ACTE III, SCÈNE IX
Si vous n^avez pas vu , Clëandre , en ce moment , Sortir de la prison deux femmes ?
CLEAI9DRE.
Non, vraiment.
Pourquoi ?...
ÀRISTE.
Vous auriez pu les rencontrer en route.
CLÉANDRE
Elles ont faif visite à notre ami ?
ARISTE
Sans doute.
On s^intëresse aux maux qui viennent Taccabler ; Le beau sexe y prend part , et veut le consoler ; On y met du mystère, on se cache , on se voile...
GLEAlïDRE.
C'est l'effet du mérite.
DORAïïTE.
Ou de ma bonne étoile.
ARISTE
Dorante même garde un silence discret ; Je crois savoir pourtant. . .
CLÉAIHDRE, bai à Doranie.
C'est la dame au portrait T
DORAT^TE, d« même \ Clé«ndre.
La dame ?... Quelle idée !
CLEANDRE, de même.
Eh ! cela pourrait être.
3oo LA SUITE DU MENTEU'R.
ARISTE
Sous un déguisement j'ai cru la reconnaître.
DORAIïTE.
Je ne yeux point tromper des amis généreux ; Ecoutez : n'allez pas faire ici , tous les deux , De conjecture fausse aussi bien qu'inutile ; La dame en question n'est point de cette ville : C'est une Anglaise ; elle est à Lyon en passant; Elle a beaucoup de bien , un cœur compatissant ; Malades , prisonniers sont ceux qu'elle visite, Mais toujours en secret , toujours à pied, sans suite ; Même d'une suivante elle emprunte l'habit , Afin de mieux cacher à tous comme elle agit; Un voile fort épais sied à son air modeste ; Quoiqu'elle ait cinquante ans , sa marche est noble et leste ; C'est un ange , en un mot ; tenez , vous pouvez voir Les présens qu'elle m'a forcé de recevoir.
Elle me les offrait , mais avec tant de grâce !
Dorante, c'est assez , et mon doute s'efface ; Vous pouviez du récit même vous dispenser.
CLÉANBRE, apwt.
Sur l'Anglaise je vois ce que je dois penser.
ARrSTE.
Sortez quand vous voudrez ; que rien ne vous retienne.
CLEAI9DRE.
Après son offre, au moins n'oubliez pas la mienne.