‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 75 sur 211 · Nous disons encore un tantinet · texte numérisé non relu

Nous disons encore un tantinet

ET FACEC1EUX. I 2 3

puis viendray au demourant. Davantage, tu dois entendre que ceste ci est une plus qu'autre chanson : car la trouvant à goust, et ayant la veine en poupe, il la voulut encantiquer : je voulois dire mettre en cantique, a fin que la Done eust quelque esgard à sa valeur, comme d'une chose outrepassant la coustume. Sçay tu pas bien l'authorité de messire Morice, touchant la bonne persévérance, qu'il allègue à ce propos ? Outre plus l'on dit communément, que d'une amour aysee et facile, l'entrée rr'en fut jamais plaisante : car, soustenoit un bon fripon, ou elle est trop large, trop frayée, ou trop desguisee. Mordienne, quel docteur! (dist Monsieur) et tu y es plus que distinctionnaire, tu entends toutes les questions. Je te prie, ne marchons plus avant (respond le Sire) et que je touche au but. Ta prose est si attirante, qu'elle me fait oublier mes coupletz, de manière que si tu continuois plus gueres, tu n'aurois quasi que me dire, ne moy que te répliquer. Or, paix donc.

Ce gros Jean tousjours nous escoute :

Je croy que de nous deux se doute, Et est de peur quasi vaincu :

Je te pry, faisons le coqu.

Tu entends très bien la manière, Au soir, par ton huys de derrière ; Et sais qu'à moy n'ha pas tenu Que plustost n'a esté cornu.

En ta maison n'est point les festes, Et ne va cherchant que les bestes :

Bélier il est, bien le sait on, Faisons qu'aujourd'huy soit Mouton.

Or çà, Fiacre mon amy (dist Thibaud; quelle

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responseeust il decest harmonieux chant ? Il se peult chanter, comme je cuyde, sur : Puis que nouvelle affection ' . Quelle ? cousin plus que germain (respondit le Sire) pour mourir tout à un coup, s'il n'eust esté des fols de la haute gamme : mais son naturel empescha pour l'heure si bien la passion accidentale, qu'il n'en eut que les fièvres. Maistre Curé, luy dit la pute, qui vous fait si hardy de me requérir? Est ce la bonne opinion que vous devez avoir de moy, comme mon hoste et domestique2? S'ensuyt il, pourtant si tous les prebstres de nostre paroisse vindrent ici chanter l'O le jour saint Thomas 3, que mes besongnes se mesurent à l'esquerre? Allez, sot, allez, benest, vostre reigle n'est pas bonne, et

i . Voilà cette chanson, vraiment jolie :

Puis que nouvelle affection

A vaincu la perfection

Qui mon cœur peut seule enflammer,

Amy, je ne veux plus aymer.

Je ne veux plus que l'on me voye

Porter ennuy et feindre joye,

Mal recueillir et bien semer,

Amy, je ne veux plus aymer.

Désormais en ma fantasie N'entreront peur ne jalousie Qui mon cœur puissent entamer, Amy, je ne veux plus aymer.

Désormais de sain jugement Je pourray juger franchement.

Le faux et le vray affermer.

Amy, je ne veux plus aymer.

La belle me semblera belle, La laide me semblera laide, Le doux, doux et l'amer, amer, Amy, je ne veux plus aymer.

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