‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 108 sur 219 · L'égalât · texte numérisé non relu

L'égalât

2. Melesse est un gros bourg du canton de Saint-Aubin d'Aubigné. Les Pihiers étaient des négociants des environs. Le couëtil était une mesure que je ne connais pas. V. aux Mémoires du Parlement de Bretagne un arrêt du 30 mars 1 5 5 î qui réforme un jugement par lequel Bonnabes Pihier

i8o Contes et Discours

louer, et raconter ses sens, literature, et preud'hommie et expérience, comme il avoit demeuré à Saumur, et travaillé à Nantes : mais qu'il n'y avoit gueres esté, attendu les harens frais du port Briaud Maillard : vous eussiez aisément et sans autre forme ne figure de procès jugé que ce n'estoit qu'un sot. L'un de nos compagnons appelé Gringalet, voulut un jour descouvrir plus au long l'impudence de ce galant, comme les bons esprits font perpétuelle guerre à l'ignorance, et à la gloire sa compagne : et passant et se promenant à pas mesurez et esloignez vis à vis sa boutique, ce maistre aliboron ne faillit incontinent, comme font les fripiers de Paris, qui sont à la plus part Juifs, à tirasser Gringalet par la manche de son manteau, et que vrayement estant homme d'apparence il gousteroit de son bon vin. Le marché fut aisé à faire, et Gringalet et ses associez, lesquels de la rue il retenoit tout exprès, avoir mangé quelques olives et beu le coup, arraisonnent maistre Pierre (car le mot de sire ne luy estoit encore convenable, pour n'estre que garçon, et non marié) louans et magnifians l'assiete de sa boutique, et l'heur que c'estoit à ceux de la rue, d'avoir un tel voisin qui avec son mortier regaillardissoit tout le quartier, y sonnant et jouant toutes espèces de chansons, aussi bien ou mieux qu'à Saint Thomas du Louvre à Paris : et pensez vous, se tournant vers ses compagnons, que les medicam.ens ainsi pilez et battus musicalement n'en soient pas de meilleure opération. Ho mafoy, respondit l'Apo-

avait été taxé à tort <i à lo sols par chacune charge de couëtils achetés hors la ville de Rennes. »

d'Eutrapel. i8i

thicaire, avec un demi-ris fourchu, et enveloppé entre les moustaches, sauf vostre grâce. Nos laquais, disoit Gringalet, avec lesquels il n'y a que perdre, car c'est argent contant, ne sauroient plus commodément, et, quelque chose qu'il en soit, avec moindre despense, aller quérir figues, raisins, et autre marchandise Latine', que céans. Item qu'un marchand sorti^ et equippé de tout comme vous, ne peut au long jamais demeurer en arrière, et faillir à faire son profit. Pensez vous, repliquoitle vaillant homme, grossissant et enflant sa voix, crachant à quartier d'un accent pointu, que j'aie perdu mon temps, comme j'en con^nois qui, par manière de dire, ne sauroient avoir donné de droit fil, ne en ligne directe, un clistere, un Anditotarim, Mellusine, la Légende Vigo?. Vous avez, dit Gringalet, de la droguerie autant que marchant de deçà d'outre, et vos boëtes bien peintes par dehors : avezvous point de famillie herciscande ^^ un simple fort excellent, ainsi que mon hostesse (c'est icy près la Trinité) m'a dit pour avec un peu de f.nmm [à\ regundorum, bien destrempez ensem-

a. Var. : Frujum.

1. Fruits secs. C'était l'Italie qui était alors l'entrepôt des marchandises tirées de l'Asie mineure, comme les figues, et de la Grèce, comme les raisins secs.

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