‹ Œuvres facéticusesChapitre 72 sur 239 · I. Je m'efforcerai · texte numérisé non relu

I. Je m'efforcerai

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dhommie et savoir; car, pour mourir (qui est grand cas) un procès ne se fust intenté, que premier il n'y eust mis la main, assis son jugement seur, et (avec ses lunettes apposées au nez, haussant un peu sa vue) enfoncé les matières ; et pour recompense avoit la nouveauté de tous les fruits du pais, ou Oysons, Poulets, il ne luy challoit; car indifféremment, et sans grand esgard, il prenoit tout, neantmoins qu'il refusoit un peu, disant (mode des advocats) qu'il estoit assez contenté du bon vouloir ; mais puisqu'on estoit tant importun, il n'y avoit remède. Il avoit aussi cela de bon, que quelque banquet (jui se feist, il s'y trouvoit, encores sans y estre invité, et commençoit à rire et saluer la compagnie dès l'entrée de la maison, disant : Dieu soit céans et les Moynes chez le Diable! Voylà belle compagnie; Dieu doint qu'à cent ans d'icy nous nous puissions tous estrangler. Et après qu'il avoit devestu sa robe, et mise sur un coffre, se mettoit à la table, où, quelque rebrassé qui y fut, nul n'estoit (a) mieux adroit que lui, et qui mieux tinst son ordre, tousjours en con-. tant quelque fable, quelque cas de nouveau, quelques nouvelles fresches, qu'il inventoit surle cnamp, ou bien de quelque procès, que promptement intentoit, et tellement par divers mcidens le continuoit, qu'il en venoit à son honneur. Puis disoit : Donnez moy de cecy, prestez. moy ce couteau, donnez moy du vm pour boire, n'ostez point cela, servez sans desservir. Dieu pardoint » à un tel ; car voylà le

a, Var. : iVu/ tstoit, I. Pardonne.

io8 Propos rustiques

morceau que plus voluntiers il mengeoit. De tous poissons, fors de la Tenche ' : prenez les ailes d'un Chapon, neantmoins qu'aucuns docteurs dient d'une garce. Voylà le morceau pourquoy la bonne femme tua son mouton : et ce morceau honteux ^ demeurera il ? Ma dame, pource que vous ne dormez pas assez, vous plaist il ce pied de poule? Oh, le Don bœuf! je croy qu'il soit de carhes 3 : donnez ce pigeon, je le mettrai au busq : encores un filet de ce vinaigre, ma fille. Ha, diable! ces chambrières vous l'ont gasté. E3i que vous avez mauvaise teste! ma Dame, un saupiquet ci dessouz ne seroit pas mauvais :

mais qui mettroit encore cecy en la broche?

Haa, gentil Levraut, tu sois le bien venu; ma foy, il n'est que my crud: ça, donnez, je le mettrai à la mode de la leu royne Gillette 4. Comment, Monsieur, cecy demourera il ? Je le croy bien, les premiers morceaux font ennuy aux autres. Tiens, mon filz, mets cecy sur te cril, et je te marieray à ma fille aisnee, ce m'aist dieu, puis me donne à boire de ce flacon. Grand

1. Du Fail a rhabitude de ne donner que les premiers mots d'une chanson^ d'un proverbe. Celui-ci est complet ainsi :

De tous poissons, fors que la tenche Prenez le dos, laissez la penche (panse).

Rabelais dit : De tous poissons fors que la tenche, prenez Vaesle de la perdrix ou la cuisse d'une nonain. Le rapprochement de cette phrase et de celle de du Fail nont semble démontrer à nouveau ce que nous avons déjà dit de Pinspiration rabelaisienne chez notre auteur dès les Propos rustiques.

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