LIVRE IV
guérite. Cette bonne mère les bénit ; puis les relevant avec tendresse : Mes en fan s leur dit-elle , j'attends de vous une grâce. Trois mois sont à peine écoulés depuis la mort de mon digne époux; permettez-moi de différer votre mariage jusqu'à la fin des six premiers mois. Je sais bien qu'à cette époque ma douleur sera la même , mais mon deuil paraîtra moins grand. D'ailleurs, malgré mon amitié pour Némorin, la seule idée qu'il n'était pas le choix de mon époux semble me prescrire ce retard. Pardonnez-le-moi, mes enfans; la décence l'exige , et mon cœur le demande.
En disant ces mots , Marguerite s'attendrit ; les deux amans la consolent , et promettent de ne point parler d'hyménée avant les six mois expirés. Némorin, après avoir cent fois remercié Marguerite, Estelle, Rose; Némorin, transporté de joie, retourne dans son ancienne cabane, et se livre à la douce espérance que rien ne peut désormais s'opposer à son bonheur.
Le lendemain dés l'aurore, il était à la vallée. Estelle et Rose ne tardèrent pas à l'y suivre. Toutes deux s'arrêtèrent de loin pour considérer le berger allant d'arbre en arbre reconnaître les anciens chiffres qu'il avait gravés. Il imprimait ses lèvres sur ceux qu'il retrouvait; il écrivait de nouveau ceux que le temps avait dé-
truits. Némorin, ivre d'amour, ne pouvait se lasser de revoir ces lieux. Il promenait des yeux attendris sur tous les objets qui Tenvironnaient : il y rêve- j^ nait sans cesse, et leur adressait ces paroles :
Je vous salue, ô lieux charmaiis Quittés avec tmit de tristesse I ' ' i Lieux clîéris où de ma tendresse Je vois partout les monuniens I
Lorsqu'une sévère défense ^"■^-'^•^ '
M'exila de ce beau séjour, ■■ ' - - :•'>.' ■ ..,
J'en partis avec mon amour, , , 'i . f/; ,;
Et j'y laissai mon espérance. . . .,,,^ ,
J'ai retrouvé dans d'autres lieux ' 'f ■-
Des eaux, des fleurs et de l'ombrage ; Mais ces fleurs, ces eaux, ce feuillage, N'avaient point de charme à mes yeux.
On n'est bien que dans sa patrie :
C'est là que plaisent les ruisseaux ; C'est là qiu' les arbres plus beaux Donnent une ombre plus cLérie,
Qu'il est doux de finir ses jours
Aux lieux où commença la vie.
D'y vieillir près de son amie,
Sans changer de toit ni d'amours I ' ' ' ' ' '
L'on était alors au commencement de rét(' ; fous les troupeaux de la j)laine devaient, selon l'antique usage , quitter bientôt les bords du fleuve pour