Fouillée, Revue des Deux-Mondes du l""" janvier
POUR LE CARÈMb; DE 1897 217
Quelles générations peuvent nous préparer ces victimes précoces des mauvaises lectures et de l'alcoolisme ? N'est-il pas temps de reconnaître votre erreur, de regarder la situation en face, de secouer le joug des mots et d'échapper à la domination « de ces esprits étroits et bornés, chez qui la libre pensée n'est faite que de négations ' ? »
Entendez-vous la plainte de Celui qui depuis quinze ans frappe à la porte des écoles que vous lui avez fermées ? C'est le Christ sauveur, qui veut reprendre son empire sur l'enfance, en mêlant ses enseignements à ceux de la science que vous lui dispensez avec raison, en ajoutant ses préceptes à ceux de la morale purement humaine, en fortifiant par sa grâce ces volontés frêles et chancelantes exposées à de si redoutables tentations. Nous vous supplions de le laisser rentrer, et nous ne nous lasserons jamais de répéter cette prière au nom des enfants, au nom des pères et des mères de famille, dont l'immense majorité pense comme nous, au nom du pays, qui soulfre des progrès croissants de l'immoralité, au nom même de la forme de gouvernement à laquelle vous tenez et dont les adversaires perdront leur princij)al grief, quand l'école publique perdra son apparence de neutralité malveillante contre la religion. Laissez le prêtre et l'instituteur s'entendre comme deux frères, pour refaire l'ame de la jeunesse et la rendre capable d'affronter les épreuves qui l'attendent. Juvonem cvcrso succiirrere sfecUt ne proJiiholo ! ...
\. Renouvier.
Catholiques, qui nous édifiez chaque jour par votre piété et votre charité généreuse, et vous, particulièrement, jeunes gens sortis de ces maisons d'éducation, qui ont été fondées au nom de la foi et de la liberté, ne restez pas les spectateurs oisifs et découragés de cette mêlée ardente oi^i se débattent les affaires, les intérêts, les destinées, la vie ou la mort de notre chère et infortunée patrie. Croyez qu'il y a pour vous, si vous le voulez énergiquement, une grande place à prendre et un rôle important à jouer.
Le pays a été attristé par beaucoup de révélations humiliantes et de spectacles écœurants. lia perdu sa confiance dans bien des hommes, qui l'avaient captée et qui ne s'en sont point trouvés dignes. Il cherche à qui la donner; il a faim et soif de probité, de désintéressement, d'activité intellisrente, honnête et dévouée. Sovez ces hommes nouveaux, auxquels il aspire beaucoup plus qu'à des institutions nouvelles. Que tous ceux qui parmi vous disposent d'une influence quelconque par la parole, par la plume, par la richesse ou la situation sociale la mettent sans compter au service de la vérité religieuse et sociale, à laquelle vous croyez et dont vous devez être la vivante apologie au milieu des populations qui vous regardent et vous jugent. C'est votre gloire que la religion et la patrie comptent également sur vous. Appliquez-vous à justifier toutes leurs espérances. Il faut que, par la puissance de votre foi et par la fécondité de vos œuvres^ vous souteniez les choses humaines, qui tombent et qui défaillent de toutes parts.
Il le faut, pour l'honneur de la sainte Eglise, pour la satisfaction de votre conscience et aussi pour le bien du monde : de ce monde, qui a besoin de vous, qui compte sur vous, même quand il vous accuse, et dont vous êtes appelés à devenir la lumière.
11 y a un apostolat, qui se trouve à la portée de tous et qui est plus efficace encore que celui de la parole : c'est l'apostolat de l'exemple. Pendant cette sainte quarantaine, accomplissons plus chrétiennement que jamais ces devoirs quotidiens, qui forment la trame de l'existence et sur lesquels nous serons jug'és un jour, pour être ensuite récompensés ou punis éternellement. Edifions nos frères, « pour qu'en voyant nos bonnes œuvres, ils glorifient notre Père, qui est au ciel ' ».
Souvenons-nous en même temps, que ni la société ni les individus ne peuvent se sauver tout seuls, et que la grâce est nécessaire à tous, pour sortir du mal et persévérer dans le bien. Ayant tous offensé Dieu par nos fautes, nous sommes oblig-és strictement à implorer sa miséricorde par d humbles prières, par des sacrifices et par les exercices laborieux de la pénitence. N'y manquons point dans le cours de ce carême. Prêtres du Seigneur, chargés de nos péchés et de ceux des autres, pleurons entre le vestibule et l'autel -, donnons l'exemple de toutes les vertus que nous prêchons et entraînons les fidèles à notre suite, sur la voie royale où Jésus nous
1. Ut videant opéra vostra bona et (jlori/icent Patrrin vrsfruni qui incœlis est (Mattli., v, 16).
2. Inter vestibuliim et altare plnrnhiint sacerflolea (Joël., n,
jîrécède, en portant la croix, qui est devenue Tinstrument de son triomphe. Ames élues du cloître, âmes pieuses dispersées dans le monde, que vos supplications montent vers le ciel, pour apaiser sa justice que provoquent chaque jour tant de blasphèmes bruyants et de scandales éhontés ! Seigneur, envoyez-nous votre Esprit et quune fois de plus la face de la terre soit renouvelée ' /
1. Einitte Spiritum hiuin et creahunlur : et renovabis faciein terrx (Psal., cm).
La lettre qu'on vient de lire sur les Devoirs des catholiques à r heure pi-ésente, répondali si parfaitement à la pensée de Léon XIII et donnait de ses Directions pontificales une traduction si nette et si vraiment française, que le Souverain Pontife Teut pour très agréable ; il y trouvait l'écho fidèle de sa parole ; il envoya à l'archevêque de Toulouse la belle lettre de félicitations qu'on va lire.
A Xotre Vénérable Frère François-Désiré Mathieu, archevêque de Toulouse.
Léo P. P. XIII