‹ ŒuvresChapitre 169 sur 240 · IMITATION D'HORACE · texte numérisé non relu

IMITATION D'HORACE

(BtatMsiUe, ^wi prâcul mtgotus, «te. Epod. II. )

M^ToisinSy près Maintenon^ septembre 1793.

Heureux qui , loin du bruit, sans projets, sans affaires,

Cultive de ses mains ses champs héréditaires,

Qui , libre de désirs , de soins ambitieux ,

Garde les simples mœurs de nos sages aïeux!

A peine il sait les noms d^intérêts, de créances;

Il ne redoute point les jours des échéances.

La guerre et ses dangers , la mer et ses fureurs,

Les promesses des grands , leurs dédains , leurs faveurs

Me le troublent jamais , et jamais ne l'abusent.

Mais d'aimables travaux l'occupent et l'amusent. Il émonde un jeune arbre ou greife un sauvageon ; Il enlace au rameau le flexible bourgeon, Dépoiiille les brebis de leur laine pendsfnte , Prépare un toit commode à l'abeille prudente , Et soignant fleurs et fruits, vendanges et moissons , S'enrichit des présens de toutes les saisons.

Tantôt sur un gazon , tantôt sous un vieux chêne ,

3o4 POÉSIES FUGITIVES.

Au Joux ctiant des oiseaux , ail bruit d'ulie fontaine , Il cherche le repos; s'assied, rêve, et s'endort.

Au retour de Fhiver, il attaque en son fort Le sanglier que lance une meute rapide; La caille voyageuse et lé lièvre tiinide Viennent étoui'diment se prendre dans ses tels.

O peines de Tamour! ô tourmens! ô regrets!

Vous fuyez , et des champs le calme vous remplace.

Chargé de son butin , revient-il de la chasse? tl retrouve une épouse et des enfans chéris , Qu'il a vus s'élever , que leur mère a nourris.

Oh ! qu'un simple foyer, des pénates tranquilles ^ Valent mieux que le luxe et le fracàîs des villes ! Que servent nos festins avec art apprêtés , Ces mets si délicats , et ces vins si vantés ? L'orgueil en fit lés frais; l'ennui les empoisonne^ J'aime un diner frugal qq^ la joie assaisonne ; Tout repas est festin, quand l'amitié le serti La treille et lé verger fournissent le dessert. Pour régal, aux bons jours , la fermière voisine Apporte en un gâteau la fleur de sa farine.

. Quel plaisir, lorsqu'à table , entre tous ses enfans , Leur père chaque soir voit revenir des champs Ses troupeaux bien soignés , la vache nonrricière , Et Fagneau qui bondit à côté de sa mère !

Ses bœufs , à pas pesans , las , et le col baissé , Ramenant la charrue et le Uoc renversé !

De jeunes serviteurs , que son toit a yus naître ,

POÉSIES FUGITIVES. 3o5

Animent la maison et bénissent leur maître.

Tous ses jours sont pareils ^ tous ses jours sont sereins ,

Et sa porte rustique est fermée aux chagrins.

Après ce beau discours , le financier Dormène , Plein du bonheur des champs , tout pris de s'y fixer. Fait rentrer tous ses fonds dans la même semaine , Et le lundi suivant cherche à les replacer.

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