L'HOMME A PLAINDRE
J'allai, ces jours passés, chez certain financier. Autrefois mon ami , même mon créancier ; Mais prêteur patient , qui ne vous presse guères , £t vous donne à dîner sans vous parler d'affaires.
POÉSIES FUGITIVES. Sig
Le couvert ëtait mis : un surtout de yermeil Dont Auguste ordonna le brillant appareil , D'un luxe de bon goût parait déjà la table , Et promettait d'avance un repas délectable.
Une fille charmante , un jeune polisson , De leurs jeux enfantins remplissaient la maison. Madame était chez elle , encore à sa toilette , Et le mari rêvait, en lisant la gazette.
« Bonjour, mon cher ami , lui dis-je , comment va a> La santé , le plaisir, la fortune ? — Eh ! là là , » Répond-il tristement , la vie est monotone ; •> On s'amuse fort peu. — Quoi donc ? cela m'étonne ! » Vous avez femme , enfans , santé , jeunesse , bien ; » Que vous manque-t-il donc ? — Ma foi, je n'en sais rien. » — Gardons-nous de chercher ce qu'on ne peut atteindre : » Voici tout ce qu'il faut pour n'être point à plaindre ; » Ce sont de petits vers si simples et si vrais » Qu'on les retient , et puis qu'on croit les avoir faits. » Ecoutez , je les crois d'un sage dont la muse « Par de jolis portraits quelquefois nous amuse : a> Heureux gui peut açoir enfans de sa façon , » Femme aimable et sensée , agréable maison , » Trop ni trop peu d'esprit , trop ni trop peu d'aisance ! » Voyons ce qui vous manque à présent : l'abondance , » Les arts , un cuisinier, le meilleur de Paris , » Vous attirent du monde , et même des amis.
. » Vous avez des enfan»? — Oh! charmans; une fille #» Belle comme le jour; d'esprit mon fils pétille.
» — Femme aimable ? —^ On ne peut lui contester cela. » — Et sensée?r— Ah ! sensée ! . . . — Eh bien ! cela viendra. » Pour la fortune, enfin?... — La mienne est. suffisante; » Je dépense à peu près cent mille francs de rente ; » Cette aisance... — J'étais tranquille sur ce point ; » Vos bontés m'ont appris que vous n'en manquez point. » Vous vous plaignez, pourtant. Quelle en est donc la cause? » Âh! je vois ce que c'est, je touche au doigt la chose: » Opulent sans jouir, triste quand tout vous rit , » Je n'y vois qu'un malheur : vous avez trop d'esprit. »
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DIXAIN