‹ Œuvres facétieuses, rev. sur les éditions originales et accompagnées d'une introd., de notes et d'un index philologique, historique et anecdotiqueChapitre 89 sur 211 · L'AUTHEUR A SON GRAND AMY H. R · texte numérisé non relu

L'AUTHEUR A SON GRAND AMY H. R

£D u troveras estrange, mon compagnon et M^cimy, qu'estant ataché à une tant grave et

isoiide profession, me remettre, contre le 'naturel d'icelle, à forger [ce que l'on dit) sur une mesme enclume, et retourner la période estant révolue, dont nagueres je suis issu. En quoy je suis veu contrarier à ce que dernièrement tu m'objectois, et en joyeuse colère, mon naturel (sçavoir) estre du tout à contrepoil et biais, et qu'à mon horoscope estimois le mouvement du ciel avoir esté tout irregulier et de travers ' . Voulois davantage, pour

i . Du Fail répond ici à ceux de ses amis qui lui avaient fait comprendre l'incompatibilité qui existe entre l'état de jurisconsulte et celui de conteur. Quoi qu'il en dise, les objections ont eu un grand effet sur sa conduite puisque ces Baliverneries sont le second et dernier livre facétieux édité par lui de son vivant. Encore est-il très-court. Les Contes et Discours n'ont vu le jour qu'après sa mort, près de qua-

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me rendre parfait jurisconsulte, me bailler force livres de médiane en main, comme si, suivant le naturel de tous hommes, je me fusse efforcé contre les choses défendues. Cela disois folastrant et par jeu, mais à bon escient, ayant deschiffré par le menu maintes belles et graves authorités touchant la parsimonie et chicheté ' du temps, non moindres en doctrine, que bien tirées de la Philosophie; jointes à ce doctes et bien enrichies admonitions, d'atteindre mon but d' assez longue main prétendu; concluois par bons et bien rendus silogismes, à me divertir de ces folastres et inutiles écrits, m' invitant à tascher je ne sçay quoy du plus haut qui sentist ma vacation. Et, me piquant doucement, reprenois fort l'édition de quelque œuvre assez inconsultement ? mise en avant, qui, pour le devoir de la matière, devait encore estre {suivant le conseil d'Horace) quelque nombre d'ans en mon estude. Cela {amy) comme je le trouvois bon, et venant d'un estomac 4 affectionné, et sans fard, aussi t'en rends je grand mercy. Mais, ainsi que l' amy a cette familière puissance d'honnestement amonnester, conjointe à ce une modeste reprehension, aussi n'est il pas défendu à l'amonnesté, sans s'opiniastrer, se purger s vers son amy, au moins par telles quelles raisons satisfaire à ses impressions aucunesfois assez soudaines. Car, à

rante ans plus tard et rien n'indique que ce soit par sa volonté. Il a donc dû être toute sa vie dans cette pénible situation où se trouvent tant de gens, de ne pouvoir, grâce à son état, suivre sa vocation.

i. L'emploi réglé et l'épargne.

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