Avec
3. Est-ce Antoine Couillart, sieur du Pavillon, avec lequel Clément Marot était en correspondance ? Ménage, dans ses Origines de la langue française, raconte comment ce même nom fut changé pour un maître des requêtes en celui de Hautedair.
4. Il devrait être parlé de ce fait dans les Dits facétieux, satiriques, proverbes et actions joyeuses qui ont esté et sont en Angiers et pays d'Anjou, manuscrit de Bruneau de Tartifume, mais nous n'en connaissons que ce qu'en a publié M. Leroux de Lincy d'après M. A. de Soland dans son Livre des proverbes français.
d'Eutrapel. 149
Remonstrances d'un Juge à un Meurdrier.
N'a pas long temps qu'en un procès pendant entre certains personnages de marque et qualité, se trouva un pauvre laboureur, qui tesmoigna et dit la vérité du fait, où il futenquis, selon sa religion et conscience, comme tout homme de bien doit et est tenu faire, s'il a tant soit peu de sentiment et congnoissance de la vérité , qui est Dieu, et du Diable, qui est le mensonge. Et d'autant qu'il chargeoit par sa déposition et tesmoignage la partie accusée, il fut contraint tenir la maison, et n'aller plus aux foires, marchez, ny à ses autres affaires, comme de coustume, estant menacé de ce qui luy arriva : car inopinément et Fans y songer fut rencontré par celuy qui luy vouloit tout le mal, lequel en douces et emmielees paroles (les gentils Chevaliers font le contraire, fiers à l'aborder, et paisibles sur la fm) luy dit. Mon pauvre petit tesmoin, mon mignon, mon petit maistre, que je suis aise t'avoirtrouvé, que tu sois le bien venu, chapeau pointu, sont les mots de l'information. Le laboureur né pouvant fuir la rigueur de ce monsieur implacable, etimpitoiable plus que Juno avec ses quatorze Daraoiselles instruites à la jalousie, essaya tous moyens faire entrer la miséricorde ou pitié en l'estomach de celuy qui le poursuivoit à mort, et lefaisoitmourirà petit feu, et à longues pauses [U],
a. Var. : pensées.
150 Contes et Discours
se jettant à genoux, luy baisant les pieds, accolant l'oree de son manteau, avec offres répétées de mille sacrifices de sa vie pour son service, conjoignant et amassant infinis pleurs et lam.entations qu'il degorgeoit à gros sanglots pour trouver pardon, en chose toutesfois où il n'avoit aucunement péché. Jamais Dom Joan d'Algares Espagnol ne protesta tant entre les mains de Brossay Saintgraveà la bataille de Dreux' (qui le sauva neantmoins) qu'il seroit Louîheranos, diablos, ou tout ce qu'il voudroit, pourveu qu'il ne mourust. Telles offrandes nepitiez ensemble entassées n'eurent aucun poids ny effet pour amolir et fleschirla dureté et le courage félon de sa partie, qu'elle ne luy donnast du poignard cinq ou six grands coups d'arrachepied dedans la gorge. Dieu qui par sa sainte providence a coustumierement vengé et puny l'effusion du sang innocent et injustement respandu, obscurcit et aveugla de telle sorte l'entendement de ce misérable meurdrier, qu'il se laissa aisément prendre et attraper entre les mains de la Justice, quelques fuites et eloignemens qu'il eust auparavant fait. Le Juge qui l'interrogea, l'advertissoitcommela grandeur et proesse d'un brave et hardy Gentil homme gisoit à pardonner aux petits et abbaissez, nommément à ceux qui viennent à la miséricorde et la cherchent. Luy allégua, d'autant que l'accusé
I. La bataille de Dreux eut lieu le 19 décembre 1(62. Ce que dit ici du Fail de la conduite d'Algares confirme l'opinion de la iiatyre Menippée à propos des troupes envoyées par le roi d'Espagne : « bisognes ramassez qui jamais ne voulurent combattre à la bataille de Dreux et se couvrirent des chariots du bagage. »
avoit autrefois estudié , et qu'il y avoit bon nombre de jeunes gens presens et spectateurs d'un interrogatoire si prudent, que les louanges attribuées à Hercules sont fondées principalement en ce qu'il ne souffroit près ou loin un mauvais garçon, et perturbateur du repos public : car les riches et qui ont dequoy ne se mettent pas volontiers en la meslee, pour crainte de perdre le leur, encore qu'ils voudroient bien entrer en quelquesligueset partialitez, qui est un secret politic et conservateur de l'authorité du Prince : et qu'au reste il estoit très bon voisin et amy aux gens de bien et vertueux. Quant à pardonner et remettre les offenses, disoit le Juge, cela nous est de commandement, et tient de nostre Seigneur en son Sacre saint Evangile. Les Payens avoient bien ceste doctrine qu'ils avoient puisée, voilez et bandez d'un frontal d'ignorance, comme dit Tatianus ', des livres des Hebrieux : car Jule César gaigna ce point ^ de Grand entre les Romains, pour avoir pardonné à Marcus Marcellus, et autres bourgeois de la Ville, qui avoient prins les armes contre luy, qui éternisa sa mémoire à jamais de tel saint nom et beau titre, à savoir, Qu'il luy souvenoit et avoit la mémoire de tout, fors des injures passées et torts qu'on luy avoit fait?. Et n'y a point long temps qu'une Dame Florentine cacha en un sien hostel celuy qui
1. C'est Tatien de Mésopotamie et non Tatien le platonicien. Il écrivit une Harmonie des Evangiles dont on ne connaît que la traduction latine due à Victor de Capoue. U vivait au v= siècle.