‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 182 sur 259 · LUCRÈCE, MÉLISSE · texte numérisé non relu

LUCRÈCE, MÉLISSE

Juge si la rencontre a de quoi me surprendre ; Oui, j'ai revu Dorante, et j'accours te l'apprendre; J'ai voulu, même avant que de rentrer chez moi. Venir quelques momens en causer avec toi; J'avais besoin vraiment de conter ce prodige.

MÉLISSE

L^as-tu bien reconnu î

LUCRÈ.CE.

C'est lui-même , te dis-;je.

Je l'ai vu de mes yeux , et je n'en puis douter.

MÉLISSE

Vous êtes-vous parlé ?

LUCRÈCE

Non. Veux-tu m'écouter?

3o4 LA SUITE DU MENTEUR.

Ce soir , chez elle , Ismène avait une assemblée ; J'en revenais, à pied, d'an grand voile affublée , N'ayant qu'un seul laquais qui me donnait le bras ; Près du mur des prisons j'allais doublant le pas ; On en ouvre la porte , et j'aperçois Dorante Qui , suivi de Cliton , pour sortir se présente ; Même un valet d'Ariste , oui , l'honnête Jasmin , Les précédait tous deux , un flambeau dans la main. La lumière aisément me l'a fait reconnaître ; Il ne me croyait pas si près de lui , le traître ! J'allais me découvrir et ne pas l'épargner, Mais tous trois avaient eu le tems de s'éloigner. De mon saisissement enfi^ un peu remise , Je suis venue ici te conter ma surprise De retrouver ainsi mon perfide à Lyon , Et de le voir, la nuit, sortir d'une prison.

Plus que tu ne le crois, tu m'étonnes moi-même ; La rencontre est pour toi singulière à l'extrême. Eh bien ! pour moi , ma chère, elle l'est doublement.

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