I. A la sortie
210 Contes et Discours
pour un teston ils le feroient babiller un longtemps, et en auroient le plaisir : lui proposant plusieurs petites Questions de neige ^, pour lui troubler 1 esprit, le mettre aux champs et en cholere. Plusieurs furent appeliez à ceste conferance, lesquels estans arrivez, Eutrapel qui en estoit conaucteur, et auquel les autres avoient laissé la charge de mouvoir les questions, frappa un petit et foible coup à la porte de l'Estuae, encore qu'elle fiist ouverte. Incontinent voici le jeune Clerc en chausses à bourrelet *, chiqueté sur les fesses, nos neveus et successeurs auroient bien afaire d'un Dictionnaire à cent ans d'icy, pour savoir que c'est : le pourpoint gros et enflé de bourre, descendant iusques au fin fond des parties casuelles d'entre les cuisses, à la Polaque, ou, selon nos anciens, à la Polaine 3, une plume à escrire pendante aux oreilles, et je ne sçay quel parchemin en son poing, signal d'un homme bien embesongné : lequel ayant fait une grande reverance à cul ouvert 4, demanda que c'est
1. Questions oiseuses. On a dit plus tard, un bel habit de neige, un bel homme de neige pour signifier quelque chose sans consistance.
Voyez le beau héros de neige,
dit Scarron dans le Virgile travesti^ lîv. 6.
2. Nous avons déjà eu l'occasion de voir des chausses d'une autre mode. Rabelais en a donné une longue nomenclature à laquelle on peut ajouter les chausses à la bigotte, à la garguesse, à la gigotte, à tabourin, foncées, etc. Da Fail a bien raison de dire qu'un dictionnaire nous serait nécessaire pour comprendre ces diversités. Malheureusement ce dictionnaire n'a point été fait.
3 . Polaque, c'est-à-dire ]X)lonaise, même étymologie que pour les souliers à la poulaine oui ont été cités plus haut.