SCÈNE I. 6g
ARLEQUIN
Je le vois bien , mais voire tranquillité m» fait peur.
NÉHÎNE.
Allons , explique-foi , justifie-toi ; parlemoi donc.
ARLEQUIN
Soyez juste , madertjoiselle Nérîne : vous savez bien que de ma vie je ne vous ai parlé d'amour ; d'nprès cela ....
N É R I N E , très-vivement.
Tu ne m'en as jamais parlé, scélérat ! tu ne m'en as jamais parlé? Te souvieut-il des premiers temps que tu étais dans la maison ? Comme tu volais au devant de ce qui pouvait me plaire ! comme tu t'empressais de faire tout l'ouvrage que je devais partager ! Tu ne m'abordais jamais qu'avec cet air doux et tendre que tu prends si bien quand tu veux , monstre ; et tu n'appelles pas cela de l'amour ! Dis plutôt que j'ai cessé de le plaire j di^-moi qu'une autre plus heureuse m'a enlevé ton coear. Mais ne te flatte pas que l'on m'otera impunément mou biea : non, traiire j. noH ,
yO LES JUMEAUX.
perfide ; je me vengerai , sois-en sûr ; je punirai ton mépris : et puisque l'amour le plus tendre n'a fait de toi qu'un ingrat , je mériterai ton indififérence en m'occnpant de te haïr, comme je m'occupais de t'aimer.
ARLEQUIN
Si vous m'éconlez toujours comme cela , jamais vous ne m'entendrez.
KÉB.INE.
Mais parle donc , défends -toi ; profite de ce moment de calme.
ARLEQUIN
Vous savez Lien , mademoiselle Nérine , Tju'il y a six mois que j'entrai au service de vos maîtres.
NÉRINE
Après, après, après.
ARLEQUIN
En arrivant dans votre maison , je m'occupai de gagner l'amitié de tout le monde ; vous fuies avec moi plus polie que personne, je fus plus honnête avec vous. Petit à petit , votre politesse est devenue de l'amour ; ce n'f«t pas ma faute : vous ne m'ayez pat5
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consulta ; car , si vous l'aviez fait , je vous aurais dit : Mademoiselle Nérine , je ne vaux pas la peine d'êire aimé de vous ; je suis retenu.
NÉ RI NE
Comment! que veux-lu dire? Et tu crois. . .
Continuons à causer paisiblement. Oui , mademoiselle , yen aime une autre ; je l'aimais avant de vous connaître : sans cela , peut-être auriez-vous eu la préférence. Vous voyez que je suis toujours poli ; devenez rai^ sonnable , mademoiselle Nérine. Que diable ! je ne vous ai jamais fait de mal , moi ; pourquoi m'airaez-vous ?
N ÉRI N E j dans la dernière fureur.
Hé bien , puisque tu le veux , puisque tii le desires , tu peux compter sur la haine la plus implacable. Dès aujourd'hui , je te défends de me parler, de me regarder, de jamais te trouver dans les lieux où je serai. Perfide ! je te prouverai que tu ne méritais pas une femme comme moi. Et ne t'imagine pas que tu pourras rire avec ta nouvelle
y2 LES JU 31 EAUX.
maîtresse , et te moc|uer de mes chagrins : non , non ; je saurai me venger. ( Elle lui fait faire le four du thoâtre ) le découvrirai ma rivale, je vous poursuivrai tous les deux , j'allumerai ta jalousie et la sienne, je vous brouillerai, je vous rendrai malheureux l'un par l'autre , je ferai de voîre ménage un enfer ; et ton tourment sera la seule occupation et le seul plaisir de ma vie. Adieu.
( Elle sort. )