A MON AMI DESCHAMPS
Au sujet de sa jolie comëdie en yaudeyiUeSy la Revanche Forcée ^ dans laquelle un jeune abbë , prés de composer une chanson, invoque Ghaulieu et Grécourt.
Âu nom du goût et de ramoar, .
De la pudeur, du badinage , Effacez ce nom de Grécour Qui tache votre aimable ouvrage; De Tours le chanoine effronté , Qu^estimaient les clercs et les pages, A d'un cynisme débouté Trop sali ses burlesques pages ; Et Ghaulieu , plein d'urbanité , De feu , de grâce , d'harmonie , Se fâcherait , en vérité , S'il apprenait qu'on l'eût cité En si mauvaise compagnie.
Que votre abbé, vu son état, En rimant ses chansons légères , Implore de ses chers confrères UÂpollon en petit rabat , Fort bien ; mais la décence exige Qu'il l'invoque au nom de Gresset, Au séminaire yrai prodige ,
POÉSIES FUGITIVES. 3i5
Qui , déguisé sous le collet
Et la robe noire dlgnace,
Fut PHomère d^un perroquet ,
Et mit dans ses vers une grâce
Plus touchante , plus efficace ,
Que la grâce du Paraclet ;
Ne fut-il point votre préfet?
Pour moi, je vous crois de sa classe.
Parmi les poètes bénis ,
Je vous propose encor Bernis ,
Par qui Téglise gallicane
Sur le Pinde eut un jour le prix ,
Bernis, dont la muse en soutane
Nous peint Tantiquité profane
Dans mille tableaux embellis
Du frais et riant coloris
Du Titien ou de TAlbane.
Mais le nom de Grécour dépldt
Par les. sottises quUl rappelle ;
Et l'innocence en rougirait,
S'il pouvait être connu d'elle.
Ce Grécour, croyez-moi , n'eût point fait vos couplets , Et Gresset et Bemis voudraient les avoir faits.
Qui m'avait demandé quelques vers sur un sujet qu'elle
m'avait donné.
Au château de M..,.
Hier 9 en sortant d'auprès de vous, Je devais penser que sans peine Des flots de vers heureux et doux Couleraient bientôt de ma veine ; Oui, je m^en flattais, j'en conviens; Etait-ce trop m'eii faire accroire ?
Après de pareils entretiens , On n'a besoin que de mémoire.
J'avais bien su les écouter.
Ces mots charmans , pleins de finesse , Où la grâce ornait la sagesse ; Je n'avais plus qu'à répéter, .
Qu'à traduire en rime légère Tous vos discours, si sûrs de plaire, Et que je craignais de gâter.
Mais la rime , à nos vœux rebelle , Souvent fuit et va se cacher ; C'est une maîtresse infidèle , Qui ne veut pas être chez elle
Poésies fugitives. 327
Quand son amant vient la chercher.
Hélas! vainement je l'appelle; Rien ne rengage à s'approcher.
Vous le dirai-)e en confidence ?
Mon logis, je crois, lui (ait peur; La, j'entends, pour toute cadence^ Des marteaux le bruit peu flatteur; J'ai la cuisine en perspective, Et sous mes yeux la basse-cour :
Jugez donc si ma fugitive Viendra partager mon séjour.
Malgré moi, le chagrin me gagne, Quand je regarde ce tableau; Je suis , dit-on, à la campagne, Et ne vois pas un arbrisseau.
Monsieur le chef a bonne mine ; Mais pour garder de l'appétit.
On doit, le proverbe dit, Ke point voir faire la cuisine.
Faut-il donc qu'en des lieux si beaux , Où l'art sert si bien la nature ; Mon œil cherche en v^iii la verdure , Mon oreille , le bruit des eaux, Ou celui du vent qui murmure En se jouant dans les rameaux?
Mais j'ai tort ; il doit me suffire Que la maîtresse du château , Elle-même ait daigné me dire
Qu^elle voudrait de mon cerveau Voir sortir quelque rien nouveau ; Pour faire ce qu^elle désire , Tout lieu doit paraître enchanté ; J'obéis à sa volonté ; J'espère un indulgent sourire.; Je ne vois plus que sa bonté ; Elle est la muse qui m'inspire.