Gaillard
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ou tout le pot, quand il n'estoit point en son Lourdaut. Quelquefois, estant de loisir avec son compère Trainefournille, faisoit de beaux souhaits et à proufit, entre autres fpour estre brief) que s'il estoit gros Seigneur, il meneroit ses bœufs à cheval, ou bien garderoit ses moutons à pied. Et que s'il y avoit quelque beau manche de fouet en pais, ou quelque beau quartier de Cormier, pour faire un manche de coingnee, il les auroit, ou y auroit bien tiré à la poche. Par ma vie (lui respondoit de mesmes son compère Trainefournille) c'est très bien souhaité à vous : et ne pensez pas, non, que je voulusse donner mes souhaits pour beaucoup; car le plus souvent, il m'est advis que je suis un grand Seigneur, et en cet advis, fais mille belles maisons, et à la fin, je me trouve aussi avancé comme au paravant. Bo bo ' (disoit Gobemousche) je ne me soucierois beaucoup de tant de belles besongnes qu'ont ces gros et puissans gentilshommes; il me suffiroit seulement de menger de ce beau lard jaune, à celle fin que les chiens me regardassent ; et croyez d'asseurance que je mengerois tout mon saoul de fèves et de pois, si le quart n'en coustoit plus de deux unzains ; autant en ferais de ces belles andouilles avec de la porree, et des Oyes grasses lardées de vieil lard, et en rien ne semble ceux qui aiment mieux deux chiens qu'un porc, il y a bien différence. Ce discret honneste homme Gobemousche, un matin couplant ses boeufs pour charmer, près le moulin à vent, s'advisa (attendu qu'il estoit bien
i. Pour bon! bon!
ii2 Propos rustiques
pour ce faire) qu'il envoyeroit son filz Guillaume à l'escole, souz maistre Rajaret. Nous avons (dist lors Anselme) maintesfois argué de Grecisme ensemble. Je le pense bien (dist maistre Huguet) car il fut bien savant (a), ainsi que m'afferma Haudulphi, un jour que le trouvai peschant à la ligne. Et l'y envoya, pource que sa mère le gastoit à lui apprendre mille sottes façons de dire et manières de faire fort estranges, comme ne pisser contre le vent, ne dire chat la nuict, ne rongner ses ongles au Dimanche, car le diable eu allonge les siennes ; ne prendre chemise blanche, ne dancer, ne chanter au vendredy, ne filer au samedy, n'estudier aux festes : mais loisible jouer aux quilles ', aux bibelots, ou à cochon va devant. Pour guérir des verrues 2, faut toucher à la robe d'un Cocu, [d'un cornu ou d'un mouton]; c'est celuy à qui l'on biscote sa femme, dont à quelque chose sert malheur [moyennant que ce soit à quelque bon diable] : pour la fièvre, prendre neuf petites pierres et les envelopper en un mouchouer, puis le premier qui les trouvera prendra la fièvre ; faut estre huit jours entiers, après les noces faites, sans toucher à sa femme ( et au bout du terme, baiser l'autel et aller à l'offrande] encores avec protestation. Qui veult estre marié en l'an, prenne le premier papillon qu'il verra. Qui veut
a. Var. : Car bien savant fut.
1. L'éd. de 1549 ajoute seulement : ou à cornichon va devant. Rabelais dit : à cochonnet va devant.
2. Verrures, 1548; verrues, 1549. Le compositeur de l'édition parisienne était sans doute normand. On dit encore verrure, populairement, dans cette province.
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gaigner le pré Raoul de Rennes, ou le pourceau de Bleron [l'arpent de vigne de monsieur de Paris, ou le quartier des foasseries] ne faut se repentir dedans l'an d'avoir esté marié. Qui garde les souliers en quoi on a espousé, cela sert moult à avoir bon ménage ; autant en est des treize deniers desquelz sont achetées les femmes [et bonne recette pour les garder et n'estre janin, est de jamais ne les perdre de vue]' . Guillaume ayant changé presque tous ces petits mots, souz la doctrine de maistre Bajaret, fut mandé par son père Gobemousche pour rendre raison et du temps et de l'argent ; et fut le messager grand Jean le Beurrier, un ferial beuveur et bon compagnon, auquel Guillaume encontoit de toutes façons, et comme il l'entendoit, le tout à la bonne foy. Morbieu (disoit il) qu'ils seront esbahis de me voir à cette heure ! je suis seur qu'ils me decongnoitront ; car je n'estois pas un tel gallant quand j'y allay. Je n'en doute point (respondit grand Jean) attendu la coustume du pais; aussi que vous estes habile homme et bon clerc. Per diem (disoit Guillaume) je ne dis pas pour me vanter; car vanterie, comme dit l'autre. Mais quand il sera question d'arguer fa) [je parlerai si bien latin, que ma mère n'y entendra rien. Oui, vertubieu!] je ne dy mot, et gage qu'on verra beau jeu ' ; demandez un peu : ha !
a. Var. : Quand il sera question d'arguer... je ne dis
i . Toutes ces superstitions, fonds de l'éducation des mmes, sont avec beaucoup d'autres enregistrées et commues par l'abbé Thiers dans son Traité des superstitions. i ne crois pas cependant que l'habitude de garder la con-
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toutesfois, vous ne le recongnoissez pas ; mais à propos, nous avons fait de bons petits tours ensemble. Par ma foy (mais je vous prie n'en dire rien) pour une après disnee, nous avons, moy et lui et un autre bon -garçon, desrobé environ une douzaine de chastaignesà nostre hostesse, tandis qu'elle estoit à matines (a), et les allasmes manger au pré Fichaut, au Soleil; puis chacun tire à la bourse pour avoir des pommes pour un liard et du vin pour un double ' : et vous respons de cela, que tous fumes yvres, et n'eust esté je ne sçay quoy, comme vous entendez, nous eussions querelé des lavandières qui estoient là. Voylà, mon amy, comme font les garçons quand se trouvent ensemble : aussi, que après bons vins, bons Chevaux. [Force beurre, force oygnons, et grand planté de moutarde, c'est saulce de morue et de merlans, aussi bonne que le pleur féminin pour les janins.] Je m'esbahis (disoit grand Jean,' qui ne cherchoit qu'à s'en deffaire pource qu'il lui rompoit la teste) que vous ne vous hastez, car ils vous attendent de tout le pais. Je croy que vous dites vray (disoit Guillaume) il vaut donc mieux que me diligente : à Dieu donc, grand Jean. A Dieu,
a. Var. : A la messe.
tinence pendant huit jours après le mariage ait été bien répandue. On se contentait de faire ce qu'on appelait la nuit de Tobie, c'est-à-dire de passer une première nuit en prières. En résumé il n'y a d'efficace dans tous ces conseils que le dernier, que la Fontaine a paraphrasé dans l'Anneau d'Hans Carvel.
Voyez aussi les Évangiles des quenouilles.
i. Le double valait deux deniers tournois.
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Guillaume. Lequel, hastant ses pas, commença à courir comme le viateur qui, estant à la pluye au milieu d'une plaine, voyant au bout un large chesne, possible creux, ne cesse de courir (le chapeau bridé, le baston par continuelle motion çà et là branlant) jusques à ce qu'il ayt atteint le but prétendu. Aussi Guillaume ne cessa jusques à ce qu'il fut rendu, hors d'haleine, et tirant la langue de demy pied ; et arrivé, trouva son père Gobemousche emmanchant une faucille, lequel, en sursaut, ,dit : C'est toi donc, Guillaume ? Et de la chère ' ? Tousjours plus sain que sage (respondit notre ferial Guillaume). Peu après, il salua mignonnement tous ceux du village, mesmes Tugal le Court, qui, luy ayant fait des chausses deux ans devant, lui avoit attaché la brayette derrière, en sorte qu'il le hayoit (a) mortellement : pourquoy j'eusse pensé qu'il ne l'eust daigné saluer, mais si feit. Depuis fut (à la suasion 2 de sa mère) interrogé par dam Sylvestre Sortes, et fut trouvé bon Grammarien positif et bon petit Sophiste. Au moyen de quoy tint les conclusions à tous venans, sous l'If de la paroisse ; et pource qu'il parloit haut, fut jugé, mesmes par sa mère et sa cousine, les avoir mis tous sur le cul, et rendu quinauds ; tellement qu'on parloit de lui jusques à Becherel, à son bien grand avantage. Il est temps (dist Lubin, faire fin à noz propos [pour ce jour]. De ma part, je m'en vais retirer, prenant congé de
a. Var. : Haïssait.
i. Chère signifie ici mine et par suite santé. 2. D'après le désir.
ii6 Propos rustiojjes
vos bonnes grâces, jusques à une autre fois, vous remerciant de votre bonne compagnie. Quoy voyant, tout le reste se retira, chacun à sa chacune (a), remettant le surplus à la prochaine feste, et montèrent sur leurs jumens, qu'on leur avoit amenées. Mais avant que partir, maistre Huguet, jà à cheval, se tourna vers les jeunes, qui commençoient à s'en aller, et leur dit [après avoir raccoustré son vieux brodequin]: Enfants! tant que preudhomme a vie, il ne se doit esmayer '. Au moyen dequoy servez à Dieu et le craingnez, et ne vous souciez au reste; car c'est peu de cas que biens et telz points de fortunes, auxquelznous nous confions. Faites donc grand' chère, mes petits Enfans, riez, jazez, voltigez, gaudissez, beuvez d'autant, entretenez les Dames, triomphez, pennadez 2, ballez, gambadez, poussez les dets, virez la carte, faites les tours, [fifres sonnez, frappez tambours], faites le pied de veau ; long ce revers, roide cette taillade, fort cette pointe, haut le verre, mettez où il faut ; entrez d'une estocade (b) avec trois pas en arrière, et ne vous souciez que d'escrire toutesfois si vous advisez. Mais rien, ne laissez pas d'aller, et faites ce que je vous ay dit, et vous vous en trouverez bien : allez, mes enfants, que Dieu vous convoyé 3. Adieu donc, puis que boire ne voulez. Je me recommande à vous. Et moy à
a. Var. : A sa chacunière.
b. Var. : Pointe.
i. Émouvoir, verbe tiré régulièrement d'esmoy. 2. Pennade a le sens de ruade.
}. Conduise.
ET FACECIEUX. I 17
vous. Je vous prie, tel, m'envoyer un cent de lattes pour embesongner mes couvreurs, au matin, en attendant qu'il en soit venu de Monfort. Je le feray, et n'y aura faute. A Dieu donc. Escoutez, allez, allez, si [vous] ne vouliez dire, nenny non '. [Bon prou 2 vous face. Que le diable y ait part à ceux qui veulent empescher une bonne partie,]
Puis qu'ainsi est.
Les propos de la seconde journée , par Thibaud
Monsieur et Fiacre Sire, neveuz de maistre
Huguet ? .
a prochaine feste, qui fut de saint Vincent, jour fatal pour les Vignerons et Capettes 4 :
i. Ici finit l'édition de 1549 (Lyon), mais non pas celle de 1548 (Paris), comme le dit M. Guichard. Celle-ci contient bien les deux chapitres suivants. On a pu voir par les variantes et les suppressions faites à l'édition de 1549 qu'il est très-probable qu'elle a bien été revue par l'auteur et non par un de ses amis. Presque toutes les corrections sont préférables au précédent texte. Si je ne l'ai pas suivie de préférence, c'est que par cela même, elle est moins complète. Il faut tout donner, même le mauvais quand on ne fait pas un choix, mais une restitution. Il est évident aussi que les deux chapitres suivants, incomplets, sans conclusion, avaient été avec raison retranchés par du Fail.