Aux gens portant éperons
^o6 Contes et Discours
leurs compères et anciens confederez. Polygame dit que le mesme Capitaine, duquel cy-dessus a esté parlé, estoit marié à une fort honneste I>a^ moiselle, mais la plus avaricieuse et chiche qui fust au pays, n'osant manger son saoul, de pair que la terre ne luy deffaillist, comme fiait la taupe, il la laissoit assez faire le petit pain > : de son costé, faisant grahd'chere, mettoit tout par escuelles, ne se souciant au reste que de ses armes et chevaux : mais, pour dire tout, il alloît aucunefois au change, disant qu'il gardoit sa femme pour les grandes festes, et au'il ne la vouloit mettre à tous les jours : quelle proposition n'estoit pas bien aggreable à celle qui y prenoit interest personnel, encore qu'elle fust plus aagee que luy, et qu'il ne l'eust espousee que pour ses biens, et non pour ses vertus, ce qui se fait trop souvent, pépinière et source des plus malheureux et tristes mariages : un jour se pensant bien caché, et hors la portée du canon, au'il joùoit un peu trop familièrement à l'une des Damoiselles, sa femme le print sur le fait, et lors qu'il n'y avoit plus que les ciseaux entre deux, disant : Vous excusez que je suis malade par fois, mais je veux bien aue vous entendiez que la grange ne fut onc si pleine, que le baloy ne peut bien derrière l'huis : et en ce disant, luy donna deux ou trois coups sur les espaules, comme vous scavez que jamais coup de jument ne fit mal à cheval. Luy de son costé crie à la force, au meurtre, au feu, au feu bonnes gens, au feu. Ses serviteurs à ses doléances et plaintes