‹ ŒuvresChapitre 58 sur 128 · HORAT · texte numérisé non relu

HORAT

Quand pourrai-je vivre auVillage ?

Quand serai-j e le possesseur D'un champêtre réduit, asile du bonheur, Qu'un bois de cerisiers ombrage ?

Tout auprès serait un jardin Où croîtrait la laitue, où verdirait l'oseille, Parmi de longs festons de lavande et de thym. Les murs seraient couverts d'une flexible treille,

Où pendrait la grappe vermeille ; La figue y mûrirait à côté du raisin, Et la fraise odorante au pied de la groseill e. * Le lait d'une génisse, aliment doux et sain. Ou liquide ou pressé dans sa pure corbeille, Fournirait, sans recherche, aux frais démon festin. Quand l'amant des cités péniblement sommeille,

Quel plaisir d'entendre au matin , Sur l'arbuste fleuri qu'aurait planté ma main,

Yoyez le livre ÎI.

Gazouiller la fauvette, ou murmurer l'abeille ! Bordé de noisetiers, un limpide ruisseau

Environnerait mon empire ;

Et mes désirs, j'ose le dire, Ne passeraient jamais le canal de son eau.

Là, dans le sein de la nature.

Là, je coulerais d'heureux jours :

La promenade, la lecture, Le repos, le travail, en rempliraient le cours.

Plus satisfait que ceux que la fortune enivre ; Et dont l'avide cœur ne saurait se borner,

Avec peu j'aurais de quoi vivre ;

J'aurais encore de quoi donner.

Doux plaisir de donner, d'épandre ses largesses, Toi seul, tu fuis sentir le vrai prix des richesses. Il doit être si doux pour l'auteur d'un bienfait î)e rencontrer les yeux de l'heureux qu'il a fait I

O vertu qu'adore notre âge I Noble et touchant besoin de faire des heureux. Plaisir vraiment royal, plaisir digne des dieux , ( Et qu'avec ces derniers Penthièvre ])artage,

Penthièvrc, la vive image De l'Etre bienfaisant qui règne dans les cieux ),

Descends dans mon humble ermitage, Et vei'se dans mon cœur l'amour délicieux De ce devoir divin, la volupté du sage.

Que mauquc-l-il à mon bonheur, Si, goûtant ua ec moi ce sort presque céleste.

Une épouse douce et modeste Embellit nui retraite, et console mon cœur ; Si je vois quehiuefois et ma fille et son frère,

Sur le gazon, le plaisir dans les yeux, Se disputer à qui courra le mieux , Pour venir embrasser leur mère.

Ah 1 je croirais alors, même au sein des déserts, Posséder, sentir seul le charme de la vie, Et devoir exciter l'envie De tous les rois de l'univers.

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