‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique (volume 2)Chapitre 161 sur 219 · Tours · texte numérisé non relu

Tours

d'Eutrapel. 277

faite revenant de coucher avec une sienne chambrière : et vous promets sur mon honneur, se haussant un peu de colère, si vous eussiez esté mon mary, vous eussiez trouvé une autre chirurgienne. Une vieille Damed'atour dit que par la mercy-Dieu, si son deffunt mari (ha le bonhomme, je faisois de luy ce que je voulois) m'en eust fait autant, ce n'eust pas esté tout un. Autant en dit toute la tribale et eschole de femmes illec présentes, qui sur le premier rapport prennent tout ce qu'on leur dit, vrai ou faux, pour tout asseuré, et argent conté. Je vous prie, dit du Plessis, estre un tant soit peu oui, avant faire mon procès comme avez commencé, sans que j'aie trouvé un doigt de place pour ouir mes défenses et justifications : Vous autres femmes (ne desplaise à l'imperfection du sexe] avez tellement l'esprit prompt et esveillé à recevoir les premières impressions, que ce que vous vous faites croire, faux ou vray, sort malaisément de vos caboches. La mesme eschole et assemblée se mist à criailler sur luy, et de plus belle, qu'elles en savoient assez, avoit beau dire, et vendre le fin, et qu'il n'en seroit ne plus ne moins. Mais la Dame mieux apprise dit à du Plessis, qu'en jugeant ainsi de pleine volée sur l'étiquette du sac, elles suivoient en ce les hommes, qui si bien sans les ouir ni appeller les avoient tant blasonnees. Ce qu'elle n'entendoit faire , ains l'ouir benignem.ent : mais en faute si notable, qu'il en dit la pure vérité, sans rien laisser à l'hostel, espérant bien que par l'issue et closturedu conte, on luy apprendroit à satisfaire à l'obligation de son mariage, et se purger de telle forfaicture. Or

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donc, dit du Plessis, se voiant asseuré, destouppez toutes vos oreilles, et vous orrez chanter merveilles du Plessis, qui fut bien grippé, et si vous conteray tout de fil en aiguille, sans rien requérir. Or bas, encore plus bas, hehen, hehen, ma bonne partie m'escoutoit lire les merveilles deGaudentius Merula ' où il ditavoir appris d'une brave femme RIilannoise, monstrant les médecins n'y entendre rien, que pour engendrer enfans il faut que le mary se couche sur les huit heures du soir après le soupper, la femme bien tost après : laquelle, pour estre froide, il mettra en sa place ja eschauffee, où estant entre les linceux, frappera dedans à petites et serrées collées ^, et que sans difficulté le laict cremera, et bien tost en sortiront les petits pieds et esclats. Fut accordé essayer ceste recepte, mais pour s'estre amusée sur certains incidens de buée 3 et filaces, elle me trouve dormant : si bien qu'estant tourné sur l'autre costé, m'estantresveillésur les onzeheures aiant le baston caverneux roide et entlé, je voulus exécuter ma commission. Mais point de nouvelles, elle despite comme un chat borgne, feignant ronfler, et faisant bien le chiabrena4, se tourna de l'autre costé. Sur ceste mine renforcée, que je prenois pour refus, elle s'estant endormie à la longue, je sors du lict, allume la chandelle, et doucement entrant en la chambre des filles, advisay en un lit à part une grosse garce de cham-

1. G. Merul£ novariensis Memorabilium libri V. Lyon, 1556, in-8%

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