‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 44 sur 110 · ROSETTE, ARLEQUIN · texte numérisé non relu

ROSETTE, ARLEQUIN

*. ROSETTE

x5oNJOUR , mon ami , je t'attendais avec impatience. Jamais je ne me suis Jaul ennujee qu'aujourd'hui ; c'est sans doute parce que je dois t'épouser demain , et que la veille d'ua beau jour est bien longue.

ARLEQUIN

Je suis comme toi , ma bonne amie. J'ai beau écouter l'horloge à toutes les minutes, il ne sonne que toutes les heures ; et quand nous sommes ensemble, ce drôle-Ià sonne les heures à toutes les minutes.

ROSETTE

J'espère que noire mariage ne réglera pas cet horloge.

Que tiens-tu là? Voyons, montre vîte; je suis pressé. Pour qui cela?

RO SETTE

C'est pour toi ; car c'est moi.

ARLEQUIN, regardant le portrait.

Comment ! Oui , c'est toi. Tu es là ; ( il

montre le portrai' ) tU es là ^ ( il noontre Rosette ) tu es ici; (il montre sou cœur) tu es par-tout. Je ne m'étonne plus si je te vois par-tout.

ROSETTE

Mon ami, depuis long-temps je t'ai donné mon cœur; aujourd'hui voilà mon portrait, et demain je serai ta femme.

ARLEQUIN, regardant le portrait.

Qu'il est joli ! c'est im peintre qui a fait «ela , ma bonne amie ; j'en suis fâché : il est sûrement amoureux de toi , ce peintre-là ; car il faut regarder quelqu'un pour le peindre. Oh ! c'est bien toi. (il le haise.) Plus je l'embrasse, plus j'ai envie de t'embrasser

Mais non , je dois t'épouser demain ; je n'ai jamais volé personne , il ne faut pas cora-

SCÈNEIII. 75

ineucer par moi. ( il veut mettre lo portrait dans sa poche. )

ROSETTE

Rends-moi ce portrait , mon ami ; le peintre m*a demandé d'y retoucher encore ; c'est l'affaire d'un moment : si tu veux venir avec moi , tu l'emporteras tout de suite.

ARLEQUIN lui rend le portrait.

Non, il faut que je m'en aille , car mon maître m'attend pour que je lui rende ses clés. Nous avons eu une querelle enseuible : il m'a refusé la permission de me marier ; je lui ai dit qu'il n'avait qu'à chercher uu autre domestique. II s'est emporié, et m'a mis à la porte sans vouloir me payer mes gages.

ROSETTE

Sois tranquille , je suis riche , et demain ma fortune et ma main seront à toi- Va finir les affaires , et reviens chercher ce portrait avant la nuit.

ARLEQUIN

Je n'y manquerai pas. Ce qui me fâche le plus de la colère de mon maître . c'est que

fjG LES JUMEAUX.

je comptais lui donner à ma place fnon frère jumeau qui t-st en Italie. Je lui ai écrit, dans celle intention , de venir tout de suite me joindre à aris. 11 arrivera un de ces matins , et je ue saurai commen» le placer.

ROSETTE

Nous aurons soin de lui, ne t'en inquiète pas.

ARLEQUIN

Oh ? je suis bien sûr que mon frère te plaira; il est clurraant , toujours gai, toujours de bonne humeur ; et puis nous nous ressemblons si p^rfai'.ement , qu'il est trèsdifficile de nous distinguer. Tout bien réfléchi , )e suis bien aise qu'il ne soit pas encoie arrivé ; car tu aurais fort bien pu l'épouser à ïna place , sans t'en doiler.

ROS ETTE

Oh ? que non , mon ami : celui qu'on aime n'a point de jumeau. Mais tu oublies que ton maître l'attend.

ARLEQXJIN.

A propos ; sûrement il m'attend : il fiiut que je m'en aille. Adieu , ma bonne amie.

SCÈNEIII. 77

Tàcbc de faire dépécher ce peintre. ( il

s*€n Ta. )

ROSETTE

Oui , oui ; adieu.

ARLEQUIN, revient.

Ma bonne amie , n'oubliez pas que c'est aujourd'hui ia veille de demain.

ROSETTE

Sois tranquille , et va-t'en.

ARLEQUIN

Oh ? je m'en vais : adieu. ( il revient. ) Ma bonne amie , vous ue savez pas , j'ai une peur terrible de mourir avant d'être à demain. Si je mourais, cela romprait-il notre

mariage ?

ROSETTE

Si cela t'arrive , je te promets de mourir aussi. Es-tu content?

Oh , c'est trop : pourvu que je te voie me regretter , cela me suflBt.

ROSETTE

Mais Ycux-tu bien partir?

y8 LIS JUMEAUX.

ARLEQUIN

Me voilà parti; adieu , ma chère Rosette.

( Il lui baise la main , et cte son chapeau au portrait , em.

diiant : ) Adieu , monsieur mon ami.

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