SCÈNE V
HIGNARD.
On ne fait pas sonyent au roi Pareille demande, je çroi.
DESPRÉAUX
Aussi l'ai-je surpris , et s'est-il mis à rire
D'un air tout rempli de bonté.
Qu'est-ce ci, Despréaux? est-ce un trait de satire? M'a dit le roi. Non, mais c'en est un, sire.
De justice et de probité.
Tout le Parnasse est attristé ; D'un commis ignorant sottise sans pareille !
On vient , sire , de supprimer La pension de Corneille.
Et moi , qu'auprès de lui j'ose à peine nommer.
Moi qui n'ai point son sublime génie, Je reste sur la liste ? Oh ! non , je vous supplie; Cela ne se peut pas, foi d'honnête rimeur; La pension me fait sûrement grand honneur; Mais avant qu'à Corneille on retranche la sienne , Pour être juste, sire, il faut m'ôter la mienne.
MOLIÈRE
Bien. Qu'a dit le roi, s'il vous plaît?
DESPRÉAUX
Demandez-moi plutât ce qu'il-a fait.
La pension est rétablie; Et s|i majesté vient encor.
Dans une bourse en bcoderie ,
38o MOLIÈRE AVEC SES AMIS.
D'y joindre deux cents louis d'or, Qu'elle envoie au vieillard, Sophocle de notre âge. Mon neveu , qui m'avait là-bas accompagné , Avec plaisir s'est chargé du message ; A Paris il est retourné , Et dans quelques instans , Corneille qui l'ignore , ' Du monarque bienfaisant Va recevoir un présent Qui tous les deux les honore.
MOLIÈRE
n vous honore aussi. Le trait est généreux, Et montre bien ce que vous êtes!
MIGNARD
Ce Despréaux , qui fait trembler taiU; de poètes , Il est bon homme , au fond.
CHAPELLE
Cet acte courageux Vaut mieux que de bons vers, et me plsdt davantage.
DESPRÉAUX
Cela ne devrait pas s'appeler du courage.
J'ai dit la vérité.
MIGNARD
Métier fort dangereux !
DESPREAUX.
Je ne tiendrai pourtant jamais d'autre langage. Il but dans m^s discours que mon cœur se soulage. Mais à la probité toujours assujetti ,