‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 12 sur 211 · Voir la 6e satire du livre II · texte numérisé non relu

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8 Propos rustiojjes

cstrc nourri aux champs l, et estoient nourriz anciennement les enfants des Princes aux champs, non en ceste délicatesse des Villes. Aglaïus, ce povre Arcadien, ne fut il jugé par l'oracle d'Apollo {si cela fait foy) l'heureux de tout le pais -? Quoy? et combien d'Empereurs ont laissé l'administration des magnifiques et superbes Empires, leurs pompes, hautesseset triumphes, pour se retirer aux champs, pour avoir l'ayse et commodité d'iceux, et illec [jugeons ceste façon de vivre beaucoup plus scure) passer en tranquillité le demeurant de leurs ans? Comme Pcricles, ce grave Athénien, Scipion l'Aphricain, Diocletian, l'Empereur Romain, Caton le Censeur, le consul M. Curius. Avec ce, tant et innumerables philosophes envieux du bien et félicité de nos Rustiques, ont {pour à l'aise philosopher) choysi leurs estudes aux champs, comme les Stoïques, Druides, Platon en son académie, Seneque, ce sage philosophe, et autres infinis. Au contraire, combien de païsans bons laboureurs ont esté appelles de leur charrue pour prendre l'aministration de Républiques fortes et puissantes, toutesfois sans eux ruinées, mal ordonnées, et [ce que l'on dit) à l'ancre? Ce vaillant charrieur Q. Cincinnatus en fera ample tesmoignage. Autant Attile Calatin, bon et excellent vigneron, Fabrice gentil jardinier, Attile Régule i, desquelz la mémoire tant durera,

i . Sequitur ut, ulrum de agris, an de urbibus utilior tiro sit, requiramus. De qua parte nunquam credo potuisse dubitari, aptiorem armis rusticam plebem. Végèce, chap. III.

2. » Qui est-ce qui est heureux? disait l'autre jour M. d'Alembert avec un dédain tout philosophique... quelque misérable! » Correspondance de Grimm et Diderot.

J. Tous Romains célèbres par leur courage et leur désintéressement. On les reconnaîtra peut-être mieux sous

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que seront en vigueur Charrue, Soc, Coultre, Foiïét, Timon, Pelles (a) et Rasteaux. Que si nous regardons en quoy principalement estoit la richesse de l'antiquité, nous ne trouverons que Bœufs, Vaches, Moutons, Oysons et autres avoirs, tellement que Servius, roi des Romains, fit insculper en la première monnoie Romaine des Bœufs et Moutons, dont encore sont les Moutons à la grand' laine '. Mais, neantmoins que cecy demanderoit plus ample discours que les oreilles d'un délicat (possible) souhaiteroient, toutesfois, pource que ce n'est le principal négoce, j'ai induit ce peu pour monstrer, au moins essayer, l'origine de nos Rustiques par leur contraire. Contente toy donc (amy Lecteur) de ce peu que je t'offre, chose (sous ton jugement) soit indisposée et de mauvaise grâce : toutesfois, en observant l'honneur et droit d'escrire, choses basses et humbles ne requièrent style eslevé, ne grande façon de dire : pource que à tel saint telle offrande : tel mercier, tel panier 2. Que si tu n'es content de ce, je ne pourray (au pis aller) que te prier prendre tel quel petit présent en gré, comme tu ferois, d'une simple Bergiere, une potée de lait caillé; car, comme dit Ovide, ceux qui n'ont encens à sacrifier offrent de la farine, ou de ce qu'ils ont povrement. Me recommandant à ta bonne grâce, et à Dieu.

a. Var. : fourches.

les noms de Collatin, Fabricius, Regulus.

i. Monnaie d'or de saint Louis avec la figure d'un mouton et la légende Ecce Agnus Dei. Philippe-le-Hardi et Philippe-le-Bel frappèrent des moutons à la grande et à la petite laine.

2. A petit mercier, petit panier. Proverbes ruraux et vulgaires, xme siècle. Livre des Proverbes français, par M. Le Roux de Lincy.

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