‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 179 sur 211 · Fief; sur ses terres · texte numérisé non relu

Fief; sur ses terres

2. Apostrophé. Le mot a été très-employé et n'est pas encore tout-à-fait tombé en désuétude.

286 Contes et Discours

grands coups de poindont il battoit une pauvre table, hem! qu'il en tueroit dix de la chandelle, et vingt du chandelier, et que ce n'estoit pas tout un. Cela apaisa aucunement le courroux des femmes, car elles sont aisées à revenir, pourveu qu'on ne leur die leur vérité. Mais entre les hommes se recommençoientde toutes parts leurs vieilles querelles, et ja les cendres d'icelles quelque peu amorties se ralumoient, au souffle des divers raports que l'on faisoit des uns aux autres : toutefois un tiers voisin de tous deux, Gentil homme accort, bien nourry, et honneste y mit la main, les meschans envieux en rioient, et en estoient bien aises, les bons au contraire : et y employa tant d'allées et venues, qu'ils résolurent se trouver en un lieu pour accorder. Le Seigneur du Fossé y envoya un vieux conteur de races ' et maistre d'hostel, qui avoit ses patenostres pendues à sa ceinture, et un petit baston à crochet, pour s'appuier : lequel fit le veau fort pertinemment, voulant mettre en question lequel parleroit le premier, et faire de grands préparatifs, comme aux diffîcultez qui se meuvent sur les pourparlers de guerres et pacifications des Roys et Princes : mesme il demanda à boire, voulant représenter, disoit il, le rang de son maistre. Et quant à vous, Procureur du Seigneur de Fanfreluchon, n'ay à besoigner avec vous, je feray ce que je doy, ayant une partie légitime. C'est mal commencé, dit le Seigneur Ingrand (qui estoit le tiers et moyenneur) il faut de tout faire une fricassée

i . Compteur de races ? généalogiste ?

d'Eutrapel. 287

broche mautaillee ', et ne rien aigrir : les serviteurs le plus souvent brouillent les affaires de leurs maistres, pour contrefaire les bons valets, le jeu ne vaut pas la chandelle, le débat est meu entre deux voisins, gens de bien et de vertu voirement 2 : mais bien interrogez ne sauroient dire pourquoy, ne à quelle occasion, sinon qu'ils sont trop riches et puissans. Y a danger que Dieu par un préjudice ne leur face sentir le peu de devoir qu'ils font en la dispensation de leurs biens, les employans aux usages et conduites de je ne say quelles folles hautesses, mal prinses et pirement entendues. Autre chose seroit si l'un d'eux estoit quelque vilain enrichi, qui voudroit entreprendre et contre quarrer un Gentil homme : mais estans d'une mesme condition, bonne race, et but à but, il les faut accorder : car au fond, il n'y va que faute d'amitié, et d'avoir hanté bonnes et grandes compagnies. Je suis leur parent, et m'est loisible tout dire et librement : voicy ce que j'ay advisé, car à ce que je voy, il faut traiter cecy comme une cérémonie de grande importance, et sur tout que les femmes ayent occasion se contenter, pour le moins ne se regarder de travers. Mademoiselle du Fossé ira Dimanche en une telle Eglise, où elle trouvera au banc qui est vis à vis l'autel nostre Dame, et auquel l'une ne l'autre n'a droit de s'assoir et agenouiller, la Damoiselle de Fanfreluchon, et là se donneront le bon jour, avec quelques prières de toutes parts de prendre la place plus

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