais, voyant que rien ne luy arrestoit, se mirent pesle mesle à table. Eu* trapel n'en fist pas grand cas, et estant saoul comme un prestre à Noces franches, sortit hors la table, sans faire autre mine, fors qu'à l'issue de la salle il fist un gros pet, et leur dist: Enfans, faites vous gens de bien. Et de ce pas monte sur son courtaud, s'en allant balivemant et se moquant d'eux, de quoy il en fist une rithme, qu'il mist en un passepié '. Et le tout conta au bonhommeau Polygame, qui en rist plus de deux heures, dodinant de la teste et aucunes fois bavant sur la pièce de son saye, le bon Gentilhomme. x

1. Molière {le Festin de Pierre) a dit : a Pourquoi me viens-tu tarabuster l'esprit ? » On trouve le mot tabust^y tabustar, tabucquer dans bon nombre d'auteurs du zvi* siècle. V. Bonaventure des Perriers. Les Provençaux avaient le verbe tabustar.

2. Air de danse propre surtout à la Bretagne, comme te trihori que nous retrouverons plus loin. V. aussi Bonaventure des Perriers, nouvelle V.

ou Contes nouveaux. 179

Euirapèl conte d'une compagnie de gens

ramassez.

Vous avez bien veu ce bourg, où vous avez voulu descendre pour boyre, Monsieur, dist Eutrapel à Polygame: je me suis avisé, en vejiant, d'un cas arivé lorsque j -estois Jeune garçon. Quel.'* dit Polygame. C'est que, les guerres nnies entre les Rois de Laringues et Pharingues ', et que commandement exprès estoit aux soûldats se retirer chacun avec sa chacune, le plus tost et honnestement qu'il leur seroit possiole, sans que le bonhomme fust mangé, s'amassa (toutesfois sans aveu, sans soulde) une compagnie de gens bien aguerriz, et adroits aux armes, ne se pouvans remettre à leur premier mestier, et n'estant moins à craindre aue fut Spartacus, un tel ramasseur de gens nabandonnez, qui si bien donna à doz à Lentule, Romain, ou les unze mille diables à la journée des sabotz ^. Tels estoient ces soldatz, qui, au moyen qu'on n^y donna ordre, firent un nombre, non seulement pour résister aux communes vilageoises, mais pour assaillir quelque forte ville.

1. Nous avons déjà rencontré la ville de Pharingues, celle de Laringues est dans les environs. Il est évident que Du Fail a appris cette géographie de son mattre Rabelais.

2. Nous connaissons dans l'histoire de France la journée des âniers, celle des harengs, celle des éperons et quelques autres, mais nous n'avons aucun détail sur la journée des sabots.

i8o Baliverneries

Et, parce qu'ils avoient un prevost ou deux aux trousses, ils estoient merveilleusement provoquez à mal pour double raison, le butin et proye les y invitoit, et la mort prochaine s'ilz failloient à charrier droit ; dont imprimoient desespoir de leur salut, s'estant lourdement et sans avis esquartez hors leur charge. Au moyen dequoy fiûsoient mille maux, mesme à ces pauvres prestres, comme leur faire racheter leurs lettres < beaucoup plus qu'elles n'avoient cousté, et iceluy pauvre lioyent sur un banc, et là vendoient ses couilles au dernier enchérisseur et estainte de chandelle. Quoy voyant, le pauvre diable estoit contraint (autrement il estoit escourté) faire le dernier offrant, et mettre par sus les autres. Le bruit courut par le païs qu'ilz dévoient le lendemain venir à Mortagne, et que jà la compa^ie com* mençoit à desmarcher. Mais (ô bon Dieu ! monsieur) par quel bout deschifreray je la peur, l'estonnement, Teffroy, que sentirent de ces simples nouvelles les pauvres gens et de là et environ ? Je me perds, je ne sçay plus où j'en suis. L'un jetoit sa palle, son triplé, son Cousteau crochu au puy ; l'autre, ayant sa cramail* 1ère atachee à sa ceinture, son chaudron sur sa teste, son pot à lessive en une main, son soulier, qu'il escachoit * en l'autre, couroit, tant qu'il pouvoit, vers le boys de Landefleurie, pour fliec cacher tout son mesnage. L'autre, ayant chargé sa poisle à chastaignes sur son espaule, mis son chausse pié en la pièce de son pourpoint, et sous

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