‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 153 sur 219 · Et ceux qui attendaient la seconde représentation · texte numérisé non relu

Et ceux qui attendaient la seconde représentation

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ma voisine, ma cousine, elles doivent user, et à laquelle appartient dire, seez vous, et prendre par la main : et autres gros points de Droit qui jadis recitez par Diodore, furent cause, de la cruelle guerre entre les Sibarites, laquelle de leurs femmes devoit sacrifier la première , comment hors de tout soubçon et péché de cérémonie, elles dévoient aller en litière, en chariot, sur haquenees, ou en trousse. Par lesquelles doctrines et humans ainsi grand'partie du travail de leurs maris, les pauvres hommes sont un peu deschargez, et en paix : jusques à ce que les procès de dehors soient vuydez. Car en tels affaires, tant dure le baril, tant dure la feste : et surtout, Lupolde, 'vous entendez cela; ne monstrez jamais le fond de vos chausses ou de la bourse, à vostre femme, devant laquelle aussi ne louerez la beauté ou vertueuses qualitez des autres. Car cest esprit fantastic et remuant prent tout au rebours et de travers, où je n'entens comprendre à ce qu'elles ne crient au larron et mesdisant sur moy, vous, la simple et prudente parole de celles qui sont en mon rooUe, qui. pour dire tout, est bien petit. Mais, Eutrapel , serons nous mariez? Ce gratement d'aureilles, et entortillement de barbe portent la grâce et contenance de refus. Quand irespondit Eutrapel , branlant tout le corps, refroignant et haussant ses sourcis) je vous oy blasonner et rembarrer un party, autant me vaudroit estre solliciteur au Parlement et à la Chambre des Contes en mesme temps. Quand j'oy fortifier les raisons contraires, je m'enyvre d'une certaine amoureuse fantaisie, qui me perd et trotte au beau travers de mon entendement, comme

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rats en un grenier : au moyen dequoy, attendu que la nuit a conseil, prieray temps m'estre ordonné, dedans lequel je me puisse résoudre, et choisir le sort plus advantageux, délibérant sur les courtoisies que Fortune promet à ceux qui plus gratieusement la savent pratiquer et temporiser, selon qu'elle veut : entendant parler de Fortunecivilement ethonnestement, ne luy attribuant aucune puissance, pour estre toutes choses conduites non par advanture, inclination, nécessité, cours des astres, et hazard : ains par la seule prévoyance de Dieu, qui distribue nos affaires selon sa sainte volonté, et ainsi que nous le servons. Je vous diray, dit Polygame, vous devez en cecy, comme en toutes choses, invoquer et prier son sainct nom, qu'il luy plaise vous pourvoir d'une femme, avec laquelle vous puissiez achever le cours de vostre vie en toute paix, douceu*", et amitié. Eslisez, disoient nos pères, celle qui sera à vostre gré, et que vous pourrez aymer. Quelques uns sont d'avis, que celuy qui est d'un naturel violent et colère, ne se doit joindre à une brune et noirette femme : ains à celle qui est plus pesante, bonnace, et débonnaire, comme sont les blanches : et ainsi par le contraire. Mais le tout gisten lexempleet nourriture qu'elles ont eu. Lupolde dit que la fille d'une qui en sa jeunesse a esté bonne compaigne, moins apprend les ruses et finesses d'amour, pour estre tenue de court, serrée et contrerollee par sa mère, qui a passé par l'estamine, toutefois il ne fut onc Pie, qui ne ressemblas! de la queue à sa mère. Helas! disoit un gendre à son beau père, faites moy raison de vostre fille, qui court, trote, fait tout plein

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de belles besongnes hors mon congé, sans que la puisse gouverner : elle danse, masquarade, et mange le pasté aux jardins, en compagnie de deux ou trois vieilles, qui font l'amour aux bouteilles, tandis que la Damoiselle joue du cropion en un coin en se pourmenant, estant escartee des autres. Et demandant aux serviteurs ou chambrières, où est elle t II y a longtemps qu'elle n'est icy, respondent, estans gagnés et faits au fouet, elle est à vespres gagner les pardons, ou visiter une telle qui est malade, sans pouvoir arracher un seul mot de vérité de ceste gent corrompue, combien qu"au long aller tout soit seu. Mon amy, dit le beau père, tu t'y romprois la teste, fust elle d'ormeau, la cuider changer, attens encore deux ou trois ans, que ce feu soit passé, comme je fus contraint ainsi en faire à sa mère, laquelle est à présent assez femme de bien. Lors Polygame blasmant le jugement ainsi généralement donné, par la faute d'une seule, estoit bien d'accord que d'un mauvais arbre ne pouvoit issir aucun bon fruit : toutefois s'il est transplanté, fumé, essargotté, et enté, il changera sa mauvaise nature en une meilleure. Ainsi est il, non seulement des femmes, mais des hommes, lesquels enseignez tant par l'estude, que bon patron et fréquentation de personnes vertueuses, deviennent en une franche et saincte habitude de bonnes meurs et conditions. Car, comme dit David, Tu seras saint et innocent en la compaignie de la personne innocente , et meschant avecques les meschans. C'est pourquoy la jeune femme doit fuir comme le feu, le conseil de ces autres, qui instilent et coulent en son aureille.

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Merci Dieu si j'estois en vostre rang, jevoudrois estre cecy, estre cela, aller à mon plaisir, me donner du bon temps, sans ainsi garder tout le jour à rhostel. Car si la femme n'a gravé et imprimé en sa teste le commandement de Dieu, qui est, d'obéir et estre subjette à son mary, en tout ce qui luy sera commandé : il n'y a lieu de penser que la vie et ménage de tous deux ne soit misérable. Vaudroit beaucoup mieux à tel mary (disoit l'Ecclesiaste) habiter avec des couleuvres et serpens, qu'avec une femme désobéissante, et qui fait au rebours du commandement à elle prescrit et statué. Suffit au mary de bien aymer sa femme, et à elle, l'aymer et honorer, autrement ne faut attendre que contentions, débats, et infinitez d'autres pauvretez. Pour rompre le coup à tels inconveniens, est nécessairement nécessaire que l'homme et la femme mariez soient vertueux, bien vivans, à l'esquierre de l'Evangile : car rien n'est sous le ciel, qui tant rende la personne aymee, que la vertu. La femme de bien a tousjours la face sur son mary, pour entendre de quel pied il veut qu'elle marche, luy obéir à ses commandemens, et ne faire chose dont on la puisse reprendre et se fascher. Fut dit de longue main, que la femme de bien est la dernière qui le baise et caresse quand il laisse la maison, et la première à le recueillir et chérir lors qu'il revient. Donc, Eutrapel, prenez courage, et ne vous faites compagnon de ceux, qui ont transformé, contre l'exprès com.mandement de nostre Seigneur, l'usage de mariage, qui est sainct, en une vie lubrique, abandonnée à toutes rencontres. Mais. Quel mais.'' dit Eutrapel. Je te le diray, dit Lupolde, Du Fail II 1 7

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il ne veut que tu charges ceste marchandie, fors aux champs, où les filles ne sont encore enfarinées de ces belles furtives amourettes, et beaux miroirs des villes. Comme fut la response d'un quidam, s'asseurant n'estre point cocu: car il ne se mariroit à Paris, ou autre ville. J'ay encore, dit Eutrapel, un seul petit scrupule, et pierrette en mon soulier, qui me tourmente : si j'estois marié, faut il point en quel temps, quels jours, et heures les fiancées et espousailles se feroient : pour avoir leu que les anciens Romains avoient des jours, qu'ils appelloient Noirs, ausquels n'estoit loisible entreprendre ou exécuter aucune chose ^ Où toutefois ils avoient esté trompez lors que les Gaulois saccagèrent leur ville, et Hannibal les deffit à Cannes. Lupolde dit, que si les exemples serv'ent de quelque chose, il sait un beau conte à ce propos. Jean Bedaut et îvlarie Alaire espouserent je ne say quand, enla parroisse de Noyai entre les mains de Dom Mathurin de Launay, qui ne se soucioit pas qui coucheroit avec la mariée, pourveu qu'il fust du banquet. Au soir lesconviezs'estans retirez, Bedaut se deshabillant dit, Mon Dieu ! que nous avons mangé d'un bon merle à disner. Sa femme instruite par ses voisines n'accorder que en droit et raison(ce sont les beaux conseils de ces oisons coifez] dit que vrayement c'estoit une merlesse, et ne vous déplaise. Luy se voyant combatu et désavoué en chose si légère, estima que ainsi se laissant heurter sur le commencement, il se pourroit faire juger subjet à la quenouille, répliqua que c'estoit un merle : et tost après l'on eust ouy c'estoit une merlesse, c'estoit un merle: tu asmenty, c'est toy, comme

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un vilain, il ne t'appartenoit pas : A la force, au meurtre, à l'aide, bonnes gens, Hee mon grand oncle, Marion où estes vous ? fin de conte ils furent faits amis comme devant, et blasmez à Tadvenant. L'an révolu et passe, estans les bons personnages près leur feu, s'advisa la femme de ce qu'il y avoit justement et proprement un an qu'ils avoient espousé, fait grand'chere, et entre autres mangé d'une bonne et grasse merlesse, pour raison de laquelle, ils s'estoient maladvisez , entre-battus. Tu as menty, belle Dame, dit le mary, c'estoit un merle : et si haut furent leurs contradictions emmanchées, que de plus belle se rempoignerent à grands coups de poin, voire plus joyeusement que l'an passé. Et se dit qu'ils continuèrent ainsi tout le reste de leur vie en leur possession à ce jour fatal et désastre. Si bien que Bedaut si d'avanture estoit appelle en tesmoignage, ne savoit designer les saisons, fors par le jour de son mariage, ainsi bien commencé: qui est une marque Légale et de Droit, pour effacer toute suspicion de faux, comme tiennent les Jurisconsultes, et Euripide aussi : et les femmes, qui ne dattent les ans, que pardire, J'estois grosse de Pierre, ou Marguerite. Polygamie lors, qui ne souffroit aucunement telles resveries et espèces de sorcelerie estre meslees au Christianisme, les rembarra tous deux vivement, et tellement leur ferma la bouche, qu'ils eussent fait trois lieues, paravant la pouvoir ouvrir. Comment? dit il, estes vous logez à ceste enseigne et vieux fatras, qui tant ont perdu de consciences, pour laisser le chemin que Dieu a monstre et ouvert à ses eleus et prédestinez (qui sont tous ceux qui

s'asseurent estre sauvez par la seule grâce de nostre Seigneur, y aportant, entant qu'en nous est, les fruits de bonnes œuvres'i decroire et vous persuader , qu'il y ait des jours meilleurs ou pires que les autres ? N'est il escrit aux Saintes Bibles, que les Gentils croyent et suivent les devinateurs, prennent appuy sur les temps? mais toy (Moyse) autrement enseigné de moy ton Seigneur. Et en Hieremie, Ne vous doutez des signes des Cieux lesquels les Gentils craignent, et leur font peur. Et dit saint Augustin, en son Enchiridion, suivy par saint Basile, Ambroise, et Chrysostome, estre une pure folie es hommes, de penser que les jours différent en heur et malheur qu'il y en ait de pires les uns que les autres, pour bastir, voyager, parler au magistrat, faire la guerre et autres actions humaines. C'est pourquoy sainct Paul tance et reprend aigrement les Calâtes : J'ay grand'peur, dit il, n'avoir rien faict pour vous, qui observez les jours, les ans, et autres saisons. Zoroastres, lequel ne se peut nier avoir consumé son temps en la cognoissance de ceste vaine science, voire donné le premier commencement, ne peut si bien choisir le jour d'une bataille, que Ninus ne le tuast, et tout ce qu'il avoit de gens. Ce qu'aussi expérimenta à son dam Pompée, un autre grand devinateur sorcier, et observateur de jours, duquel, nonobstant ses beaux livres d'augures et devinations, que tant religieusement consultoit, fut l'armée batue, rompue, et saccagée aux champs de Pharsale par Jules César, qui, bien instruit, ne creut, ny prit oncques appuy à telles badineries. Vray que tant par le cours de la Lune, que façons ac-

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coustumees de certaines bestes, peut estrecognu le beau ou mauvais temps, et changement de saisons : mais impossible aux hommes, voire au Diable, qui comme dit le mesme Augustin pour estre vieil , expérimenté , et savant à marier activa passiris, mesler les qualitez contraires est un merveilleux Docteur et ouvrier : impossible, dis je, prédire l'avenir, et ce qui doit arriver aux cas particuliers : Dieu s'estant réservé à luy seul la vérité de tels accidens et jugemens ' .

Du Gentil-homme qui fit un beau tour au Marchand et de l'Amoureux qui trompa son compagnon.

11 se meut propos de ceux qui font leur profit en tout, hazardans et abandonnans leurs consciences à tous vents, heurts, sans regarder qu'il faut mourir, rendre conte, et payer ce que nous aurons injustement, par mauvais arts, et pratiques, prins de Tautruy. C'estoit donc un marchant, qui adjournoit et aguignoit la mestairie d'un Gentil-homme, en tout événement vouloit assembler un gros in^erest de l'argent qu'il luy prestoit, pour tout d'un coup enfoncer et attraper ceste terre sur ce pauvre Noble, autant affamé d'argent, comme le mercadant estoit pront et hastif de prestcr. Lequel, pour faire tomber ses

1. Pour compléter cet excellent chapitre relire les consultations de Panurge, voulant se marier, et si on a le temps les chap. III et IV du I'' livre des Séries de Guillaume Bouchet.

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desseins et parvenir à leurs points, disoit, le chappeaujusques sur legenouil, Monsieur nostre argent va et vient diversement, tantost nous en avons, et bien souvent pas maille, qui nous contrainct emprunter : mais pour ne dem.eurer courts et que faute d'argent ne vous face perdre ailleurs j'ay un balot de laine, surlequel nous trouverons à peu près ce qu'il vous faut, pour le rendre au temps qu'il vous sera dit, il y aura en la vente quelque perte, mais quoy ? nécessité n'a point de loy. Ce balot fut plusieurs fois acheté, puis incontinent revendu bien basa un tiers, qui en estoit de moytié et de l'intelligence : de façon que par l'issue de telle negotiation, le Gentilhomme se trouva sur les espaules chargé de bien quinze cens escus, et en conséquence mis en procès, ses biens saisis, pourvuider 'c'est un mot de marchant) les parties et obligations, et où il s'estoit embourbé et engagé, qu'il fallut promptement payer : qui ne furent pas petites, et les interests internes et externes, tels que la Loy Sterilis au Digeste a reprouvé. Le Noble estoit bien fasché d'ainsi se voir aboyer, tracasser, terracer, paperasser, par ce marchant : qui, par le contraire, s'enfloit, triomphoit, ets'engraissoit de ce butin usurier, souffroit estre appelle Monsieur, au lieu de ce beau et ancien titre de sire Pierre, sire Fiacre. De nostre ville, dit Lupolde, se sont depuis trente cinq ans retirez et perdus ces beaux et honnestes mots Maistre, pour le regard des gens de Justice : et de Sire, en l'endroit des marchans, se faisans titrer et qualifier du mot de Monsieur, soubs le nom de quelque closerie qu'ils auront, Monsieur du fossé, de la

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vigne, de capendu, du chappeau verd, de la truie qui file, du blandureau, et autres de telle farine, contrepetans et suivans au grand galop les anciennes marques des Gentils-hommes, que peu à peu ils effaceront, pour y supplanter les leurs : si le Magistrat et Prince ne va au devant, establissant que chacun, s'iln'est noble ou estranger, appellant un autre de ce mot Monsieur, payera pour chacune contravention un escu. Ce mot de Monsieur appartient privativement à la seule Noblesse ou Juges Royaux, et à nuls autres. Pour avoir le roturier et non noble acquis, dit l'Ordonnance de Blois art. 258. un fief noble, si ne sera il annobli et mis au rang des Nobles : ce qui est conforme à l'ancienne coustume de ce pays, comme j'ay dit ailleurs, où aux monstres', arriere-bans, et rangs de bataille, les roturiers, bourgeois, et autres non nobles, ne se mesloient aucunement parmy les nobles, ains estoient en leur quartier à part et séparez. Le grand Roy François leur voulut bien permettre l'achapt du domaine noble, mais non les droits seigneuriaux et noblesses féodales : n'entendans les pauvres gens que l'achapt de tels fiefs, est l'entière ruine et desbauche deleurtraffic. L'inégalité des droits successifs, qui aux partages appartiennent à leurs enfans, depensement {a], et démembrement d'icelles terres en plusieurs lopins, destinées pour la défense du pays, et sans lesquelles le Prince et tout son Estât ne pourroit subsister. Outre tout

a. Var. : dêpiement, part^gt. Depiés,àe depitare {dnCange} signifiant mutilé.

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