COLIN, COLETTE
COLIN
xJu courage , ma sœur ! lu as voulu me suivre à Paris pour t'assurer par toi-même de l'infidélité de Jeannot : nous allons le voir , nous allons le juger ; s'il a cessé de t'aimer , ton mépris pour lui doit te rendre à toi-même et à la raison.
COLETTE
Ah ! mon frère , si vous saviez combien il en coûte pour mépriser celui qu'on aime !
COLIN
Il m'en coûterait autant qu'à toi ; mon amitié pour Jeannot est aussi vive que ton amour. Je ne me dissimule pas ses torts : depuis six mois ses lettres sont devenues plus rares et moins tendres : mais il est bien jeune « il a été transporté tout d'un coup d'une vie simple et paisible dans le tourbillon du monde et de ses plaisirs ; il peut s'être laissé eoivrcr
malgré lui; ne le jugeons pas sanjs l'avoir TU. Plus nous l'aimons , plus nous avons besoin de preuves pour cesser de l'estimer.
COLETTE
Il est vrai qu'il sera toujours assez temps de le haïr.
COLIN
Sa mère m'inquiète plus que lui ; elle ignore les eugagemens de son fils avec toi ; et Ton dit que son immense fortune lui a donné un orgueil insupportable.
COLETTE
Mais comprends -tu cette fortune acquise «n si peu de temps ? A peine y a-t-il quatre ans que la mère de Jeannot habitait notre petite ville. Elle était alors une simple bourgeoise b en moins riche que nous : mon père ne trouvait pas son fils un assez bon parti pour moi. Madame la marquise n'était pas marquise alors ; et quand nous allions la voir, elle ne nous faisait pas attendre.
^ COLIN
Que veux-tu Colette ! elle a fait fortune» 71 n'y a rien à répondre à ce mot-là.